Interview – Yan England : « 1:54 ouvre un dialogue entre les enfants et leurs parents »

Après son beau succès populaire au Québec, le poignant et touchant 1:54 sort en salles en France ce mercredi 15 mars. Rencontre avec son réalisateur passionné Yan England…

547-product1:54 montre très bien que, désormais, le phénomène du harcèlement ne s’arrête pas aux portes de la maison. Il est omniprésent, à portée de téléphone et d’ordinateur…

Le harcèlement a toujours existé. Les grands-parents qui viennent voir le film m’en parlent. Ce qui a changé effectivement, c’est qu’il était auparavant plus circonscrit à l’école. Aujourd’hui il nous suit dans la poche arrière. La première chose que l’on fait le matin, c’est de jeter un œil au portable. Le harcèlement, c’est la loi du silence : « Si j’en parle, cela va être pire, donc je n’en parle pas… » Les adultes se disent qu’ils sont capables de voir les choses mais quand leur enfant reçoit un texto, ils ne savent pas forcément ce qu’il contient. Toute la difficulté aujourd’hui est là, même si ce décalage a toujours existé. Le lycée est une micro-société. On y passe un temps fou, beaucoup plus qu’à la maison. On veut s’y intégrer, y être « comme les autres ». Au lycée, la différence fait de toi une cible, alors qu’à la fac on veut et on peut plus facilement assumer ses différences. Je connais bien cette réalité parce que je côtoie beaucoup de jeunes à travers les émissions que je fais au Québec ou les films que je fais, et parce que je suis également entraîneur de natation. J’ai toujours gardé un lien avec des jeunes. Ils me posent des questions et je parle beaucoup avec eux. C’est aussi grâce à cela que j’ai réussi à conserver une vérité dans le film.

J’ai réussi à conserver une vérité dans le film.

La prise de risque est totale avec cette fin laquelle, sans la révéler, est forcément sujette à controverse. Cela a sans doute été compliqué de la conserver telle quelle…

Je voulais montrer jusqu’où les choses peuvent aller. Fort heureusement cela ne finit pas toujours ainsi. Le film, c’est 3 ans d’écriture. Bien évidemment il y a eu beaucoup de questionnements. Les gens ont suggéré plutôt ceci ou plutôt cela… Mais mes productrices m’ont soutenu et la fin est toujours restée intacte. Cela crée un choc, une surprise. Beaucoup d’étudiants de collège et du lycée m’ont dit qu’ils en étaient « contents », non pas parce qu’ils sont heureux de ce dénouement mais parce qu’il est sincère. Et c’est très bien ainsi parce que souvent les adultes ont tendance à penser que c’est trop dur. Mais les jeunes sont capables de vivre les choses, de supporter ces émotions. L’adolescence est un moment de la vie où le ressenti est total. Les adultes tempèrent beaucoup plus, ils ont la maturité. La première peine d’amour, c’est la fin de tout, parce que l’on vit intensément. Au Festival d’Angoulême, le film a reçu le Prix du jury étudiants. C’était une belle récompense, parce qu’elle soulignait qu’on avait réussi un film juste jusqu’au bout. Mais je suis conscient que certains spectateurs peuvent en sortir outrés, tout comme ils peuvent être choqués de la violence des commentaires que Tim lit sous la fameuse vidéo le concernant. Ils ne peuvent ou ne veulent pas croire que cela puisse exister. Et ils sont d’autant plus étonnés lorsqu’ils apprennent que je n’ai pas moi-même « écrit » ces commentaires. Je suis allé directement les prendre sur Internet en changeant simplement les noms.

1_54 photo 297 -crédit Bertrand Calmeau

La scène la plus touchante, pour moi, est celle du père au chevet de Tim. Il le rassure sur son amour inconditionnel pour lui…

Cela montre bien que le film n’est pas uniquement destiné aux adolescents. Il s’adresse à tout le monde. Le film étant toujours du point de vue de Tim, beaucoup de parents prennent conscience de certaines choses. La plus belle récompense du film tient au fait qu’il ouvre un dialogue. Plusieurs ados sont retournés le voir avec leur famille. Un père me racontait d’ailleurs que, sur le trajet en voiture en revenant du cinéma, son fils lui avait avoué que ce que le film racontait était très proche de ce que lui-même vivait. A l’inverse, des parents sont allés voir 1:54 avec leurs enfants pour ouvrir le dialogue avec eux par la suite. Même si Tim reçoit le soutien et l’amour de beaucoup de gens, sa trajectoire montre qu’il ne faut jamais abandonner, parce qu’on ne sait pas tout.

Antoine-Olivier Pilon a toujours été votre premier choix pour Tim. Pourquoi ?

Mommy est un grand film de Xavier Dolan et Antoine y livre une performance formidable. Il crie, il s’exprime de manière extravertie… Dans 1:54, on voit un tout autre comédien, dans un rôle beaucoup plus mutique. Comme il dit, en terme de dialogues, cela a été son film le plus facile à apprendre (rires) mais le plus difficile émotionnellement. J’ai rencontré Antoine lors de la sortie d’un film intitulé Les Pee-Wee 3D. J’animais une émission durant laquelle il allait faire un saut à l’élastique du haut de la plus haute plateforme en Amérique du Nord au profit d’Amnesty International. Je parle avec lui en bas et je découvre un garçon réservé, timide. Je poursuis l’entrevue sur la plateforme et là il se tient droit, il a les yeux déterminés, prêt à sauter… Je découvre un autre mec ! A cette époque, l’histoire de 1:54 mijotait en moi et j’ai compris qu’il était mon Tim. Ensuite, tout au long des 3 années d’écriture, j’avais toujours Antoine en tête. Toutes les scènes que je pouvais écrire, je savais qu’il allait les faire et que cela allait être vrai. Je n’avais aucun doute. Quand j’ai enfin terminé le scénario, il était la première personne que j’ai approché. Je lui ai envoyé le scénario, on s’est rencontré, il m’a posé des questions et m’a dit qu’il avait besoin de prendre une semaine pour réfléchir. Il se demandait si, à 17 ans, il était prêt à interpréter tout cela. J’ai trouvé cette réaction d’une grande maturité. Lorsqu’Antoine se lance, il se lance pleinement. Une semaine après, il m’a dit qu’il était partant. A la première projection du film sa mère me racontait qu’Antoine était Tim tout au long du tournage. Il rentrait du plateau et s’enfermait dans sa chambre sans parler à personne. Ses parents ont eu un peu peur ! (rires)

Tout au long des 3 années d’écriture, j’avais toujours Antoine-Olivier Pilon en tête.

Robert Naylor, qui était formidable dans le 10 1/2 de Podz, est à nouveau impressionnant dans ce film. Surtout l’empreinte que laisse son personnage de Francis est importante…

Il est d’une authenticité… Il compose un personnage avec un regard honnête envers tous les sentiments. Tous les comédiens ont eu un dévouement incroyable envers le film. Sur le tournage, je leur demandais de s’appeler par les prénoms de leurs personnages. Ils n’avaient pas le droit de briser cette barrière. Antoine et Lou-Pascal Tremblay (ndlr : qui incarne Jeff, l’antagoniste principal de Tim) sont deux grands potes dans la vie, et ils n’avaient pas le droit pendant les 23 jours de tournage de se voir en dehors.

