Le Gala Québec Cinéma 2018 : Les affamés grand vainqueur

Hochelaga, Terre des Âmes de François Girard et Le problème d’infiltration de Robert Morin menaient la danse avec 10 nominations chacun, suivis des Affamés de Robin Aubert (9 citations). Mais c’est bien ce dernier, avec 8 trophées Iris (dont Meilleur film et Meilleur réalisateur), qui remporte la mise finale.

=> Lire l’interview de Robin Aubert : « Faire un film de zombies, c’est retrouver le plaisir du jeu, de l’enfance »

MEILLEUR FILM

  • Les affamés de Robin Aubert – LAURÉAT
  • Boost de Darren Curtis
  • Chien de garde de Sophie Dupuis
  • La petite fille qui aimait trop les allumettes de Simon Lavoie
  • Le problème d’infiltration de Robert Morin
  • Les rois mongols de Luc Picard
  • Tuktuq de Robin Aubert

MEILLEURE RÉALISATION

  • Robin Aubert pour Les Affamés – LAURÉAT
  • Darren Curtis pour Boost
  • Sophie Dupuis pour Chien de garde
  • Robert Morin pour Le problème d’infiltration
  • Luc Picard pour Les rois mongols

MEILLEUR SCENARIO

  • Nicole Bélanger pour Les rois mongols – LAURÉATE
  • Darren Curtis pour Boost
  • Sophie Dupuis pour Chien de garde
  • Robert Morin pour Le problème d’infiltration
  • Gabriel Sabourin pour C’est le cœur qui meurt en dernier

MEILLEURE ACTRICE

  • Charlotte Aubin pour Isla Blanca
  • Mélissa Désormeaux-Poulin pour Le Trip à trois
  • Denise Filiatrault pour C’est le cœur qui meurt en dernier
  • Maude Guérin pour Chien de garde – LAURÉATE
  • Élise Guilbault pour Pour vivre ici

MEILLEUR ACTEUR

  • Christian Bégin pour Le problème d’infiltration – LAURÉAT
  • Jesse Camacho pour We’re Still Together
  • Patrick Huard pour Bon Cop Bad Cop 2
  • Joey Klein pour We’re Still Together
  • Jean-Simon Leduc pour Chien de garde

MEILLEURE ACTRICE DE SOUTIEN

  • Isabelle Blais pour Tadoussac
  • Sandra Dumaresq pour Le problème d’infiltration
  • Micheline Lanctôt pour Les Affamés
  • Brigitte Poupart pour Les Affamés – LAURÉATE
  • Karine Vanasse pour Et au pire, on se mariera

MEILLEUR ACTEUR DE SOUTIEN

  • Jahmil French pour Boost
  • Robert Morin pour Tuktuq
  • Emmanuel Schwartz pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT
  • Guy Thauvette pour Le problème d’infiltration
  • Anthony Therrien pour Charlotte a du fun

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

  • Romane Denis pour Charlotte a du fun
  • Marine Johnson pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Théodore Pellerin pour Chien de garde – LAURÉAT
  • Rose-Marie Perreault pour Les faux tatouages
  • Nabil Rajo pour Boost

MEILLEURE DISTRIBUTION DES RÔLES

  • Emanuelle Beaugrand-Champagne, Nathalie Boutrie et Frédérique Proulx pour Les rois mongols – LAURÉATES
  • Maxime Giroux et Jonathan Oliveira pour Boost
  • Lucie Robitaille pour Charlotte a du fun

MEILLEURE DIRECTION ARTISTIQUE

  • André-Line Beauparlant pour Le problème d’infiltration
  • Guillaume Couture pour Les rois mongols
  • Jean-Marc Renaud pour Nous sommes les autres
  • Marjorie Rhéaume pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • François Séguin pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT

MEILLEURE DIRECTION DE LA PHOTOGRAPHIE

  • Steve Asselin pour Pieds nus dans l’aube
  • Nicolas Bolduc pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT
  • Nicolas Canniccioni pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • François Dutil pour Les rois mongols
  • Michel La Veaux pour Iqaluit

