Hochelaga, Terre des Âmes : en avant-première à Montréal

La première mondiale du film Hochelaga, Terre des Âmes, réalisé par François Girard, aura bien lieu à Montréal. Deux projections très spéciales, organisées dans le cadre des festivités pour le 375ème anniversaire de la ville, sont organisées le 6 septembre.

La première projection débutera à 19h au Cinéma Impérial et sera ouverte au grand public. La seconde, plus médiatique, commencera à 19h30 au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. L’équipe du film sera présente aux deux événements pour lancer les festivités cinématographiques.

=> Plus d’infos sur le site officiel du 375ème anniversaire de Montréal

Le synopsis du film : Une tempête de pluie s’abat sur Montréal, provoquant un spectaculaire affaissement de terrain au stade Percival Molson pendant un match de football. La partie est interrompue. En quelques heures, le stade devient un site archéologique protégé et des siècles d’histoire se révèlent sous nos pieds. L’archéologue mohawk Baptiste Asigny entreprend des fouilles qui le mènent à la découverte des multiples générations qui ont occupé ce lieu et de leurs secrets enfouis. Baptiste est dès lors déterminé à trouver ce qu’il cherche depuis toujours : la trace du village d’Hochelaga, là où ses ancêtres iroquoïens reçurent Jacques Cartier en octobre 1535.

Après cette présentation montréalaise, le film de François Girard sera projeté lors du Toronto International Film Festival (TIFF), organisé du 7 au 17 septembre.

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Critique film : Le confort et l’indifférence, de Denys Arcand (1981)

Le_Confort_et_l_indifference.jpgRéalisation et scénario : Denys Arcand

Synopsis : Le récit de la campagne du référendum pour la souveraineté-association du Québec en 1980.

Durée : 1h49

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Critique

Documentaire hybride, Le Confort et l’indifférence raconte l’histoire du référendum pour la souveraineté-association qui a profondément divisé le Québec en 1980, en la confrontant âprement aux réflexions sur le pouvoir de Machiavel, issues de son ouvrage Le Prince.

Les apparitions du personnage de Machiavel, qui intervient régulièrement à l’écran, peuvent paraître incongrues ou artificielles au début. Mais elles se révèlent vite comme un formidable éclairage de l’Histoire et des rouages politiques, finalement inchangés depuis le 16ème siècle. De cette collision entre ces écrits et les images de la campagne réside sans doute une des plus grandes réussites du Confort. Choisies soigneusement et montées avec un sens aigu de la perspective intellectuelle et sociétale par Denys Arcand, les réflexions de Machiavel sont aussi bien un décryptage des paroles des responsables modernes (René Lévesque, Jean Chrétien, Pierre Trudeau…), percés à jour par la pensée machiavélienne, qu’une explication (et non pas une excuse) du choix du peuple. Fasciné par ce Machiavel, Arcand en fait un oiseau de malheur, confortablement installé dans une chambre surplombant Montréal, sombre présage du résultat du scrutin…

Choisissant de ne montrer les responsables politiques qu’à travers leurs apparitions publiques (meetings, télévision et conférences), Arcand leur assigne une dimension limitée : celle de l’image, forcément spectaculaire, calculée et réductrice. En exposant les discours politiques des deux camps, parfois enflammés, parfois renfermés, souvent abrutissants (la succession des « chiffres » de cette souveraineté martelés par les hommes politiques laissent le spectateur en état d’abrutissement, sans plus de repères politiques), le réalisateur montre un monde politique incarné mais excluant le citoyen. En allant directement à la rencontre de ses concitoyens, à la ville comme dans les champs, Arcand replace l’humain au centre des enjeux, restant au niveau des préoccupations humaines, avec ce qu’elles ont d’anecdotique et de romantique, de poignant et de déficient. Et c’est dans ce « vrai » monde que le titre du documentaire prend tout son sens et sa dimension tragique, et que les aspirations du citoyen Arcand se révèlent pleinement. Le confort, c’est le confort des Québécois au sein de ce Canada fédéral leur assurant leurs pensions. L’indifférence, c’est celle de ces québécois francophones ne saisissant pas l’impact et la portée de cette question historique. Des deux états, l’indifférence est sans conteste la pire… Et cette indifférence est absente, ô combien absente, de ces quelques militants du « oui » à la souveraineté-association, lesquels puisent dans leur histoire personnelle ou dans l’Histoire du pays, autrement dit dans le « temps » et non pas dans des circonstances ponctuelles, les origines de leur choix. A cet égard, l’émotion du jardinier, racontant avoir tremblé pour le premier « vrai » vote de sa vie et être dévasté par la victoire du « non », est d’une puissance et d’une simplicité qu’aucun discours politique n’égale.