On ne révélera pas la fin mais le silence lorsque le générique démarre provoque un effet étonnant. Comme si vous souhaitiez que nous retenions notre souffle…

Lorsqu’un film se termine, on déclenche généralement la musique. Là, je voulais que la fin résonne un peu plus longtemps, au-delà, avec le spectateur. A ce moment-là, le film ne m’appartient plus. Toute cette histoire est racontée du point de vue de Tim. Il est de toutes les scènes, à l’exception de deux… dans lesquelles on parle de lui. Je voulais qu’on reste constamment à ses côtés, qu’on vive avec lui tout au long du récit. C’est aussi pour cela d’ailleurs que je voulais créer un sentiment d’immersion totale avec l’ambiance sonore et la musique. On a beaucoup travaillé le son à l’école par exemple. C’est la beauté du cinéma, on peut mettre le spectateur en plein centre de ce décor. Et à travers la musique, on voulait créer une progression pour suivre Tim dans toute la complexité de sa situation. Il ne faut pas non plus oublier les battements de cœur, présents tout au long du film et, à travers cela, la récurrence du temps, le chronomètre…

Je voulais créer un sentiment d’immersion totale avec l’ambiance sonore et la musique.

Charlie Chaplin et Steven Spielberg sont deux figures de cinéma importantes pour vous…

Je suis comédien depuis l’âge de 8 ans. En primaire, une institutrice me demande si je connais Chaplin. Je réponds que non. Elle me demande alors d’écrire une petite dissertation sur lui pour en apprendre un peu plus. J’ai fait les recherches et je suis tombé à la renverse. Réalisateur, scénariste, comédien, compositeur… Je ne me comparerai jamais à ce génie qui a fait des films tous différents les uns des autres qui, par des émotions, font réfléchir. Et ses œuvres sont encore valables aujourd’hui, il suffit de regarder Le Dictateur ou Les Temps modernes. Chaplin est mon idole. Le cinéma m’a toujours passionné mais c’est lui qui m’a fait comprendre que je pouvais aussi faire des films. Et puis il y a Spielberg. Il a fondé mon imagination à travers ses films, ses points de vue, sa façon de raconter les choses. Quand je suis nommé aux Oscars pour le court-métrage Henry en 2013, mon rêve c’est de le rencontrer pour le remercier. Après la cérémonie de récompense, je me rends à la soirée où sont réunis tous les nommés. Je le cherche, je le cherche… et je le vois en pleine discussion avec Daniel Day Lewis. Je ne veux pas les interrompre donc je me poste quelques mètres en retrait. Leur discussion se termine et je file dans sa direction. Je l’interpelle et là il me regarde. On discute alors 5 bonnes minutes. On parle de mon court-métrage, de ses films… Et à la toute fin, il me dit : « D’accord, maintenant va faire des films. » C’est la plus grande phrase que quelqu’un m’ait jamais dite. Le message est simple. Le lendemain matin, même si l’histoire de 1:54 trotte dans ma tête depuis un long moment, je me mets à l’écriture.

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Antoine-Olivier Pilon et Yan England sur le tournage de « 1:54 »

Propos recueillis par Thomas Destouches à Paris le 6 mars 2017

Remerciements à Yan England et Rachel Bouillon

Synopsis du film : « 1.54, c’est le chrono que doit atteindre Tim sur 800 mètres, s’il veut participer aux championnats. Mais à 16 ans, Tim a d’autres combats à mener… »

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Box office 2016 des films québécois

En 2007, le premier volet de la comédie Les 3 P’tits Cochons avait attiré près de 580 000 spectateurs. Près de 10 ans plus tard, désormais repris en main par le réalisateur Jean-François Pouliot, le second en rassemble un peu plus de 300 000. Un demi-succès ? Oui et non. La comédie réunit certes beaucoup moins de spectateurs dans les salles québécoises mais elle glane la première place de la production locale au box office. Et elle confirme la popularité du comédien Guillaume Lemay -Thivierge, présent au casting de 2 films du Top 10 (Les 3 P’tits Cochons 2 et Nitro Rush… deux suites !). A noter la très belle 3ème place de 1:54, le bouleversant film du jeune réalisateur Yan England… qui attire 40 000 spectateurs de plus que l’expérimenté (mais pas moins jeune) Xavier Dolan pour son adaptation de Juste la fin du monde. En 2014, son Mommy était le plus gros succès québécois avec plus de 370 000 spectateurs.

Voici ci-dessous le top 20 des plus grands succès de cette année 2016 au Québec :

  1. Les 3 P’Tits Cochons 2 : 306 399 entrées
  2. Votez Bougon : 270 390
  3. 1:54 : 127 296
  4. Juste la fin du monde : 87 204
  5. Les Mauvaises herbes : 60 862
  6. Chasse-galerie : 59 036
  7. Nitro Rush : 55 843
  8. 9 le film : 17 850
  9. King Dave : 15 917
  10. Embrasse-moi comme tu m’aimes : 14 246
  11. Two Lovers and a Bear : 8 640
  12. Avant les rues : 5 591
  13. Endorphine : 5 046
  14. Le Pacte des anges : 4 865
  15. Mon ami Dino : 4 352
  16. Pays : 3 909
  17. Montréal la Blanche : 2 986
  18. L’Origine des espèces : 2 279
  19. Boris sans Béatrice : 2 084
  20. Là où Atilla passe : 2 066

La bande-annonce de « Les 3 P’tits Cochons 2 » :

Vincent Biron : son top 5 des films québécois

Réalisateur de Prank, Vincent Biron a établi son top 5 de ses films québécois préférés…

=> Lire l’interview de Vincent Biron

jesusJésus de Montréal, de Denys Arcand (1989)

Commentaire de Vincent Biron : « Un prof nous l’avait montré au secondaire. C’est le premier film québécois qui m’a fait triper et qui m’a donné l’idée que moi aussi je pourrais faire du cinéma. »

Synopsis : Séduit à l’idée de mettre en scène une version moderne de la Passion et d’incarner le personnage de Jésus, Daniel part à la recherche d’acteurs prêts à tout quitter pour le suivre… Se superpose au récit du Christ un discours sur la société de consommation, la création de l’univers et le sens de la vie. (source : Eléphant Cinéma)

leoloLéolo, de Jean-Claude Lauzon (1992)

Commentaire de Vincent Biron : « Lauzon, c’est la grande tragédie du cinéma québécois. S’il n’était pas mort tragiquement, il aurait pu être Xavier Dolan bien avant Xavier Dolan ! Un zoo la nuit c’était déjà très beau. Léolo, c’est d’une splendeur. Qu’aurait-il fait après ? Il était dans un cinéma très construit, très narratif, très fictionnel, avec des envolées lyriques et poétiques. »

Synopsis : Le récit de l’enfance de Léo Lauzon au sein d’une famille marquée par la pauvreté et la maladie mentale. Particulièrement doué pour l’écriture, le jeune garçon narre ses premiers fantasmes, les errements de ses parents et son amour naissant pour la belle Bianca…

=> Lire la critique

a-louest-de-plutonÀ l’ouest de Pluton, de Myriam Verreault et Henry Bernadet (2008)

Commentaire de Vincent Biron : « Même si cela ne l’a pas été de façon consciente, ce film nous a aidé pour Prank. Si un film québécois a dessiné l’adolescence de façon juste, qui s’attardait à en montrer le côté banal aussi, c’est celui-là. »

Synopsis : Ce chassé-croisé qui mêle humour et drame suit l’existence d’une dizaine d’adolescents de la banlieue pendant 24 heures. Joué par des jeunes de 15 et 16 ans, À l’ouest de Pluton plonge avec un réalisme troublant au cœur de l’adolescence, cette étrange et intense période où chacun tente d’exister parmi les autres.

pourPour la suite du monde, de Pierre Perrault, Michel Brault et Marcel Carrière (1963)