MEILLEUR SON

  • Jean-Sébastien Beaudoin Gagnon, Stéphane Bergeron, Olivier Calvert et Samuel Gagnon Thibodeau pour Les Affamés – LAURÉATS
  • Jean-Sébastien Beaudoin Gagnon, Sylvain Bellemare et Hans Laitres pour All You Can Eat Bouddha – Le meilleur des séjours
  • Claude Beaugrand, Bernard Gariépy Strobl, Claude La Haye, Raymond Legault et Jean-Philippe Savard pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Martin C. Desmarais, Gavin Fernandes, Marie-Claude Gagné et Louis Gignac pour Bon Cop Bad Cop 2
  • Clovis Gouaillier, Philippe Lavigne et Patrice LeBlanc pour La petite fille qui aimait trop les allumettes

MEILLEUR MONTAGE

  • Robin Aubert pour Tuktuq
  • Jared Curtis pour Boost
  • Aube Foglia pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Dominique Fortin pour Chien de garde – LAURÉATE
  • Felipe Guerrero pour X Quinientos

MEILLEURS EFFETS VISUELS

  • Jean-François Ferland pour Les Affamés – LAURÉAT
  • Jean-François Ferland, Marie-Claude Lafontaine pour Pieds nus dans l’aube
  • Jean-François Ferland, Olivier Péloquin et Simon Harrisson pour Le problème d’infiltration
  • Alain Lachance pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Jonathan Piché Delorme et Alexandra Vaillancourt pour Nous sommes les autres

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

  • Bertrand Chénier pour Le problème d’infiltration
  • Pierre-Philippe Côté pour Les Affamés – LAURÉAT
  • Patrice Dubuc, Gaëtan Gravel, Vincent Banville, Gregory Beaudin Kerr, Jonathan Quirion, Jean-François Ruel, Pierre Savu-Massé et Charles-André Vincelette pour Chien de garde
  • Gyan Riley et Terry Riley pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Michael Silver pour Boost

MEILLEURS COSTUMES

  • Julie Bécotte pour Nous sommes les autres
  • Josée Castonguay pour Pieds nus dans l’aube
  • Francesca Chamberland pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Mario Davignon pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT
  • Brigitte Desroches pour Les rois mongols

MEILLEUR MAQUILLAGE

  • Kathryn Casault pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Kathryn Casault et Stéphane Tessier pour Le problème d’infiltration
  • Bruno Gatien pour All You Can Eat Bouddha – Le meilleur des séjours
  • Erik Gosselin et Marie-France Guy pour Les Affamés – LAURÉATS
  • Marlène Rouleau pour Nous sommes les autres

MEILLEURE COIFFURE

  • Réjean Forget et Ann-Louise Landry pour  Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉATS
  • Anne-Marie Lanza pour Nous sommes les autres
  • Jean-Luc Lapierre et Denis Parent pour Les rois mongols
  • Denis Parent pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Lina Fernanda Cadavis, Priscila De Villalobos, Aleli Mesina et Pamela Warden pour X Quinientos

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE

  • Destierros d’Hubert Caron-Guay
  • Manic de Kalina Bertin
  • La part du diable de Luc Bourdon
  • La résurrection d’Hassan de Carlo Guillermo Proto – LAURÉAT
  • Sur la lune de nickel de François Jacob

MEILLEURE DIRECTION DE LA PHOTOGRAPHIE POUR UN FILM DOCUMENTAIRE

  • Benoit Aquin et Mathieu Roy pour Les dépossédés
  • Samuel de Chavigny pour Les terres lointaines
  • François Jacob, Vuk Stojanovic et Ilya Zimpour pour Sur la lune de nickel
  • François Messier-Rheault pour Ta peau si lisse – LAURÉAT
  • Étienne Roussy pour Destierros

MEILLEUR MONTAGE POUR UN FILM DOCUMENTAIRE

  • Anouk Deschênes pour Manic – LAURÉATE
  • Sophie Farkas Bolla pour P.S. Jerusalem
  • Michel Giroux pour La part du diable
  • Lorenzo Mora Salazar et Carlo Guillermo Proto pour La résurrection d’Hassan
  • Ariane Pétel-Despots pour Destierros