Photogramme fascinant du Québec en 1980, Le Confort et l’indifférence de Denys Arcand est une oeuvre poignante lorsqu’elle reste à hauteur d’hommes et puissante par sa capacité à créer une perspective temporelle.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 23 janvier 1981

Le film est disponible en intégralité et gratuitement sur la chaîne Youtube de l’Office National du Film du Canada :

Critique film: Québec-Montréal, de Ricardo Trogi (2002)

quebec-montrealRéalisation : Ricardo Trogi

Scénario : Patrice Robitaille, Ricardo Trogi et Jean-Philippe Pearson

Distribution : Patrice Robitaille, Jean-Philippe Pearson, Julie Le Breton, Stéphane Breton…

Synopsis : Durant le trajet reliant Québec à Montréal, différents personnages vont voir leurs relations passer au crible de la vérité.

Durée : 1h44

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Critique

Premier long-métrage du cinéaste Ricardo Trogi, devenu un auteur très populaire avec des comédies comme 1981 et Le Mirage, Québec-Montréal est un faux road movie et une vraie dramédie sur le rapport à la vérité. Celle que l’on n’ose avouer ou s’avouer, celle qui ne devrait pas sortir, celle qui détruit ou sauve…

Le procédé de départ – un huis clos le temps d’un trajet – a les qualités et les défauts de sa nature. Avec sa structure hyper efficace, le film permet de calquer sur le trajet physique un cheminement émotionnel et moral. Mais en indiquant la voie à suivre, il se coupe finalement de toute surprise. Les personnages et leurs dérèglements, parfaitement dessinés durant les premières minutes, sont sur une trajectoire dont on devine si non les rebondissements du moins la ligne d’arrivée.

L’autre grand problème de Québec-Montréal tient d’un autre de ses fondements. La principale difficulté d’un film choral, outre la cohérence des intrigues éclatées, est l’égal intérêt procuré par les histoires. Si la thématique de la vérité est respectée par les trois histoires contées, elle n’en demeure pas moins inéquitablement puissante. Et à ce dommageable petit jeu, celle concernant le concepteur de jeu malheureux en couple et mû par le fantasme de l’amour est clairement la moins poignante et prenante. Le résultat est sans appel : aussi bien rythmé que le film soit, lorsqu’il se concentre sur cette intrigue, il patine… et fait perdre une cadence que l’abattage d’un Robitaille ou la délicatesse de jeu d’un Legendre a du mal à faire repartir instantanément.

Mais ce premier film laisse filtrer une vraie jubilation de mise en scène que Trogi – qui met déjà en place son procédé de « séquences fantasmées » – va laisser pleinement exploser dans ses oeuvres ultérieures.

Comédie sans prétention ni profondeur, Québec-Montréal se regarde sans déplaisir. Mais sa mécanique et ses automatismes la rendent prévisible et finalement peu touchante.

Note : 2,5 sur 5

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Date de sortie : 2 août 2002

Box office : 160 840 entrées

Budget : 1,9 million de dollars

Disponible en DVD

Critique film : La vie heureuse de Léopold Z, de Gilles Carle (1965)

1988-0115z-af-gRéalisation et scénario : Gilles Carle

Distribution : Guy L’Ecuyer, Paul Hébert, Monique Joly, Suzanne Valéry…

Synopsis : A la veille de Noël, dans une Montréal frappée par une tempête de neige, le travail ne manque pas pour Léopold Z Tremblay, déneigeur de métier. Tiraillé entre ses obligations professionnelles et familiales, le débonnaire Léopold Z va vivre l’espace d’une journée des aventures cocasses…

Durée : 1h09

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Critique

Dans La vie heureuse de Léopold Z, conçu à l’origine comme un court documentaire sur le déneigement à Montréal avant de muer en film de fiction, subsistent des traces évidentes de l’approche documentariste de Gilles Carle. Clairement amusé par le mode de narration fictionnelle, Carle les détourne avec une fantaisie communicative. Ainsi la narration en voix off, offrant moult détails sur les personnages / sujets du film et autres observations anthropologiques, se transforme vite en commentaire facétieux des événements. Mais c’est surtout à travers la représentation urbaine, avec cette ville de Montréal confrontée à une situation météorologique extrême et filmée avec un mélange de réalisme efficace et de fascination abrupte, que Carle réussit imperceptiblement à s’évader de la vision documentariste. Les pérégrinations de Léopold deviennent celles d’un metteur en scène de fiction. Le film s’ouvre avec des badauds réagissant face à l’objectif puis, au fur et à mesure, la présence flagrante de cette caméra s’estompe pour laisser le récit prendre le contrôle. La déneigeuse du début, alors principal véhicule documentaire, devient à la fin de La vie heureuse un simple outil de l’intrigue, permettent au pressé Léopold Z de rejoindre sa femme et son enfant à temps pour la messe de minuit.

