Critique film : Endorphine, d’André Turpin (2016)

storage.quebecormedia.comRéalisation et scénario : André Turpin

Distribution : Sophie Nélisse, Mylène Mackay, Monia Chokri, Lise Roy…

Synopsis : Alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente, Simone est témoin du meurtre de sa mère. A 25 ans, encore paralysée par ce choc, elle mène une vie monotone bientôt troublée par la rencontre du meurtrier de sa mère. A 60 ans, Simone, devenue physicienne, donne une conférence sur la nature relative du temps. Et si ces trois temporalités n’en faisaient en réalité qu’une seule ?

Durée : 1h24

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Critique

« Comment déformons-nous le temps ? » Dans une de ses premières interventions, Simone, alors conférencière, donne une des clés de lecture d’Endorphine. La perception du temps est relative. Et, suivant cette perspective scientifique, le film d’André Turpin ne cesse d’éclater les règles temporelles. Le passé, le présent et le futur ne sont plus des chapitres successifs pour Simone. Le temps, tout le temps de sa vie cohabite en elle.

Les « trois Simone » représentent ainsi ces trois temporalités qui se succèdent mais aussi se télescopent, s’éloignent puis se rejoignent, se nourrissent et s’informent les unes les autres… Avec ce jeu fou avec le temps, d’une précision et d’une beauté qui ne se révèlent vraiment qu’au terme du film, Turpin réussit à nous faire croire à son illusion cinématographique parfaite. Parallèles ou simultanées, parallèles et simultanées, ces trois temporalités nous font perdre nos repères pour mieux nous emporter car elles sont autant la mécanique du drame que son enjeu. Et le vrai créateur de l’émotion. Une émotion qui se libère violemment avec cette scène fascinante réunissant les trois visages de Simone. Ses trois temporalités s’y réconcilient enfin. Douleur, apaisement, violence, libération… tous les sentiments se mêlent et se confondent. Toute une vie, ou presque, en un plan.

A cette dimension relativiste, Turpin amalgame une approche onirique du récit. Il y a du Lynch dans Endorphine, dans cet envahissement de l’inquiétante étrangeté du cauchemar dans le réel, dans ce tourbillon des boucles temporelles provoquant une forme de transe et dans cette manière de projeter la psyché de son personnage dans le monde environnant. Endorphine est un transfert de l’inconscient de ses Simone, qui cherchent dans chacune des temporalités à toucher le réel, à ressentir physiquement ce monde, à se trouver enfin. Cette quête d’une femme, hantée par la culpabilité et désespérément à la recherche d’elle-même, est aussi tragique que sublime. Et si l’on repense au regard face caméra de Sophie Nélisse au tout début du film, cette quête n’en devient que plus déchirante.

Endorphine s’envisage aussi comme un objet poétique. Tout peut y être interprété dont tous les mystères ne doivent pas nécessairement trouver de réponses. Surtout, le film d’André Turpin se révèle comme une incroyable expérience de cinéma, autant sensorielle qu’intellectuelle. Un sommet, qu’il va falloir escalader encore et encore.

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 22 janvier 2016

Disponible en DVD

 

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Gala Québec Cinéma 2017: le triomphe de Juste la fin du monde de Xavier Dolan

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Découvrez ci-dessous la liste complète des Iris 2017 :

MEILLEUR FILM

  • Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

MEILLEURE RÉALISATION

  • Xavier Dolan pour Juste la fin du monde

MEILLEUR SCENARIO

  • Louis Bélanger et Alexis Martin pour Les mauvaises herbes

MEILLEURE ACTRICE

  • Mylène Mackay dans Nelly

MEILLEUR ACTEUR

  • Gabriel Arcand dans Le fils de Jean

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Le Gala du cinéma québécois 2017 : la liste complète des nominations

Avec 12 nominations, Juste la fin du monde et Un ours et deux amants sont les favoris. Deux ans après le sacre de Mommy (10 statuettes récoltées en 2015), Xavier Dolan va-t-il réaliser une nouvelle razzia ? Réponse le dimanche 4 juin…

Découvrez ci-dessous la liste complète des nominations pour le gala du cinéma québécois.

MEILLEUR FILM

  • Avant les rues, de Chloé Leriche
  • Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, de Mathieu Denis et Simon Lavoie
  • Juste la fin du monde, de Xavier Dolan
  • Les mauvaises herbes, de Louis Bélanger
  • Un ours et deux amants, de Kim Nguyen

MEILLEURE RÉALISATION

  • Louis Bélanger pour Les mauvaises herbes
  • Bachir Bensaddek pour Montréal la blanche
  • Xavier Dolan pour Juste la fin du monde
  • Chloé Leriche pour Avant les rues
  • Kim Nguyen pour Un ours et deux amants

MEILLEUR SCENARIO

  • Louis Bélanger et Alexis Martin pour Les mauvaises herbes
  • Bachir Bensaddek pour Montréal la blanche
  • André Forcier et Linda Pinet pour Embrasse-moi comme tu m’aimes
  • Chloé Leriche pour Avant les rues
  • Kim Nguyen pour Un ours et deux amants

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