MEILLEUR SON POUR UN FILM DOCUMENTAIRE

  • Daniel Almada, Patrick Becker, Julien Fréchette, Reto Stamm et Christof Steinmann pour Les dépossédés
  • Sylvain Bellemare, Bernard Gariépy Strobl et Félix Lamarche pour Les terres lointaines
  • Samuel Gagnon-Thibodeau et Alexis Pilon-Gladu pour Destierros
  • Carlo Guillermo Proto, Cory Rizos et Pablo Villegas pour La résurrection d’Hassan
  • Catherine Van Der Donckt et Jean Paul Vialard pour La part du diable – LAURÉATS

MEILLEUR COURT MÉTRAGE DE FICTION

  • The Catch d’Holly Brace-Lavoie
  • Born in the Maelstrom de Meryam Joobeur
  • Crème de menthe de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné
  • Lost Paradise Lost de Yan Giroux
  • Pre-Drink de Marc-Antoine Lemire – LAURÉAT

MEILLEUR COURT MÉTRAGE D’ANIMATION

  • Avec ou sans soleil de Jean-Guillaume Bastien
  • La maison du hérisson d’Eva Cvijanović
  • Me, Baby & the Alligator de Jean Faucher et Bob Olivier
  • La pureté de l’enfance de Zviane
  • Toutes les poupées ne pleurent pas de Frédérick Tremblay – LAURÉAT

PRIX DU PUBLIC

  • Ballerina d’Eric Summer et Eric Warin
  • Bon Cop Bad Cop 2 d’Alain Desrochers
  • De père en flic 2 d’Émile Gaudreault
  • Junior Majeur d’Eric Tessier –LAURÉAT
  • Le Trip à trois de Nicolas Monette

FILM S’ÉTANT LE PLUS ILLUSTRÉ A L’EXTÉRIEUR DU QUÉBEC

  • Les Affamés de Robin Aubert – LAURÉAT
  • All You Can Eat Bouddha – Le meilleur des séjours d’Ian Lagarde
  • Ballerina d’Éric Summer et Éric Warin
  • Hochelaga, Terre des Âmes de François Girard
  • X Quinientos de Juan Andrés Arango Garcia

IRIS HOMMAGE : André Forcier

Après le soirée de « Gala des artisans Québec Cinéma » (ce mardi 29 mai), la cérémonie du « Gala Québec Cinéma » se tient le dimanche 3 juin…

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Box office 2016 des films québécois

En 2007, le premier volet de la comédie Les 3 P’tits Cochons avait attiré près de 580 000 spectateurs. Près de 10 ans plus tard, désormais repris en main par le réalisateur Jean-François Pouliot, le second en rassemble un peu plus de 300 000. Un demi-succès ? Oui et non. La comédie réunit certes beaucoup moins de spectateurs dans les salles québécoises mais elle glane la première place de la production locale au box office. Et elle confirme la popularité du comédien Guillaume Lemay -Thivierge, présent au casting de 2 films du Top 10 (Les 3 P’tits Cochons 2 et Nitro Rush… deux suites !). A noter la très belle 3ème place de 1:54, le bouleversant film du jeune réalisateur Yan England… qui attire 40 000 spectateurs de plus que l’expérimenté (mais pas moins jeune) Xavier Dolan pour son adaptation de Juste la fin du monde. En 2014, son Mommy était le plus gros succès québécois avec plus de 370 000 spectateurs.

Voici ci-dessous le top 20 des plus grands succès de cette année 2016 au Québec :

  1. Les 3 P’Tits Cochons 2 : 306 399 entrées
  2. Votez Bougon : 270 390
  3. 1:54 : 127 296
  4. Juste la fin du monde : 87 204
  5. Les Mauvaises herbes : 60 862
  6. Chasse-galerie : 59 036
  7. Nitro Rush : 55 843
  8. 9 le film : 17 850
  9. King Dave : 15 917
  10. Embrasse-moi comme tu m’aimes : 14 246
  11. Two Lovers and a Bear : 8 640
  12. Avant les rues : 5 591
  13. Endorphine : 5 046
  14. Le Pacte des anges : 4 865
  15. Mon ami Dino : 4 352
  16. Pays : 3 909
  17. Montréal la Blanche : 2 986
  18. L’Origine des espèces : 2 279
  19. Boris sans Béatrice : 2 084
  20. Là où Atilla passe : 2 066