Le film est une chronique tendre et fantaisiste se déroulant sur une seule journée, celle d’un héros positif et populaire, un homme naïf et débonnaire, simplement heureux. Son voyage, jalonné de petits accidents de parcours, de douces illusions (Josette la chanteuse est une sirène) et d’obstacles modestes, est bel et bien une odyssée. Au bout de cette épopée, qui substitue l’épique par la truculence et à la simplicité, Léopold devra retrouver sa femme et son fils…

La Vie heureuse de Léopold Z est aussi l’instantané d’une ville à l’orée de bouleversements urbains. Le métro est sur le point d’ouvrir, le système de déneigement est aussi pratique qu’archaïque… Ces révolutions en marche, totalement dénuées d’une quelconque dimension politique, Carle les montre avec son oeil de documentariste, en inscrivant ses personnages simples dans une société en pleine mutation moderne, mais surtout avec la totale maîtrise de son montage, d’une efficacité redoutable. Le progrès est en marche, il sera bientôt pleinement là, peut-être au lendemain de cette messe de minuit à laquelle assistent Léopold et sa famille.

 

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 19 novembre 1965

Disponible en DVD et en ligne, gratuitement et en intégralité, sur la chaîne Youtube de l’ONF :

 

Critique film: Un zoo la nuit, de Jean-Claude Lauzon (1987)

1Réalisation et scénario : Jean-Claude Lauzon

Distribution : Gilles Maheu, Roger Lebel, Anna-Maria Giannotti, Denys Arcand…

Synopsis : Marcel sort de prison après deux terribles années derrière les barreaux. Cette liberté retrouvée, mais menacée par deux flics corrompus, lui permettra peut-être de renouer les liens avec son père mourant…

Durée : 1h56

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Critique

Premier long-métrage d’un auteur disparu trop tôt (Jean-Claude Lauzon meurt à 43 ans après seulement deux films : Un zoo la nuit et Léolo), Un zoo est un film (d’)écorché, fiévreux, jamais tranquille, dans une douleur constante… Un film qui met KO dès la première scène et quitte l’écran en faisant monter les larmes aux yeux.

En menant de front deux intrigues – Marcel en prise avec des flics corrompus et la relation père/fils – Lauzon transcende son récit pour livrer une bombe à fragmentation émotionnelle. Le film noir, à l’esthétique très sophistiquée, et le film intimiste, à la mise en scène plus délicate, créent des tensions successives faisant sans cesse monter l’enjeu global et redouter le dénouement final, que l’on ne peut qu’imaginer tragique. Car Un zoo la nuit est la chronique implacable d’un malheur annoncé…

Cinéaste de la brutalité, Lauzon aborde avec la même violence les relations de Marcel avec ses proches et les pourris et dépeint les relations sexuelles comme une attraction sauvage et primitive. Et c’est parce que cette fureur est de tous les plans, laissant le spectateur dans un état d’épuisement, que la tendresse infinie et simple des dernières scènes se révèle déchirante.

L’exalté Lauzon signe un film pessimiste à la beauté agressive qui ne peut que diviser mais jamais laisser insensible.

Note : 4 sur 5

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Année de sortie : 1987

Indisponible en DVD

Interview – Vincent Graton : La vie la vie, retour sur la série culte

Interview publiée sur le Daily Mars en août 2015

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Diffusée de 2001 à 2002 sur Radio Canada, La Vie la vie est une chronique douce amère sur 5 amis, interprétés par Julie McClemens, Macha Limonchik, Patrick Labbé, Normand Daneau et Vincent Graton. Un morceau de vie de cinq trentenaires, aussi délicat que touchant.

Retour sur ce monument télévisuel totalement inconnu en France avec Vincent Graton, l’interprète de Jacques…

Thomas Destouches : Quand vous repensez à l’aventure La Vie la vie, quelle est la première chose qui vous revient en tête ?

Vincent Graton : La première chose à laquelle je pense : la joie, le bonheur, une incroyable complicité sur le plateau, une envie folle de vivre le moment présent, une volonté de servir ce projet dans l’esprit de l’écriture de Stéphane Bourguignon… De la fraternité partout.

Ce qui m’a fait tomber amoureux de La Vie la vie dès le premier épisode, c’est la réalité de ce groupe d’amis. Le fait que l’on croit instantanément qu’ils se connaissent depuis tant d’années, qu’il y a un background, des antécédents, des histoires… une profondeur de tous et de chacun après seulement 5 minutes. Qu’est-ce qui vous a fait tomber amoureux de la série ?