Commentaire de Vincent Biron : « Un film d’une incroyable beauté, d’une sensibilité tellement touchante. Il parle de nous, de nos racines… »

Synopsis : Documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. (source : ONF)

antoineMon oncle Antoine, de Claude Jutra (1971)

Commentaire de Vincent Biron : « Puissant, vrai, une parfaite alliance de forme et de fond qui transcende les failles de son auteurs. Un film qui m’a profondément marqué. »

Synopsis : A Black Lake, petit village minier niché au fin fond du Québec, la vie s’écoule durement. Le magasin d’Antoine est le principal lieu de la communauté : on y trouve de tout, surtout de la compagnie. A la veille de Noël, Antoine est appelé pour récupérer le corps d’un jeune garçon décédé plus tôt. Il part en pleine tempête de neige, accompagné de son neveu Benoît…

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Propos recueillis par Thomas Destouches les 26 et 27 février 2017

Interview – Vincent Biron : « Avec Prank, on rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque ! »

Réalisateur et directeur photographie, Vincent Biron a tapé très fort avec Prank, son premier long métrage présenté aux festivals de Toronto et Venise. Rencontre avec un jeune cinéaste revendiquant une cinéphilie variée…

=> Lire la critique de Prank

PRANK

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© Le Girafon / Art & Essai / Romance Polanski

Prank est un Teen Movie sur des adolescents qui ne sont ni formidables, ni brillants, ni particulièrement drôles. Est-ce cela qui le rend finalement plus « universel » ?

Je pense effectivement que c’est l’idée. J’en parlais justement hier lors d’une projection du film aux Rendez-Vous du Cinéma Québécois. Avec les scénaristes, on voulait montrer l’ordinaire chez les adolescents. On a parfois tendance à dramatiser l’adolescence, peut-être particulièrement au Québec, et à la rendre ainsi exceptionnelle. Les scénaristes et moi avons vécu à l’opposé une adolescence somme toute normale. On voulait mettre ça à l’écran, parce qu’on pensait qu’il y avait justement un potentiel dramatique sans tomber dans des thématiques trop lourdingues.

C’est aussi un récit d’apprentissage de l’adolescence, un âge ni magnifié ni déprécié, un âge littéralement ingrat, avec tout ce que cela de haut et de bas. Et, paradoxalement, c’est ce qui le rend beau, qui fait qu’il touche juste. C’est en ne le rendant pas héroïque qu’on rend justice à l’adolescence ?

On rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque ! (rires)  Personnellement, je suis un très grand fan de Ratcatcher (ndlr : film de Lynne Ramsay) et de Kids (ndlr: de Larry Clark). Mais je ne veux pas monter en dogme ma façon de faire et je n’avais pas vu de film comme celui-là au Québec, où on montrait l’adolescence pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une période charnière pendant laquelle on passe la majeure partie du temps à glander ! (rires) J’avais envie de le montrer.

On rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque !

Concernant les influences dans Prank, je ressens fortement celle de John Hughes…

Je suis vraiment content d’entendre ça ! Au Québec, la cinéphilie pointue a parfois un rapport assez difficile avec le cinéma américain. Il peut être regardé de haut. Les gens me parlent ainsi assez rarement de John Hughes, alors que l’influence est bien là.

Il y a donc du John Hughes, mais aussi du Judd Apatow et Jackass…

Étonnamment peut-être, moins Jackass. Bien évidemment je connais le format et j’ai vu quelques épisodes, sans être pour autant fan. L’idée des pranks vient en fait d’amis qui m’ont demandé de filmer leurs blagues un 1er avril. Je me suis renseigné sur Internet à propos de ce qui se faisait. Je me suis alors rendu compte que c’était bien plus élaboré que ce qu’on faisait à l’époque. L’influence de Judd Apatow vient d’abord de mes collaborateurs et amis. C’est un cinéaste que j’apprécie beaucoup, aussi pour sa gestion des dialogues, pour cette comédie de mots. Il y a quelques années, j’avais vu un court-métrage qu’un de mes co-scénaristes avait écrit qui avait vraiment ce ton-là, avec notamment un dialogue rapide et brillant. J’étais allé les voir pour leur dire que je voulais travailler avec eux. Mon amitié avec Eric K. Boulianne est née à ce moment-là, et elle dure depuis 7 ans. Quand j’ai décidé de faire Prank, j’ai approché mes amis qui ont tous un peu ces mêmes influences. Enfin, en ce qui concerne John Hughes, on est tous fans. On ne l’a pas forcément fait consciemment. Eric avait donné une copie de Ferris Bueller à Etienne Galloy, le comédien principal. Et c’est devenu son film préféré. Il y a quelque temps, Etienne a réalisé un court-métrage et m’a demandé d’être derrière la caméra. On tournait dans un chalet et un soir on a regardé Ferris Bueller. J’ai réalisé alors à quel point il y avait des parallèles entre ce film et Prank. Mais cela s’est fait de manière totalement inconsciente. On aime tellement Ferris Bueller qu’il fait désormais partie de notre ADN.

On aime tellement Ferris Bueller qu’il fait désormais partie de notre ADN.

D’autres influences à chercher dans Prank et dans votre cinéma ?

afficheTous les scénaristes et moi sommes des cinéphiles boulimiques. On voit beaucoup de films dans beaucoup de genres. On rit de Béla Tarr dans le film, mais je l’aime et c’est amusant de s’en moquer un peu, même si Les Harmonies Werckmeister est une sublime expérience de cinéma. Je suis également un grand fan de Wes Anderson, cela apparaît dans quelques compositions je pense. Je pense aussi à Todd Solondz… Quand je faisais des courts-métrages, il était une très grande influence. Quand on écrit, on ne pense pas nécessairement à nos influences. Mais si on fait le travail à l’envers, on s’aperçoit qu’on a beaucoup de goûts variés et qu’on n’est pas des snobs. On aime autant les séries B que les grands classiques. Le film le revendique pour nous.

Quels sont les films qui ont marqué votre adolescence ?

A l’adolescence, j’ai découvert les films plus sérieux. Quand je suis tombé sur Fellini, j’ai pris conscience que c’était peut-être cela que je voulais faire. Solondz a été une grande découverte, comme je le disais, Kevin Smith également. J’ai compris que cela pouvait également être « ça » le film d’auteur. Même si je ne suis plus aussi admiratif de ses derniers films, à l’époque c’était une révélation.

Prank n’est ni une comédie, ni un drame, ni une comédie dramatique… C’est un film qui semble assumer ses moments de comédie autant que ses moments de drame, assumer aussi ses ruptures de ton. Et il y en a des ruptures. Ce côté brut, parfois déconcertant, était quelque chose que vous recherchiez ?

Quand je suis allé voir mes camarades avec l’idée du film, j’avais l’histoire générale, une description des personnages, le désir de montrer l’humour un peu niaiseux parfois des adolescents, l’envie d’opposer la vie des jeunes et celle des adultes de façon très détachée, d’avoir une rupture à cet endroit… Mais cette rupture d’une certaine manière est née du processus de fabrication. On sait que c’est dur de faire un film avec peu de moyens. Le budget de Prank c’est 10 000 dollars. Quand tu pars avec cela, tu écris beaucoup autour du paradigme de tournage. C’est la meilleure méthode.

C’était volontaire de faire Prank avec si peu de moyens.

Un budget de 10 000 dollars, c’est rien… C’est un moteur autant qu’une libération ?