La bande-annonce de « Les 3 P’tits Cochons 2 » :

Interview – Vincent Biron : « Avec Prank, on rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque ! »

Réalisateur et directeur photographie, Vincent Biron a tapé très fort avec Prank, son premier long métrage présenté aux festivals de Toronto et Venise. Rencontre avec un jeune cinéaste revendiquant une cinéphilie variée…

=> Lire la critique de Prank

PRANK

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© Le Girafon / Art & Essai / Romance Polanski

Prank est un Teen Movie sur des adolescents qui ne sont ni formidables, ni brillants, ni particulièrement drôles. Est-ce cela qui le rend finalement plus « universel » ?

Je pense effectivement que c’est l’idée. J’en parlais justement hier lors d’une projection du film aux Rendez-Vous du Cinéma Québécois. Avec les scénaristes, on voulait montrer l’ordinaire chez les adolescents. On a parfois tendance à dramatiser l’adolescence, peut-être particulièrement au Québec, et à la rendre ainsi exceptionnelle. Les scénaristes et moi avons vécu à l’opposé une adolescence somme toute normale. On voulait mettre ça à l’écran, parce qu’on pensait qu’il y avait justement un potentiel dramatique sans tomber dans des thématiques trop lourdingues.

C’est aussi un récit d’apprentissage de l’adolescence, un âge ni magnifié ni déprécié, un âge littéralement ingrat, avec tout ce que cela de haut et de bas. Et, paradoxalement, c’est ce qui le rend beau, qui fait qu’il touche juste. C’est en ne le rendant pas héroïque qu’on rend justice à l’adolescence ?

On rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque ! (rires)  Personnellement, je suis un très grand fan de Ratcatcher (ndlr : film de Lynne Ramsay) et de Kids (ndlr: de Larry Clark). Mais je ne veux pas monter en dogme ma façon de faire et je n’avais pas vu de film comme celui-là au Québec, où on montrait l’adolescence pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une période charnière pendant laquelle on passe la majeure partie du temps à glander ! (rires) J’avais envie de le montrer.

On rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque !

Concernant les influences dans Prank, je ressens fortement celle de John Hughes…

Je suis vraiment content d’entendre ça ! Au Québec, la cinéphilie pointue a parfois un rapport assez difficile avec le cinéma américain. Il peut être regardé de haut. Les gens me parlent ainsi assez rarement de John Hughes, alors que l’influence est bien là.

Il y a donc du John Hughes, mais aussi du Judd Apatow et Jackass…

Étonnamment peut-être, moins Jackass. Bien évidemment je connais le format et j’ai vu quelques épisodes, sans être pour autant fan. L’idée des pranks vient en fait d’amis qui m’ont demandé de filmer leurs blagues un 1er avril. Je me suis renseigné sur Internet à propos de ce qui se faisait. Je me suis alors rendu compte que c’était bien plus élaboré que ce qu’on faisait à l’époque. L’influence de Judd Apatow vient d’abord de mes collaborateurs et amis. C’est un cinéaste que j’apprécie beaucoup, aussi pour sa gestion des dialogues, pour cette comédie de mots. Il y a quelques années, j’avais vu un court-métrage qu’un de mes co-scénaristes avait écrit qui avait vraiment ce ton-là, avec notamment un dialogue rapide et brillant. J’étais allé les voir pour leur dire que je voulais travailler avec eux. Mon amitié avec Eric K. Boulianne est née à ce moment-là, et elle dure depuis 7 ans. Quand j’ai décidé de faire Prank, j’ai approché mes amis qui ont tous un peu ces mêmes influences. Enfin, en ce qui concerne John Hughes, on est tous fans. On ne l’a pas forcément fait consciemment. Eric avait donné une copie de Ferris Bueller à Etienne Galloy, le comédien principal. Et c’est devenu son film préféré. Il y a quelque temps, Etienne a réalisé un court-métrage et m’a demandé d’être derrière la caméra. On tournait dans un chalet et un soir on a regardé Ferris Bueller. J’ai réalisé alors à quel point il y avait des parallèles entre ce film et Prank. Mais cela s’est fait de manière totalement inconsciente. On aime tellement Ferris Bueller qu’il fait désormais partie de notre ADN.