L’humanité !!!!!!! Nous nous retrouvons dans une petite communauté d’amis où l’amour inconditionnel est enraciné. Les personnages se montrent tels qu’ils sont. Ils sont là les uns pour les autres… dans le silence et la parole.

Jacques, votre personnage, est gay. Et son identité sexuelle est annoncée dès le premier épisode, sans qu’elle soit traitée comme une problématique. La Vie la vie prend naturellement en compte cette situation… en faisant en sorte que ce ne soit justement pas une « situation ». En France, si je me reporte à 2000-2001, il n’y avait aucun gay traité avec autant de subtilité et de naturel. En était-il de même au Québec ou est-ce que La Vie la vie a joué un rôle dans la représentation des personnages homosexuels sur le petit écran ?

Au Québec, les premiers personnages gays étaient incarnés avec beaucoup de stéréotypes… dans la gestuelle, la langue parlée, avec une certaine démesure vestimentaire, un ton comique prédominant. Oui, le sujet était tabou… Pour transcender ces tabous, il fallait, je crois, passer par le rire. Les gays incarnés étaient amusants, un peu déjantés. Et doucement, à travers le rire, je crois que les préjugés se sont aplanis… Je pense au rôle joué dans La Cage aux folles par exemple. On se retrouvait avec des personnages hors normes mais d’une humanité extraordinaire. Ce qui fait qu’après le film, le spectateur préférait passer une soirée avec le personnage de Serrault plutôt que celui de Galabru. Pour ce qui est de mon choix d’y aller vers une proposition plus « naturaliste » sans manièrisme, c’était une condition à mon acceptation. Mais cela était également totalement partagé par l’auteur et le réalisateur. Je voulais qu’on comprenne que l’homosexualité n’est pas une déviance. Je voulais que la tendresse du personnage soit présentée sans être clownesque. Je crois, très humblement, que ce personnage a joué un petit rôle, qu’il a ouvert le cœur des téléspectateurs.

Une série sur les trentenaires, ou les presque quarantenaires dans le cas de Jacques, permet de placer la problématique des questionnements de personnages à un niveau intéressant. Ils ont déjà entamé leurs vies… et sont à un point crucial : celui des premiers regrets et du « encore possible » en quelque sorte. Est-ce que ce point de fixation était intéressant à vos yeux ? Cela permet de donner plus de « poids » à leurs choix et aux risques encourus…

Patrick Labbé, Macha Limonchik, Normand Daneau, Vincent Graton et Julie McClemens © Cirrus Communications
Patrick Labbé, Macha Limonchik, Normand Daneau, Vincent Graton et Julie McClemens © Cirrus Communications

Très bonne question. Jacques était le plus vieux du groupe, le grand frère. En passant, de positionner le gay de la série dans le rôle du grand frère était très habile. Le personnage de Jacques n’est pas à la même place que les autres. Ces questionnements existentiels sur la mort, sur le temps qu’il lui reste, sur les rêves irréalisés sont à la base de sa vie. Il se questionne sur le sens de sa vie. Il voit le temps passé, l’urgence de vivre alors que ses amis et sa sœur sont ailleurs. C’est la base du début de la quarantaine. Il me reste moins de temps à vivre, comment ai-je le goût de vieillir ? Jacques a effectivement les deux pieds dans ces réflexions.

Il y a diptyque d’épisodes qui, à mon sens, montre à la fois la précision de l’écriture, l’audace de la série et sa maîtrise totale des personnages : celui sur la mauvaise journée (« Anatomie d’une mauvaise journée ») et celui sur la fragilité du bonheur (« La Vie est belle »). Comment qualifieriez-vous le style de Stéphane Bourguignon, l’auteur de la série ? Quelle est sa principale qualité ?

Pour un acteur, quand les mots de l’auteur sortent de sa bouche avec fluidité, il y a une part de talent (rires), mais surtout, cela confirme que l’écriture est là. Les textes de Bourguigon, nous n’avions qu’à être là et tout allait de soi. Il n’y a rien de trop dans son écriture. Pas d’utilisation exagérée de qualificatifs. Il y a une précision. Nous avons fait 39 épisodes de La Vie la vie, un autre auteur aurait surfé sur le succès et en aurait fait le double. Pas Bourguignon. Il a un jugement extraordinaire. Une capacité de se regarder en face pour identifier le superflu et l’éliminer.

L’épisode se déroulant chez la mère de Marie et Jacques est clairement un des plus lourds à porter pour Jacques, qui doit affronter sa colère envers son père. Y en a-t-il d’autres qui vous reviennent en tête et qui vous ont marqué en tant qu’interprète de Jacques ?