C’était volontaire de le faire avec si peu. Parfois les gens pensent qu’on a essayé d’avoir des sous sans y arriver. Je suis également directeur de la photographie et je sais qu’une équipe de tournage c’est merveilleux mais aussi potentiellement un frein créatif. Et un budget un peu plus conséquent, c’est aussi paradoxalement se buter constamment contre le manque de moyens, contre les limites. J’ai décidé de me passer de ces limites. L’équipe de tournage de Prank, c’est 3 personnes. Mais c’était conçu ainsi dès l’écriture, on pouvait contourner les limites dès ce stade-là. A l’origine, le personnage de Stefie devait déféquer du haut d’un viaduc surplombant une autoroute. Mais en l’état, c’était impossible à tourner. Il a fallu trouver autre chose et c’est à ce moment-là qu’on a appris qu’un des comédiens avait une Porsche. C’est encore mieux s’il chie sur une Porsche ! C’est socialement subversif ! (rires) A partir du moment où tu assumes pleinement le paradigme de tournage, tu peux t’en servir comme tremplin et avoir du fun avec.

Le film a été présenté à Toronto et à Venise. C’est drôle de présenter un film comme Prank dans ces institutions, non ?

Oui ! (rires) Toronto, avec sa programmation tellement vaste, un peu moins que Venise. J’ai un historique avec Toronto, j’y ai présenté tous mes courts-métrages. J’ai même gagné le prix en 2010 avec Les fleurs de l’âge. Je me doutais donc un peu qu’on allait se retrouver à Toronto, mais Venise a été une surprise totale, surtout que le film a été retenu à la Semaine de la Critique. Avoir l’approbation d’une institution comme celle-ci… Un des autres films programmé était celui d’un jeune philippin protégé de Lav Diaz ! C’était dingue d’être dans la même programmation qu’un protégé de Diaz ! (rires) On revendique une cinéphilie très élargie et variée. Or je pense qu’il y a deux courants dans la cinéphilie. Certains veulent conserver un cinéma très « pur » et « exclusif ». La meilleure blague que l’on pouvait faire à ces gens-là était de voir Prank dans une telle programmation. Cela revient à dire finalement que le cinéma, c’est Béla Tarr mais c’est aussi des films comme ça !

CARRIÈRE

Vous avez réalisé 7 courts métrages avant de passer au long. Il était temps de le faire ?

Cette question commence à me tanner ! Au Québec, le court-métrage est considéré comme une « école » par laquelle on doit passer avant de pouvoir faire un long. L’idée derrière Prank, c’était aussi d’arrêter de penser comme cela. Xavier Dolan a totalement échappé à cela en passant directement au long ! J’ai des projets avec la SODEC (ndlr: Société de développement des entreprises culturelles) pour des films un peu plus conventionnels et avec un peu plus de moyens. Mais il ne fait pas toujours suivre ce que les institutions et les parcours veulent nous imposer. Il n’y a pas de mauvais chemin pour faire un film. Peut-être aurais-je dû faire Prank plus tôt et revenir ensuite au court-métrage. C’est comme si les critiques littéraires avaient dit à Raymond Carver qu’il fallait passer au roman après toutes ses nouvelles. Le court comme le long sont deux médiums différents.

En tant que directeur de la photographie, vous avez notamment collaboré avec Denis Côté sur Bestiaire. Le film est très singulier, parfois très dérangeant. Que retenez-vous de cette expérience ? Et de votre collaboration avec Côté ?

1Je fais beaucoup plus de fictions que de documentaires mais Denis Côté a une telle notoriété que ce film me « poursuit » ! (rires) Dans beaucoup de descriptions de Prank, on me présente comme « le directeur photo de Bestiaire ». J’étais jeune à l’époque et Denis cherchait un directeur photo talentueux et surtout disponible. Et quand Denis Côté te demande de travailler avec lui… Pour moi, c’était comme entrer dans la cinématographie. Denis est un érudit du cinéma, un « moine du cinéma ». Il n’y a pas de vie en dehors ! (rires) C’est enrichissant de travailler avec une telle personne. Quand j’évoquais les deux franges de la cinéphilie… Denis fait partie des puristes. Quelquefois j’étais brusqué par sa vision ! Mais cela a surtout débouché sur beaucoup de discussions intéressantes et m’a fait réfléchir à ma propre conception du cinéma. Travailler sur Bestiaire m’a vraiment fait évoluer. Pour en revenir strictement au film, Denis n’est pas tant dans ce qui fait une belle image mais ce qui la rend intéressante. Bien évidemment il se révèle beau et esthétique, mais en réalité on ne tournait pas tant que quelque chose d’intéressant ne surgisse.

Quelle est la suite pour vous ?

Je travaille beaucoup en tant que directeur photo en ce moment, notamment sur le premier long métrage de Matthew Rankin, un cinéaste de Winnipeg, qui serait une sorte de Norman McLaren sous acide ou un nouveau Guy Maddin. Il a une approche très singulière. Par ailleurs, j’ai beaucoup de projets. J’adapte une pièce de Simon Boulerice, intitulée Pig. Je développe en long mon court-métrage Une idée de grandeur, car j’ai le sentiment de ne pas avoir tout dit de cette histoire. Et puis avec la bande de Prank, on a un autre projet. Maintenant qu’on a fait un film fauché, on aimerait en faire un autre avec tout ce qu’on a appris. On a une vraie expertise sur comment faire un film avec peu de moyens. Il faut vraiment développer pleins de projets parce qu’il y a tellement de choses qui peuvent aller mal. En plus j’ai un processus d’écriture relativement lent donc si je ne veux pas faire un film tous les 8 ans…

CINÉMA QUÉBÉCOIS

Quelques réalisateurs québécois s’installent avec succès à Hollywood (Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve…) ou s’imposent dans le monde (Xavier Dolan). Comment expliquez-vous ce succès des réalisateurs québécois ?

Xavier Dolan est en train de dominer le monde entier ! (rires) Pour répondre à la question, je ne sais pas ! Peut-être que les Américains nous trouvent tout bonnement efficaces. On a l’habitude de livrer des films qui ont l’air beaucoup plus chers qu’ils n’ont effectivement couté. Le peu de moyens que nous avons nous rend très habiles.

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Propos recueillis par Thomas Destouches le 26 février 2017

Remerciements chaleureux à Vincent Biron

=> Le site officiel de Vincent Biron

=> Lire la critique de Prank

Interview – Jozef Siroka: « Le cinéma est l’art démocratique par excellence »

Journaliste au pupitre à LaPresse.ca, Jozef Siroka est aussi une des plus belles plumes de la critique et de l’analyse cinématographique, que l’on peut lire sur son Blogue… Rencontre avec un cinéphile singulier, désireux de casser certains réflexes analytiques et un vrai passionné du 7ème Art.

=> Rendez-vous sur le blogue de Jozef Siroka

MA VIE DE CINEPHILE

Quel est votre premier souvenir de spectateur ?

Dans ma ville natale de Zagreb, je devais avoir 5 ans, pas plus, et mon grand-père m’a amené voir Les Dents de la Mer 3-D. J’en ai encore des cauchemars. Mais si on recule encore plus loin, j’étais dans le ventre de ma mère pour une séance d’Alien, elle a dû apprécier la scène du chestburster…

Quel est le premier film qui vous a tiré une larme ?