On aime tellement Ferris Bueller qu’il fait désormais partie de notre ADN.

D’autres influences à chercher dans Prank et dans votre cinéma ?

afficheTous les scénaristes et moi sommes des cinéphiles boulimiques. On voit beaucoup de films dans beaucoup de genres. On rit de Béla Tarr dans le film, mais je l’aime et c’est amusant de s’en moquer un peu, même si Les Harmonies Werckmeister est une sublime expérience de cinéma. Je suis également un grand fan de Wes Anderson, cela apparaît dans quelques compositions je pense. Je pense aussi à Todd Solondz… Quand je faisais des courts-métrages, il était une très grande influence. Quand on écrit, on ne pense pas nécessairement à nos influences. Mais si on fait le travail à l’envers, on s’aperçoit qu’on a beaucoup de goûts variés et qu’on n’est pas des snobs. On aime autant les séries B que les grands classiques. Le film le revendique pour nous.

Quels sont les films qui ont marqué votre adolescence ?

A l’adolescence, j’ai découvert les films plus sérieux. Quand je suis tombé sur Fellini, j’ai pris conscience que c’était peut-être cela que je voulais faire. Solondz a été une grande découverte, comme je le disais, Kevin Smith également. J’ai compris que cela pouvait également être « ça » le film d’auteur. Même si je ne suis plus aussi admiratif de ses derniers films, à l’époque c’était une révélation.

Prank n’est ni une comédie, ni un drame, ni une comédie dramatique… C’est un film qui semble assumer ses moments de comédie autant que ses moments de drame, assumer aussi ses ruptures de ton. Et il y en a des ruptures. Ce côté brut, parfois déconcertant, était quelque chose que vous recherchiez ?

Quand je suis allé voir mes camarades avec l’idée du film, j’avais l’histoire générale, une description des personnages, le désir de montrer l’humour un peu niaiseux parfois des adolescents, l’envie d’opposer la vie des jeunes et celle des adultes de façon très détachée, d’avoir une rupture à cet endroit… Mais cette rupture d’une certaine manière est née du processus de fabrication. On sait que c’est dur de faire un film avec peu de moyens. Le budget de Prank c’est 10 000 dollars. Quand tu pars avec cela, tu écris beaucoup autour du paradigme de tournage. C’est la meilleure méthode.

C’était volontaire de faire Prank avec si peu de moyens.

Un budget de 10 000 dollars, c’est rien… C’est un moteur autant qu’une libération ?

C’était volontaire de le faire avec si peu. Parfois les gens pensent qu’on a essayé d’avoir des sous sans y arriver. Je suis également directeur de la photographie et je sais qu’une équipe de tournage c’est merveilleux mais aussi potentiellement un frein créatif. Et un budget un peu plus conséquent, c’est aussi paradoxalement se buter constamment contre le manque de moyens, contre les limites. J’ai décidé de me passer de ces limites. L’équipe de tournage de Prank, c’est 3 personnes. Mais c’était conçu ainsi dès l’écriture, on pouvait contourner les limites dès ce stade-là. A l’origine, le personnage de Stefie devait déféquer du haut d’un viaduc surplombant une autoroute. Mais en l’état, c’était impossible à tourner. Il a fallu trouver autre chose et c’est à ce moment-là qu’on a appris qu’un des comédiens avait une Porsche. C’est encore mieux s’il chie sur une Porsche ! C’est socialement subversif ! (rires) A partir du moment où tu assumes pleinement le paradigme de tournage, tu peux t’en servir comme tremplin et avoir du fun avec.

Le film a été présenté à Toronto et à Venise. C’est drôle de présenter un film comme Prank dans ces institutions, non ?