Un épisode que j’ai adoré est celui où Jacques a des terribles fièvres dans un Montréal caniculaire. Il hallucine dans la nuit et voit apparaître son père et un amant. Cela arrive à un moment où Jacques n’ose pas s’abandonner à l’amour. Il a peur d’avoir mal, de se laisser aller. Lorsque son père apparaît en songe, il lui dit ceci : « Mon fils, si tu ne te présentes pas tel que tu es, au moins une fois dans ta vie, tu passeras à côté de ta vie » Cette scène est d’une grande tendresse. Ce message dans la nuit sera important pour Jacques, fondamental ! Et encore là, au-delà des relations homosexuelles, on retrouve entre le fils et son père, une tendresse entre hommes qui est immensément belle. En défendant cela, j’avais le sentiment de défendre quelque chose de beau. D’ailleurs, mon père était joué par mon oncle Gilles Pelletier et ma mère par ma tante Françoise Graton… Un clin d’œil du réalisateur qui m’a beaucoup touché.

Cette finesse d’écriture, on la retrouve aussi par exemple dans une superbe réplique lancée à Jacques par Gilbert, dénonçant l’injustice du premier vis-à-vis du second, lequel a toujours été là mais se retrouve bien seul quand lui aussi a un « down ». Comment qualifieriez-vous la trajectoire de Jacques tout au long de la série qui se déroule finalement à un moment crucial mais très compact de son existence ? Qu’apprend-t-il à la fin de la série ?

Il apprend à assumer tout ce qu’il est. Il apprend à aimer. Il apprend à se réconcilier. La scène au cimetière où il regarde le ciel en saluant ses parents est pour moi une scène de réconciliation et d’affranchissement. Et dans la scène finale, j’ai toujours perçu qu’il serait un oncle magnifique. Il aura aussi une descendance à travers les enfants de sa sœur et de ses amis. Il sera là pour eux.

Aviez-vous des craintes quant au dernier épisode de la série, qui devait conclure une si belle aventure et les cheminements de ces 5 personnages ?

Quand j’ai lu la dernière scène, je l’ai trouvée parfaite. Tout est là.

Le succès de la série

J’ai lu pas mal d’articles sur la série et, régulièrement, on souligne son importance dans la fiction, marquant un tournant qualitatif ayant inspiré d’autres séries ultérieures. A-t-elle vraiment changé les choses ?

La Vie la vie fut la première vraie série télé consacrée aux trentenaires. De traduire cette réalité était nécessaire. Ce fut également la première série télé de l’auteur, du réalisateur (qui avait travaillé davantage dans le documentaire), du monteur et du compositeur de musique. Je pense que ces quatre-là sont arrivés avec des propositions neuves, un ton unique qui se distinguaient de ce qui avait été fait avant. Je pense que La Vie la vie a donné un souffle à la télé de chez nous. Ce n’était pas non plus une série maniérée… Il y avait une certaine pureté dans le ton. La Vie la vie a donné de l’air.

La bande de La Vie la vie s’est reformée le temps d’un épisode de Tout sur moi, une série ultérieure de Stéphane Bourguignon. Et via un petit twist amusant : comment imaginer le retour de La Vie la vie à l’antenne. Comment se sont passées ces retrouvailles ?

Nous nous sommes bidonnés comme des fous. Ce furent des retrouvailles trrrrrès amusantes et complices. La Vie la vie est devenue une série un peu… culte chez nous. Je le dis en souriant. De rire de ça fut délicieux.

Stéphane Bourguignon, l’auteur, avait décidé de ne pas aller au-delà des 39 épisodes, coûte que coûte. Mais, par la suite, y a-t-il eu des projets de reformation de la bande de La Vie la vie pour, par exemple, un épisode spécial de réunion ou du moins une envie d’en faire un ? Est-ce quelque chose qui vous intéresserait ?

l n’y a rien dans l’air à ce sujet. Il serait intéressant de réaliser une série 20 ans plus tard. Je crois que cela serait rempli de potentiel dramatique mais rien ne semble flotter dans l’air.

La carrière

Vous avez joué aussi dans 19-2, autre série très importante de la télé québécoise, qui se démarque par sa diversité et son ambition. Et particulièrement réussie. Quelle est votre vision actuelle de la production de série au Québec ?

Vous avez raison. Il se fait chez nous une télé audacieuse et imaginative. Nous n’avons pas le choix. Le Québec est le seul territoire majoritairement francophone d’Amérique du Nord. Nous sommes des survivants. Nous devons nous renouveler sans arrêt et nous devons le faire avec de petits moyens. Si nous comparions nos budgets avec les vôtres, je pense que vous tomberiez en bas de vos chaises. Ici, il faut être un peu fou pour faire de la télé et du cinéma. Cela prend une force de caractère solide.