2015-03-31-1427768386-5860183-lifeitselfposterUne question qui dépasse ma capacité de mémoire. Le film qui m’a assurément le plus fait pleurer cependant est le documentaire sur Roger Ebert, Life Itself. J’avais lu le livre avant de voir le film, et j’ai découvert une personne d’une humanité, d’une authenticité et d’un charme des plus rares. Sinon, je ne sais pas si c’est le film qui m’a le «plus» fait pleurer, mais Papa est en voyage d’affaires (1985), juste à y penser, ça me tire des larmes. C’est l’histoire d’une famille dans la Yougoslavie communiste des années 1950 vue à travers les yeux d’un garçon, ce qui vient naturellement me rejoindre. Kusturica imprègne cette tragi-comédie (la première de ses deux Palmes d’Or) avec un souffle mélodramatique typiquement slave, complètement éclaté, excentrique. On décèle aussi dans ce film des traces de réalisme magique (l’épisode de faux somnambulisme, par exemple) qui imprégnera son chef-d’œuvre, Le temps des gitans, sorti trois ans plus tard.

Lire la suite « Interview – Jozef Siroka: « Le cinéma est l’art démocratique par excellence » »

Critique court métrage : Vaysha, l’aveugle, de Theodore Ushev (2016)

affich_48834_1Réalisation : Theodore Ushev

Scénario : Theodore Ushev, d’après l’œuvre de Géorgui Gospodinov

Voix : Caroline Dhavernas

Synopsis : Vaysha n’est pas une jeune fille comme les autres, elle est née avec un œil vert et l’autre marron. Ses yeux vairons ne sont pas l’unique caractéristique de son regard. Elle ne voit que le passé de l’œil gauche et le futur de l’œil droit. Véritable sortilège, sa vision scindée l’empêche de vivre au présent.

Durée : 8 minutes

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Critique

Dans Les Journaux de Lipsett, Theodore Ushev utilisait l’image cinématographique comme réflecteur de la psyché d’un artiste. Vaysha, l’aveugle se révèle moins chimérique, plus sensoriel et toujours d’une beauté étrange. Le réalisateur traite  l’image comme une matière. Il taille dedans, il la rabote, il la grave, il la creuse, telle une linogravure, dont le procédé est une source d’inspiration visuelle. Chaque image semble porter le sillon de la main, prodiguant au film une sensation à la fois d’instantanéité et d’intemporalité.

Adapté du poème de l’auteur bulgare Géorgui Gospodinov, le film réussit à esquisser joliment l’infortune touchant Vaysha, petite fille dont l’œil gauche voit le passé et le droit le futur, tout en suggérant les incroyables ramifications qu’une telle malédiction engendre. L’efficacité du récit est saisissante et fait de Vaysha, sans doute, une des œuvres les plus directes et les plus accessibles d’Ushev.

Une œuvre conçue comme une fable sur l’incapacité à vivre pleinement l’instant présent. Visualisant le passé comme le futur depuis sa naissance, Vaysha ne souffre d’aucune forme de nostalgie, pas plus qu’elle ne redoute le futur. De ce changement de perspective intime naît une autre peur : celle de ne pas voir, vivre, ressentir ou même toucher le présent. Une peur qu’Ushev souhaite exorciser chez le spectateur en l’invectivant directement, en lui demandant de « voir comme Vaysha » afin de mieux voir par lui-même le présent.

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Ricardo Trogi : son top 5 des films québécois

Réalisateur de 1981, 1987, Québec-Montréal ou encore du Mirage, Ricardo Trogi a dressé son Top 5 des films québécois…

plouffe_8Les Plouffe, de Gilles Carle (1981)

Synopsis : La chronique d’une famille québécoise dans les années 30-40…

gaz-bar-bluesGaz Bar Blues, de Louis Bélanger (2003)

Synopsis : En 1989, dans un quartier défavorisé de Québec, les tribulations professionnelles et familiales du veuf François Brochu, dit le Boss, qui gère depuis quinze ans le gaz bar Champlain, un petit établissement où se réunissent tous les désœuvrés du coin. (Source : Eléphant Cinéma)

ad8a4e094da8e16f63f6fed0ff32a304Le Déclin de l’empire américain, de Denys Arcand (1986)

Synopsis : Sur fond de campagne, quatre hommes, professeurs à la faculté d’histoire, préparent un repas gastronomique… et parlent des femmes. Sur fond de ville, quatre femmes, amies ou compagnes de ces hommes, s’entraînent à la musculation esthétique… et parlent des hommes. (Source : Eléphant Cinéma)

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Interview – Ricardo Trogi : « Il faut faire confiance à la vérité des sentiments »

En cinq films, et autant de succès, il s’est imposé comme un des auteurs les plus populaires de la Province. Rencontre avec le cinéaste Ricardo Trogi…

Le Mirage est le premier film que vous réalisez mais que vous n’écrivez pas. Qu’avez-vous dans cette histoire de Louis Morissette ?

J’ai reconnu beaucoup de pans de ma vie dans ce scénario, que ce soit par rapport à l’engagement amoureux qu’au niveau des responsabilités auxquelles doit faire face le personnage principal. C’est vraiment un film sur des gens normaux, et je fais partie de ces gens normaux ! Il faut se l’avouer ! (rires) C’était vraiment un scénario qui me parlait.

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© Christal Films Productions

Il y a une vraie volonté de ne pas juger négativement le personnage interprété par Louis Morissette. Vous montrez ses erreurs mais vous ne les condamnez pas, vous ne le rendez pas antipathique. C’est une ligne très fine…

Sur le papier, il était sans doute moins sympathique que dans le film finalement. Avec un tel personnage, il y avait un risque de perdre le spectateur. J’ai vraiment misé sur le fait que beaucoup de spectateurs allaient se reconnaître en lui et retrouver leurs erreurs dans les siennes. Il se perd un petit peu, et c’est quelque chose qui nous parle forcément. J’en avais parlé avec Louis pour rendre ce personnage plus sympathique. Cela passe par des petites choses, comme dans une scène où il drague un peu lourdement une femme. Je n’étais pas très à l’aise avec l’approche. Insérer une gaffe monumentale du personnage à cet instant permettait ainsi de désamorcer.

En terme de mise en scène justement, Le Mirage est votre film le plus « radical ». Vous prenez davantage de risques qu’à l’accoutumée, il y a une ambition plus grande. On peut évoquer les plans séquence, mais c’est surtout l’âpreté de la mise en scène que vous rajoutez au récit qui me frappe le plus…

C’est vrai. A partir du moment où je n’ai qu’à réaliser, où je n’ai pas participé à l’écriture en amont, j’essaie de voir où je peux installer quelque chose qui va me satisfaire, qui va me donner l’impression que je participe d’une manière ou d’une autre à la création. Donc j’ai pris des risques à certains moments en effet. Cela m’a permis au final de m’exprimer encore davantage à travers la mise en scène.

Voyez-vous un prolongement thématique entre Horloge Biologique et Le Mirage ?

Oui, on en a parlé avec Louis justement. D’ailleurs, il m’a contacté justement à cause de ça. Il avait beaucoup aimé Horloge Biologique et il voulait quelque chose dans le même style. Il souhaitait être le plus proche de la réalité. C’est toujours plus troublant quand un personnage est proche de soi, de son voisin, de sa famille.

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© Go Films

Le Mirage a été le 2ème plus gros succès d’un film québécois en 2015. Horloge Biologique, Québec-Montréal, 1981 et 1987 ont tous été des succès également. Vous n’avez pas fait un seul bide en 5 films…

Je l’attends ce bide ! (rires)

Mais justement, enchaîner les succès donne davantage de confiance pour tenter ou paralyse ?