Oui ! (rires) Toronto, avec sa programmation tellement vaste, un peu moins que Venise. J’ai un historique avec Toronto, j’y ai présenté tous mes courts-métrages. J’ai même gagné le prix en 2010 avec Les fleurs de l’âge. Je me doutais donc un peu qu’on allait se retrouver à Toronto, mais Venise a été une surprise totale, surtout que le film a été retenu à la Semaine de la Critique. Avoir l’approbation d’une institution comme celle-ci… Un des autres films programmé était celui d’un jeune philippin protégé de Lav Diaz ! C’était dingue d’être dans la même programmation qu’un protégé de Diaz ! (rires) On revendique une cinéphilie très élargie et variée. Or je pense qu’il y a deux courants dans la cinéphilie. Certains veulent conserver un cinéma très « pur » et « exclusif ». La meilleure blague que l’on pouvait faire à ces gens-là était de voir Prank dans une telle programmation. Cela revient à dire finalement que le cinéma, c’est Béla Tarr mais c’est aussi des films comme ça !

CARRIÈRE

Vous avez réalisé 7 courts métrages avant de passer au long. Il était temps de le faire ?

Cette question commence à me tanner ! Au Québec, le court-métrage est considéré comme une « école » par laquelle on doit passer avant de pouvoir faire un long. L’idée derrière Prank, c’était aussi d’arrêter de penser comme cela. Xavier Dolan a totalement échappé à cela en passant directement au long ! J’ai des projets avec la SODEC (ndlr: Société de développement des entreprises culturelles) pour des films un peu plus conventionnels et avec un peu plus de moyens. Mais il ne fait pas toujours suivre ce que les institutions et les parcours veulent nous imposer. Il n’y a pas de mauvais chemin pour faire un film. Peut-être aurais-je dû faire Prank plus tôt et revenir ensuite au court-métrage. C’est comme si les critiques littéraires avaient dit à Raymond Carver qu’il fallait passer au roman après toutes ses nouvelles. Le court comme le long sont deux médiums différents.

En tant que directeur de la photographie, vous avez notamment collaboré avec Denis Côté sur Bestiaire. Le film est très singulier, parfois très dérangeant. Que retenez-vous de cette expérience ? Et de votre collaboration avec Côté ?

1Je fais beaucoup plus de fictions que de documentaires mais Denis Côté a une telle notoriété que ce film me « poursuit » ! (rires) Dans beaucoup de descriptions de Prank, on me présente comme « le directeur photo de Bestiaire ». J’étais jeune à l’époque et Denis cherchait un directeur photo talentueux et surtout disponible. Et quand Denis Côté te demande de travailler avec lui… Pour moi, c’était comme entrer dans la cinématographie. Denis est un érudit du cinéma, un « moine du cinéma ». Il n’y a pas de vie en dehors ! (rires) C’est enrichissant de travailler avec une telle personne. Quand j’évoquais les deux franges de la cinéphilie… Denis fait partie des puristes. Quelquefois j’étais brusqué par sa vision ! Mais cela a surtout débouché sur beaucoup de discussions intéressantes et m’a fait réfléchir à ma propre conception du cinéma. Travailler sur Bestiaire m’a vraiment fait évoluer. Pour en revenir strictement au film, Denis n’est pas tant dans ce qui fait une belle image mais ce qui la rend intéressante. Bien évidemment il se révèle beau et esthétique, mais en réalité on ne tournait pas tant que quelque chose d’intéressant ne surgisse.

Quelle est la suite pour vous ?

Je travaille beaucoup en tant que directeur photo en ce moment, notamment sur le premier long métrage de Matthew Rankin, un cinéaste de Winnipeg, qui serait une sorte de Norman McLaren sous acide ou un nouveau Guy Maddin. Il a une approche très singulière. Par ailleurs, j’ai beaucoup de projets. J’adapte une pièce de Simon Boulerice, intitulée Pig. Je développe en long mon court-métrage Une idée de grandeur, car j’ai le sentiment de ne pas avoir tout dit de cette histoire. Et puis avec la bande de Prank, on a un autre projet. Maintenant qu’on a fait un film fauché, on aimerait en faire un autre avec tout ce qu’on a appris. On a une vraie expertise sur comment faire un film avec peu de moyens. Il faut vraiment développer pleins de projets parce qu’il y a tellement de choses qui peuvent aller mal. En plus j’ai un processus d’écriture relativement lent donc si je ne veux pas faire un film tous les 8 ans…

CINÉMA QUÉBÉCOIS

Quelques réalisateurs québécois s’installent avec succès à Hollywood (Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve…) ou s’imposent dans le monde (Xavier Dolan). Comment expliquez-vous ce succès des réalisateurs québécois ?