Quelles sont les séries québécoises actuelles les plus intéressantes selon vous ?

Actuellement des séries comme Unité 9, Mensonges, La Galère et plusieurs autres carburent.

Plus globalement, le secteur culturel et de la production québécoise a été pas mal attaquée ces dernières années. Où en est la situation ? Et que faut-il faire pour la défendre encore et encore ?

Ah là vous parlez à un militant… (rires) La société Radio Canada a été visée par les coupes des conservateurs qui sont actuellement à Ottawa. Nous sommes actuellement en élections et je souhaite évidemment leur départ… pour ne pas dire plus. La SRC doit avoir les reins solides pour développer, pour innover, pour être le chef de fil. Le Québec et le Canada français ont besoin d’une SRC forte. Nous ne sommes pas contre des restructurations qui maximiseraient les opérations mais la SRC doit avoir les moyens de se développer. Actuellement, le milieu de la télé fait souvent des miracles pour permettre aux projets de se réaliser. En dramatiques, en documentaires, en variétés, en shows pour enfants… Nous avons besoin d’aide.

Je suis également un grand fan de Chambres en ville. Quels souvenirs gardez-vous de ce feuilleton ?

Ahhhhhh Chambres en Ville, quel succès télé ce fut ! Je n’en garde que de beaux souvenirs. J’avais là un très beau personnage à défendre… Joie ce fut.

Quels sont vos projets ?

Je travaille sur une série familiale depuis 14 ans… et je touche aussi à l’animation. Je suis également spécialisé dans le road trip, dans le style documentaire sur les routes canadiennes. J’adore aller à la rencontre des gens et révéler un peu de ce qu’ils sont.

Propos recueillis par Thomas Destouches le 18 août 2015

Remerciements chaleureux à Vincent Graton pour le temps consacré à cette entrevue

Critique film : De père en flic, d’Emile Gaudreault (2009)

Copyright : Cinémaginaire Inc.
Copyright : Cinémaginaire Inc.

Réalisation : Emile Gaudreault

Scénario : Emile Gaudreault et Ian Lauzon

Distribution : Michel Côté, Louis-José Houde, Rémy Girard, Caroline Dhavernas, Sébastien Huberdeau…

Synopsis : Après une opération policière ratée, un flic de Montréal est kidnappé par un gang de motards particulièrement belliqueux. Jacques Laroche, flic badass et à l’ancienne, n’a qu’une solution : partir en expédition avec son fils Marc, lui aussi policier mais au caractère diamétralement opposé, afin de soutirer à l’avocat du chef du gang des informations précieuses…

Durée : 1h45

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Critique

Buddy movie familial, De père en flic est une comédie d’action à la dynamique limpide : le vrai intérêt n’est pas « vraiment » l’enquête policière mais bien les relations père / fils. Malheureusement là encore l’intrigue est cousue d’un fil plus blanc que blanc : s’ils ne se comprennent pas au début du long métrage, les désaccords et les incompréhensions entre Jacques et Marc seront estompées une fois la la lumière rallumée.

Rien ne nous est épargné sur cette mécanique du désaccord continuel entre le père et le fils. Les relents familiaux non résolus entre un père émotionnellement mutique et son fils en demande d’émotions et de reconnaissance sont au programme. Tout comme le choc générationnel entre un flic « à l’ancienne », adepte de la manière forte sans subtilité, et un jeune policier rompu à la psychologie et à la technologie. Même l’opposition entre le « vieux »  totalement dévoué à son travail depuis toujours et le « jeune » trop tendre au coeur meurtri ne rêvant que de reconquérir sa blonde. Bref… aucune surprise à l’horizon, la faute à un ressort comique reposant presque exclusivement sur les incompréhensions entre Jacques et Marc.

Pour ceux qui auront réussi à digérer ce menu XXL de clichés – et ils sont nombreux : De père en flic est le plus gros succès québécois de l’année 2009 ! – reste un film à la facture classique et à la mise en scène efficace, et au sein duquel le duo Michel Côté et Louis-José Houde – beaucoup moins en roue libre que lors de leurs retrouvailles dans Le Sens de l’humour (également mis en scène par Emile Gaudreault – réussissent à transcender quelques scènes (notamment celle de l’explication franche après la sortie en canoë).