Les deux ! Cela va par séquence. Durant l’écriture, parfois je suis confiant. Quelques jours après je peux être un peu paralysé. Je me demande si je vais être à la hauteur de ce que les gens attendent de moi ou si je ne suis pas prisonnier d’un type de film que les gens s’attendent de voir. Après 5 films, le public s’attend nécessairement à un type de film de ma part. Les spectateurs se sont habitués à ma recette. J’hésite parfois à utiliser de nouveaux ingrédients, par peur que le restaurant fasse faillite ! (rires) Dans le premier jet de mes scénarios, je me laisse toujours aller. Mais quand approche le temps de le faire, je ressens plus ce que veut le public peut-être. Mais j’ai un auditoire assez large. Les commentaires que je reçois sont assez disparates. Je n’ai pas un public particulier. Donc cela ne m’aide pas forcément ! (rires) Au début je pensais m’adresser plus particulièrement aux gens de ma génération, mais 1981 et 1987 m’ont montré que les jeunes s’y intéressent également. J’ai reçu de leur part beaucoup de messages de félicitations, où ils me disaient qu’ils s’y retrouvaient, alors qu’il n’y a aucun élément technologique de leur époque. C’est d’autant plus étonnant que je fais des films essentiellement sur la communication, donc cela m’étonne qu’ils s’y retrouvent. J’ai reçu également le témoignage de spectateurs plus vieux qui se retrouvaient dans mes films, avec un peu de nostalgie. J’ai un public plus large que je croyais.

Après 5 films, le public s’attend nécessairement à un type de film de ma part.

Vous avez retrouvé Louis Morissette pour la série les Simone. Un portrait de trois jeunes femmes dans la trentaine. Pourquoi vous être lancé dans cette aventure ?

Je me suis posé la même question ! (rires) D’autant que je ne suis pas forcément la cible principale de cette série au départ. Je pense que c’est d’abord le destin dramatique de ces 3 femmes. On peut penser de prime abord que c’est une série légère, mais moi c’est vraiment la trame dramatique qui m’a parlé. La diffusion de la première saison s’est achevée au Québec et on a eu un beau succès. Je pense que le public s’est attaché à ces 3 filles. On ne réinvente pas le genre avec cette série mais elle est attachante, aussi parce qu’elle est collée à la réalité. C’est pour cela que Louis, qui est producteur, est venu me chercher je pense. Louis a une boîte de production et reçoit des paquets de scénario et voit en fonction des projets qui peut faire quoi.

Vous tournez la seconde saison à partir du mois de mars ?

Oui, tout à fait. J’aime le texte et ça me tente de continuer ce que j’ai commencé. Et puis il ne faut pas oublier une chose : au Québec, on ne fonctionne pas comme en France. On fait plusieurs choses en même temps. Je ne suis par exemple pas cantonné au cinéma à vie. Faire de la télévision et du cinéma, c’est quelque chose qui est parfaitement accepté. Il n’y a pas de malaise. Je me fais offrir beaucoup plus de séries que je ne peux en faire. C’est une autre façon de travailler. En télévision, il faut être efficace, rentrer dans une case horaire. Et le temps est extrêmement important pour nous, il n’est pas question que la demi-heure qui se réalise dépasse les 30 minutes allouées. Alors bien évidemment, tu ne peux pas toujours te permettre de partir dans des grands trucs ou donner l’ampleur que mériteraient certains textes, donc ça peut être frustrant parfois.

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© Go Films

Vous allez prochainement tourner le 3ème volet des aventures cinématographiques de Ricardo, après 1981 et 1987. Que va raconter 1991 ?

En 1991, j’ai 21 ans. Cela correspond chez nous au moment où juste avant l’entrée à l’université, ou juste au début des études, où les jeunes pendant l’été partent soit dans l’Ouest canadien, soit en Europe et font le tour des auberges de jeunesse. C’est un truc assez populaire. Venir en France, voir d’où on vient, le pays qu’on a connu à travers tous les films, c’est fou ! Le film raconte donc mon premier voyage en solo en Europe. J’avais décidé d’aller en Italie pour apprendre la langue, mais surtout pour suivre à Pérouse une fille dont j’étais amoureuse. J’ai rencontré des tas de gens pendant ce voyage, mais c’était surtout pour suivre cette fille. C’est un peu un mélange de road trip et d’un film d’amour.

Ce Ricardo, qui est votre double cinématographique, c’est un peu votre Antoine Doinel à vous…

C’est vrai… Mais ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu surtout. Cela s’est fait tout seul. Quand j’ai fait 1981, j’ai trouvé après coup que j’avais trouvé ma signature, quelque chose qui me ressemblait et que je n’avais vu nulle part ailleurs. L’avantage de raconter ma vie, c’est qu’il y a une sincérité, et que je peux me permettre des choses avec le matériau. Le désavantage, C’est que cela peut être aussi un peu complaisant ou ennuyant. Il faut donc savoir doser et ne pas tout prendre, manipuler un peu les faits pour éviter l’ennui. Il faut d’abord faire confiance à la vérité des sentiments. Cela ne m’a pas trop mal réussi.

Il faut d’abord faire confiance à la vérité des sentiments.

Il ne faut jamais dire jamais mais avec 1991, avez-vous l’impression de boucler la boucle ?

J’aurais l’impression que oui. Mais il y a un élément que je garderai, c’est l’utilisation de la voix off dans la narration. Je garderai sans doute ce procédé pour d’autres films parce qu’il y a là-dedans quelque chose qui me plaît beaucoup. Mais honnêtement, je ne sais pas comment je vais réagir après 1991…

En France, on voit finalement assez peu de films québécois. Si l’on considère le volume de production, il y en a très peu qui sortent en salles. Idem pour la télévision, où ils sont assez peu visibles. Certains de vos films, notamment 1981 et 1987 justement, ont eu la chance d’être diffusés, mais c’est rare. Comment expliquez-vous cette rareté ?

Je ne sais pas vraiment. Ce n’est pas exactement mon champ de compétence. Je peux également être surpris du succès d’un film québécois à l’étranger et que dans le même temps je n’ai pas réussi à vraiment dépasser nos frontières. Est-ce un problème de distribution ? Est-ce le ton de mes films ? On m’a dit parfois que j’étais trop « local »…

On m’a dit parfois que j’étais trop « local »…

Ce qui est étonnant, les thèmes que vous abordez étant plutôt universels… Cette rareté serait-elle due à la barrière la langue ?

C’est effectivement toujours le premier argument avancé. C’est du québécois, ce n’est pas forcément facile à comprendre etc. Je ne sais pas quoi dire, je n’ai pas les oreilles des Français. Mais effectivement mes films ont des thèmes plutôt universels, je ne parle pas de cabane dans toutes les scènes, ou de terroir québécois… Je pense que cela se joue davantage au niveau de la distribution. Posez plutôt cette question au distributeur eOne peut-être… Des amis m’ont envoyé des extraits de 1981 qui étaient doublés en français ! C’est effectivement drôle de les voir dans ce doublage. Mais je n’ai pas un regard paternaliste là-dessus. Si je fais un truc, que les gens le voient tant mieux, et s’ils ne le voient pas tant pis.

Vous n’avez pas réalisé de films hors du Québec…

J’ai eu des offres. On en a souvent qui viennent des États-Unis, mais c’est généralement pour des séries B ou des téléfilms. Il faut comprendre que c’est très long de faire un film. Cela peut prendre un ou deux ans. Je ne suis pas prêt à donner deux ans de ma vie pour réaliser quelque chose dans lequel je ne vois pas beaucoup d’intérêt, même si cela pourrait m’ouvrir une porte. Si je dois réaliser ailleurs qu’au Québec, ce sera pour quelque chose qui me plaît. Je suis ambitieux mais pas à n’importe quel prix.