Xavier Dolan est en train de dominer le monde entier ! (rires) Pour répondre à la question, je ne sais pas ! Peut-être que les Américains nous trouvent tout bonnement efficaces. On a l’habitude de livrer des films qui ont l’air beaucoup plus chers qu’ils n’ont effectivement couté. Le peu de moyens que nous avons nous rend très habiles.

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Propos recueillis par Thomas Destouches le 26 février 2017

Remerciements chaleureux à Vincent Biron

=> Le site officiel de Vincent Biron

=> Lire la critique de Prank

Critique film : Bestiaire, de Denis Côté (2012)

1Conception et réalisation: Denis Côté

Produit par Denis Coté et Sylvain Corbeil

Synopsis :

Durée : 1h12

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Critique

Non, Bestiaire n’est pas un documentaire animalier. Ou alors il s’agit du pire documentaire animalier jamais réalisé. Ni un film militant pour la cause animale ou une exploitation sentimentaliste de nos amis les bêtes.

Bestiaire est une expérience formelle, sonore, contemplative et sensorielle. Un non documentaire sur les animaux tout en étant une vraie réflexion sur le regard et le geste de montrer. Cette clé de lecture est d’ailleurs exposée clairement dans la première scène. Le réalisateur Denis Côté filme d’abord les yeux de jeunes peintres face à leurs toiles, ou cachés partiellement par elles, scrutant hors champ l’objet de leur étude : une bête empaillée. Ce même regard, on le retrouve à de multiples reprises au fil du documentaire, avec ces animaux osant fixer la caméra, défiant le spectateur qui se sent alors… observé, presque étudié, à son tour.

Qui observe qui ? Là est une des (nombreuses) programmatiques de ce Bestiaire.

Et pour matérialiser ce miroir filmique, Denis Côté joue avec le cadre, ou plutôt dans son cadre, toujours parfaitement fixe. Il décadre ou obstrue le champ de vision, obligeant le spectateur à regarder différemment ou l’animal à se révéler autrement. En multipliant les lignes géométriques et les cadres dans le cadre, il ne se contente pas d’apporter perspective et dynamisme visuel, il libère justement le cadre et crée les conditions d’un hors champ tellement crucial dans l’expérience Bestiaire. Et si les motifs visuels de l’enfermement et la présence quasi constante de la grille sont là pour créer un sentiment de claustration, Côté, une fois encore, joue avec notre regard. Les humains donnent parfois l’impression d’être eux-mêmes derrière la grille, massés dans un tunnel de verre pour observer un lion dormant tranquillement à l’air libre, enfouis (ironie de l’histoire) dans des costumes d’animaux, encastrés dans des voitures roulant à file indienne…

Au-delà de la beauté graphique extatique de Bestiaire, l’expérience sensorielle naît aussi (surtout ?) du traitement du son. Parfois lointain (essentiellement lorsqu’il concerne les humains et leurs interactions), parfois rugissant (certaines séquences sont volontairement à la limite du supportable), le son se joue sur des ruptures nettes et, poussant le spectateur à tendre l’oreille ou à se les couvrir, créant un intrigant déséquilibre. Mais ce montage sonore, purement fictionnel, réussit à insuffler un sentiment de menace envers ces animaux et une vraie angoisse chez le spectateur. Comme dans cette séquence où on ne fait qu’entrevoir les pattes de zèbres que l’on imagine apeurés derrière des murs trop étroits. La cacophonie de chocs contre les cloisons met K.O…. et le silence soudain qui s’ensuit soulage. On ressort de Bestiaire, non pas dans un état de transe mais de choc. Claudiquant. A la fois cabossé et fasciné.

Que cherche à nous dire Denis Côté ? Là n’est, au fond, pas la question. Il filme, confronte le regard, obture l’image et recrée le son pour nous faire vivre une expérience au-delà du cadre. Son Bestiaire transcende ce « simple » geste de montrer.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 6 avril 2012

Box office : 488 spectateurs

Budget : 50 000 dollars

Disponible en DVD