Note : 1,5 sur 5

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Date de sortie :

Budget : 6,7 millions de dollars

Box office : 1 242 370 spectateurs

Disponible en DVD

Critique film : Il était une fois les Boys, de Richard Goudreau (2013)

copyright : Melenny Productions
copyright : Melenny Productions

Réalisation et scénario : Richard Goudreau

Distribution : Rémy Girard, Patrick Labbé, Simon Pigeon, Samuel Gauthier, Pierre Lebeau…

Synopsis : Découvrez les origines de la fameuse bande des Boys. Stan, Bob, Fern, Jean-Charles, Meo et les autres s’apprêtent à jouer le tournoi de hockey…

Durée : 1h45

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Critique

Prequel des Boys – une franchise ultra productive avec déjà 4 volets cinématographiques et une série – Il était une fois… raconte donc la jeunesse des personnages auxquels le public s’est attaché depuis le premier film, datant de 1997. Jouant à fond la carte de la nostalgie mythologique et des clins d’oeil, le film tient malgré tout sur ses pattes « en solo ». Une performance essentiellement due à la qualité de la distribution des jeunes boys, tous plus justes et investis les uns que les autres, réussissant à créer pendant un peu moins de deux heures un palpable sentiment de bande. Malheureusement le concert de louanges s’arrête à peu près là…

Chronique sympathique mais anecdotique, Il était une fois les Boys ne fait que survoler un sujet, la faute à un trop plein de sujets traités, ou plutôt esquissés, mais essentiellement à une trop grande facilité des intrigues. Les problèmes rencontrés par chacun des Boys sont trop rapidement évoqués et trop facilement résolus. Même le décès d’un des leurs – lors d’une scène particulièrement réussie parce qu’elle prend justement son temps et affronte la dureté de l’épreuve en face – ne laisse que peu de traces nerveuses chez le spectateur, distrait par le match de hockey suivant, même si ce dernier est « habité » d’une certaine manière par l’esprit de Ben.

Au final, il ne reste que deux petites choses le film fini : le sentiment de camaraderie bien réelle entre ces jeunes Boys… et la nostalgie du premier volet.

Note : 1,5 sur 5

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Date de sortie : 6 décembre 2013

Budget : 8,5 millions de dollars

Box office : 165 844 entrées

Disponible en DVD

Critique film : Maurice Richard, de Charles Binamé (2005)

copyright : Cinémaginaire Inc
copyright : Cinémaginaire Inc

Réalisation : Charles Binamé

Scénario : Ken Scott

Distribution : Roy Dupuis, Julie Le Breton, Stephen McHattie, Patrice Robitaille, Pierre-François Legendre, Rémy Girard, Diane Lavallée, Michel Barrette, Mario Jean, Vincent Lecavalier, Stéphane Quintal…

Synopsis : L’histoire vraie de Maurice Richard, joueur mythique de l’équipe de hockey des Canadiens de Montréal…

Durée : 2h05

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Critique

Aucune envie de sourciller ou de patienter avant de donner l’avis final : Maurice Richard est un grand film. Et pas seulement un grand film « de » et « sur le » sport. Nous sont racontées ici la destinée d’un homme et la réalité d’une époque, le tout avec une facture simplement magnifique. Avec un tel sujet, le duo Charles Binamé (réalisateur) et Ken Scott (scénariste) pouvaient légitimement être paralysés ou écrasés. Il n’en est rien : ils se montrent à la hauteur et offrent un spectacle exaltant, touchant et somptueux, porté par un Roy Dupuis habité, affûté et touchant.

Maurice Richard réussit à recréer le Montréal des années 40-50, l’atmosphère et les tiraillements de la Ligue Nationale de Hockey sans pour autant en faire un spectacle parasite (l’exercice de style du « film d’époque » est parfois dénaturé, préférant le plus « petit détail correct » au détriment de l' »esprit de la période »), même si l’on peut tout de même regretter les vaines incrustations des acteurs dans des images d’époque au début du film. Et les scènes sur la glace sont tout bonnement bluffantes, pas seulement parce qu’elles recréent des moments de bravoure de « la Comète » mais surtout parce qu’elles sont tellement bien chorégraphiées et mises en scène qu’elles engagent nerveusement le spectateur, devenu par intermittence filmique un supporter de hockey.