Propos recueillis par Thomas Destouches le 16 janvier 2017

Lire les critiques de :

Interview – Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell & François Simard : « Turbo Kid est une lettre d’amour à notre enfance »

Rencontre avec le collectif RKSS, alias Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell et François Simard, les trois réalisateurs du jubilatoire Turbo Kid, sorti en août 2015 au Québec (et diffusé ce mercredi 28 décembre sur la chaîne française OCS Choc)…

=> Lire la critique de « Turbo Kid »

LA GENÈSE

La matrice de Turbo Kid est ce petit court-métrage T is for Turbo, réalisé en 2011. On voit déjà quelques influences, totalement issues d’une certaine pop culture. Mais comment vous est venue cette idée ?

Pour T is for Turbo on est parti du concept Mad Max meets BMX Bandits. On s’est aussi inspirés des rip-off Italiens de Mad Max auxquels on voulait rendre hommage.

Quatre ans entre le court-métrage et le long, est-ce difficile à ce point de monter un film de genre « un peu dégénéré » au Québec ?

En fait, ça s’est passé très vite, on a été très chanceux. On a fait le court-métrage en octobre 2011. En 2012 on recevait l’appel d’Ant Timpson (qui voulait nous aider à l’adapter en long) et en début 2014 on était déjà en tournage! On peut parler d’un temps record si l’on se compare à d’autres projets au Québec. C’est en effet difficile de monter un film de genre ici, mais depuis le succès de Turbo Kid, on peut voir qu’il y a une belle ouverture d’esprit de la part de tous et c’est très encourageant pour le futur.

Certaines idées fondatrices du film et quelques images fortes (le cadavre comme « haut de forme ») sont déjà contenues dans ce court-métrage. Comment, par quels axes avez-vous développé ce long format à partir de cette petite histoire de 5 minutes ?

Au moment de faire le long-métrage, on avait déjà le concept, mais il nous manquait l’élément principal qui nous permettrait de nous démarquer. Donc pour la première fois, nous avons écrit une histoire d’amour avec des personnages forts et attachants. On aime le contraste entre le cœur et la violence.

On aime le contraste entre le cœur et la violence.

François Simard a esquissé un dessin de Laurence Leboeuf en Apple avant qu’elle ne soit choisie. Et ce dessin lui a visiblement plu. A quoi ressemble ce dessin ?

C’est un portrait d’elle dans la peau d’Apple, avec le casque et le branding du film, le tout exécuté dans Photoshop. C’est très cool !

Pour ce rôle, vous aviez vu quelque chose en Laurence Leboeuf, qu’elle-même n’avait probablement pas vu, habituée davantage aux rôles sombres. Qu’aviez-vous vu justement en elle ?

Apple est un personnage très difficile à interpréter, la ligne est très mince et c’est facile de tomber dans la parodie. Laurence a un talent fou, c’est justement à travers ses différents rôles qu’elle a su le prouver. C’était un rêve pour nous de pouvoir travailler avec elle, mais on ne croyait pas qu’elle soit atteignable, on s’est lancé tout de même ! Elle a fait un travail incroyable !

Avoir Michael Ironside en grand méchant de l’histoire est le choix de casting parfait. Au-delà du comédien et de ses qualités, c’est tout ce qu’il apporte « en tant que » Michael Ironside qui vous intéressait non ?

Michael est non seulement une icône de la science fiction Canadienne, mais le méchant par excellence des années 80. Il a donc nourri notre imaginaire en tant que créateurs. Même que lorsqu’on écrivait les dialogues de Zeus, c’est sa voix qu’on avait en tête. Cela dit, on n’aurait jamais pu nous imaginer qu’il puisse embarquer dans notre délire. La présence de Michael a non seulement ajouter de la crédibilité au projet, mais également son professionnalisme et sa qualité de jeu digne du vétéran qu’il est.

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Michael ironside, alias Zeus dans « Turbo Kid » – ©Filmoption International

LES INFLUENCES

On pense aux films italiens un peu dégénérés qui ont pullulé après Mad Max, à Buckaroo Banzai, à La Guerre des Tuques… Quelles sont les films qui ont le plus servi Turbo Kid ?

Que ce soit pour l’atmosphère, l’histoire, la musique, la nostalgie, les costumes, les personnages et le gore, nos inspirations premières nous viennent des post-apos italiens, Mad Max, John Carpenter, Peter Jackson, Sam Raimi, BMX Bandits, L’Histoire sans fin, La Guerre des tuques, et on en passe !

On sent aussi, non pas une nostalgie, mais des souvenirs joyeux des premiers jeux sur consoles. C’est une influence à la fois forte sur les ressorts dramatiques (la batterie du Kid) mais aussi sur certains aspects visuels. D’une certaine manière, on pourrait considérer que Turbo Kid n’est pas une adaptation mais un prolongement de ces jeux ? Et d’ailleurs quels jeux vous ont le plus marqué ?

La nostalgie n’est pas quelque chose de triste pour nous, bien au contraire. C’est pour cette raison qu’on a voulu faire une lettre d’amour à notre enfance. Beaucoup de jeux nous ont marqué autant dans notre plus tendre enfance que plus tard en tant qu’adulte. Voilà seulement quelques uns d’entre-eux qui auront inspiré Turbo Kid : Zelda, Megaman, Contra, Excite Bike, etc.

La nostalgie n’est pas quelque chose de triste pour nous.

Il y a aussi un peu d’animes japonais. Des dessins animés qui, eux, pouvaient être d’une violence inouïe pour des gamins. Sans ces dessins animés des années 80, il n’y aurait pas eu de Turbo Kid. Est-ce que ce film, d’une certaine façon, est destiné à des adultes ayant gardé une âme d’enfant… mais un enfant désormais dégénéré ?

Absolument ! Et c’est dommage que les dessins animés du samedi matin soient si différents maintenant. Dans le temps, on n’hésitait pas à aborder des sujets plus matures, comme la mort, dans des programmes destinés aux enfants. La plus grande inspiration provenant des dessins animés de notre enfance que l’on peut retrouver dans Turbo Kid (principalement dans la musique) est l’émission Les mystérieuses cités d’or.

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Le dessin animé « Les Mystérieuses ités d’or » est une influence majeure de « Turbo Kid » – © MK Production / DIC

L’ESPRIT DU FILM

Les influences sont nombreuses et diverses. Mais le film réussit cet alliage absolument parfait de les intégrer sans parasiter le film. Il faut s’approprier les influences pour ne pas être écrasé par elle en quelque sorte ?

Oui, pour nous c’était très important que les références servent à l’histoire et ne soient pas utilisées pour simplement « flasher » à l’écran. Dès qu’une référence était présentée pour le facteur « cool » seulement, on la retirait.

Il y a à la fois une approche totalement méta et très premier degré. C’est comme si vous aviez poussé jusqu’à l’extrême limite sans tomber dans le pastiche, la caricature ou la citation. Où situez-vous cette limite à ne pas dépasser ?

Pour nous Turbo Kid est vraiment une lettre d’amour à notre enfance, tout était fait dans le but de rendre hommage à nos influences et non d’en rire. Alors voilà la ligne qu’on suivait. Un peu comme dans tous nos court-métrages.

Pour nous Turbo Kid est vraiment une lettre d’amour à notre enfance.

Il y a quelque chose d’amusant de faire émerger l’émerveillement et la naïveté au sein de ce monde désolé d’Apple… la moins humaine des personnages. Généralement les robots sont des figures de droiture extrême, de logique voire de danger. C’était une dynamique amusante d’inverser cette dynamique amusante justement ?

Oui justement, on aime bien jouer avec les contrastes et pour nous Apple représente la vie au milieu de tout ce qui est désolation et mort.