Si Ken Scott montre un grand respect envers l’icône « La Comète » – le risque, évité ici, de ce genre de biopic étant justement de tomber dans une trop grande déférence – le scénariste ne perd jamais de vue l’homme « Maurice », plus fragile que sa légende, alternant scènes ou répliques d’anthologie nécessaires à ce genre de biopics (« T’es marié à un joueur des Canadiens » lance Richard à son épouse Lucille en plein milieu de la cuisine ou le « That’s what I want ! » que le coach Irvin lance à ses joueurs après avoir salué la rage de ne pas perdre de Richard) et petites subtilités

Et, comme tout film de sport qui doit se respecter, Maurice Richard réussit à créer un vrai sentiment d’exaltation lors des matches (dont les reconstitutions sont aussi crédibles que palpitantes). Les morceaux de bravoure des Canadiens et de Richard, même connus, font palpiter le coeur et donnent envie de frapper dans ses mains. Et parfois même de se lever pour une standing ovation, comme lorsque Richard passe le record des 50 buts de Joe Malone…

Enfin il convient de décerner une mention spéciale à Roy Dupuis, lequel réussit à donner vie à la légende sur la glace et à l’homme en coulisses, sans tomber dans le mimétisme grossier, (trop grosse et trop facile) corde si souvent employée pour les biopics. Si le charisme de l’acteur n’a jamais fait aucun doute, il est ici employé pour le meilleur. Et, au-delà de la performance physique, obligatoire pour un tel rôle, il réussit à donner chair  aux scènes les plus difficiles, celles en dehors de la glace.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 25 novembre 2005

Budget : 7,5 millions de dollars

Box office : 589 795 entrées

Disponible en DVD

La bande-annonce en français à voir sur Cinoche.com

Critique film : Les 3 P’tits Cochons, de Patrick Huard (2007)

copyright: Zoofilms / Christal Films
copyright: Zoofilms / Christal Films

Réalisation: Patrick Huard

Scénario: Claude Lalonde et Pierre Lamothe

Distribution: Claude Legault, Paul Doucet, Guillaume Lemay-Thivierge, France Castel…

Synopsis : Rémi, Mathieu et Christian se retrouvent au chevet de leur mère souffrante et inconsciente. L’occasion pour la fratrie de faire le point sur chacun. Rémi est égal à lui-même : donneur de leçons du haut de sa situation professionnelle confortable et de sa belle petite famille. Mathieu est loin d’être aussi épanoui à la tête de sa famille, d’où l’envie irrépressible de tromper sa femme. Quant à Christian, le benjamin, il semble bloqué à l’adolescence, sans l’ombre d’une ambition…

Durée : 2h05

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Critique

Chronique de trois frères se retrouvant au chevet de leur mère souffrante, Les 3 P’tits Cochons est la première réalisation du comédien Patrick Huard. Aussi drôle que touchante, cette dramédie alterne subtilement tonalités et perspectives sur Rémi, Mathieu et Christian, pour mieux souligner le désarroi de la situation familiale et de leur situation personnelle. Car si les 3 personnages sont campés rapidement et efficacement, ils vont (se) découvrir les uns les autres et chacun, au gré de leurs décisions et de leurs mensonges.

La maladie de leur mère va en effet leur permettre de réaliser qu’ils sont tous au bord du gouffre de leur vie, ou plutôt de leur vérité. Rémi, l’aîné, n’est pas « que » le bon et sage père de famille à la bonne situation. Mathieu est-il véritablement prêt à subir les conséquences de l’adultère ? Christian ne peut pas se contenter pour toujours d’amours virtuels. Et c’est sur ce terreau que les deux scénaristes, Claude Lalonde et Pierre Lamothe, regardent leurs 3 personnages principaux évoluer, avec beaucoup de tendresse. Et un ton gentiment sale gosse.

Mens-moi, je te dirai qui tu es…

Ces 3 frères se mentent et mentent à leurs proches, davantage pour se protéger que pour épargner. Et les mensonges envers eux-mêmes sont aussi révélateurs, notamment à propos de l’image qu’ils essaient de renvoyer, que destructeurs. Leur révélation, volontaire ou non, les exposera pour ce qu’ils sont « réellement », sans retour possible, à charge pour leurs proches, plus conscients qu’il n’y paraît, de vivre avec la fin du mensonge. Le miracle des 3 P’tits Cochons tient au fait que cette équation humaine n’est jamais absente du film, ni dans les scènes dramatiques (logique !) ni dans les scènes comiques. En parfaite maîtrise de sa narration et de ses personnages, Patrick Huard peut alors se permettre « d’y aller à fond », sans cynisme et sans artifices téléphonés.

L’autre force du film de Patrick Huard est d’embrasser pleinement les errements de ses 3 personnages principaux, de ne pas hésiter à en montrer la flamboyance coupable, les bassesses inavouées et les remords murmurés. Mais surtout de ne jamais baisser la caméra devant l’émotion – les scènes « rêvées » avec la mère sont sur ce point remarquables – avec une sincérité réjouissante, bien aidé par les interprétations enlevées de Claude Legault, Paul Doucet et Guillaume Lemay-Thivierge. Par leur biais, les 3 P’tits Cochons n’ont jamais froid aux yeux.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 10 août 2007

Budget : 4,4 millions de dollars

Box office : 578 049 entrées

Disponible en DVD