Oui on est dans le gore. Mais vous poussez tellement loin que cette violence, sans être annihilée, devient over the top. Et on bascule non pas dans le pastiche mais dans le cartoon, comme si vous faisiez un Bugs Bunny totalement barré. C’est une clé de lecture importante selon moi…

Tu as tout vrai. En fait on décrit souvent notre façon d’aborder la violence et le gore comme « Bugs Bunny pour adulte ». Notre but étant de divertir et non de choquer.

On décrit souvent notre façon d’aborder la violence et le gore comme « Bugs Bunny pour adulte »

Vous êtes trois réalisateurs… pour un seul film. On connaît de nombreux duos au cinéma (les frères Dardenne, les Coen, les Russo…) mais peu de trio. Comment vous répartissez-vous le travail sur le tournage ?

Au moment où nous nous retrouvons sur le plateau, on est extrêmement préparé. Notre vision est très clairement définie alors il nous est possible de nous séparer pour plus d’efficacité, sans toutefois créer de confusion. Ainsi, tous les artisans savent qui aller trouver s’ils ont une question.Yoann est à la direction des acteurs. François, qui a une longue expérience en montage, sera avec la technique et avec le storyboard en main, s’assurera que nous avons tout pour que le montage soit cohérent. Anouk, aussi à la technique, gère l’ensemble en s’assurant que la vision soit respectée.

Le film circule dans différents festivals depuis des mois. Il y récolte de nombreux prix. Mais surtout, les fans se sont appropriés ce film, lequel semble être sur le chemin de devenir un phénomène à voir, à montrer, à projeter… J’imagine que ce n’était pas forcément votre intention, de faire « un objet de culte », même si c’est flatteur. Justement, quel effet cela fait, alors qu’il ne s’agit que de votre premier film, de voir votre film vous être « dépossédé » et totalement « récupéré » par des légions de fans de par le monde ?

C’est extrêmement valorisant. Bien sûr, quand on a fait Turbo Kid, on avait comme mission de faire le meilleur film possible avec les moyens et les restrictions qu’on avait. On espérait qu’il ait un bon parcours en festivals et qu’il soit apprécié du public. Bien qu’on souhaitait un succès, on ne pouvait pas s’imaginer l’ampleur de la réception que Turbo Kid a eue ! On en est très heureux et très reconnaissant. On a des fans hyper généreux qui nous partagent des fanarts, des tattoos et des cosplays. C’est assez incroyable !

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Des fans (Matthew Sperzel, James T Wulfgar, Steven K Smith et John Quade) costumés comme les personnages de « Turbo Kid » – © Facebook Turbo Kid

LES PROJETS

Il y a une vie après le film, déjà avec ce comic consacré à Apple et son « Aventure perdue ». Le film passe par la case comic pour prolonger l’aventure. Le film étant proche de l’esprit comic, c’est une suite logique non ?

C’est aussi une belle collaboration avec le Studio Lounak et l’artiste Jeik Dion, qui a dessiné la majorité des storyboards sur Turbo Kid. L’univers du film est tellement vaste et les possibilités d’aventures tellement variées, il fallait qu’on se lance. D’ailleurs, le deuxième volume, celui-ci mettant en vedette Skeletron, sortira le 4 janvier en librairie et en version numérique.

A la fin du film, le Kid part à la découverte des territoires perdus. C’est une invitation à une suite. Et vous avez déjà déclaré avoir des idées pour ce numéro 2… Alors : à quand cette suite ?

Justement, nous avons eu l’aval des institutions pour commencer l’écriture de la suite de Turbo Kid. Nous sommes présentement à l’élaboration du scénario, c’est très excitant de reconnecter avec les personnages et l’univers que nous avons créés.

Nous sommes présentement à l’élaboration du scénario de « Turbo Kid 2 ».

Et vous avez aussi déclaré qu’une trilogie était possible, en fonction du succès… Est-ce toujours un projet qui vous plaît ?

Absolument. Nous avons toujours espéré faire de Turbo Kid une trilogie, comme c’était souvent le cas avec les films de notre enfance. L’univers que nous avons créé, se prête d’ailleurs parfaitement à être exploité de la sorte.

Vous avez également en projet un film sur une femme qui se venge. Au-delà de ce simple pitch, que pouvez-vous nous en dire ?

Nous avons déjà une version de scénario, mais nous avons dû momentanément le mettre de côté, car la demande pour Turbo Kid 2 était très forte. Cela dit, nous avons très hâte de nous y replonger. Nous avons également deux autres projets en chantier dont on peut parler. Une adaptation du comic book paru sous Les Humanoïds Associés « Les Zombies qui ont mangé le monde » par Jerry Frissen et Guy Davis et un film d’horreur assez dark. Les deux sont actuellement en casting.

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Couverture du 2ème comic dérivé : « Turbo Kid – Skeletron déchaîné » – © Studio Lounak

LE CINÉMA QUÉBÉCOIS

Les nominations au Gala du cinéma québécois vous ont-elles surpris ?

Oui et on peut également dire que ça nous a fait extrêmement plaisir de recevoir la reconnaissance de nos pairs.

Le cinéma du genre est rare au Québec. Il y a quelques tentatives ici et là, peut-être pas aussi déjantées que Turbo Kid. Pourtant, comme en France, je pense qu’il y a de la place et un public. Le pensez-vous aussi ?

Oui et on l’a toujours dit ! D’ailleurs, les succès des festivals tels que Fantasia en sont la preuve !

Quel est votre regard sur le cinéma québécois actuel ? Y a-t-il des cinéastes que vous suivez et/ou admirez particulièrement ?

On trouve qu’il semble y avoir finalement une ouverture pour un cinéma plus varié et ça fait du bien. Au Québec, nous faisons d’excellents films d’auteurs et de drames, mais nous avons également d’excellents créateurs de genre qui méritent tout autant leur chance ! Nous suivons bien sûr, avec fierté, le parcours impressionnant de Denis Villeneuve!

Propos recueillis par Thomas Destouches

Remerciements chaleureux à Anouk , Yoann-Karl et François

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Lire également les critiques de :

=> « Turbo Kid »

=> Comic « Turbo Kid – L’aventure perdue »

=> Court-métrage « Bagman, Profession meurtrier »

=> Court-métrage « Demonitron, la Sixième dimension »

Critique film : Le Chat dans le sac, de Gilles Groult (1964)

storage-quebecormedia-comRéalisation et scénario : Gilles Groulx

Distribution : Claude Godbout, Barbara Ulrich, Jean-Paul Bernier, Manon Blain, Jean V. Dufresne, Véronique Gilbert…

Synopsis : Dans la vingtaine, Barbara et Claude sont confrontés à la fois aux choix de l’existence et aux bouleversements d’une société dans laquelle ils doivent trouver une place…

Durée : 1h15

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Critique

Symbole du cinéma direct – révolution cinématographique initiée au sein de l’ONF – le film de Gilles Groulx transpire l’expérimentation et l’effervescence qui traversent alors le cinéma québécois dans les années 60. Caméra épaule, transgression des règles de bienséance filmique, captation de réalité ou encore exploration sonore : Le Chat dans le sac est l’expression de toutes ces libertés. Et une réflexion sur ces libertés.

Claude, le personnage masculin principal, est en perpétuelle perdition, à la recherche d’une liberté qu’il pressent sans bien en saisir les significations, la portée ou la direction. « Révolté ? Oui. Révolutionnaire ? Je ne sais pas. » dit cet homme d’action verbale en errant dans les étendues enneigées au milieu de nulle part. Il a cette intuition qui ne le laisse jamais tranquille ni ne l’assouvit. Sans cesse remué par des esquisses d’idées et jamais résolument apaisé, il est dans un état de déséquilibre permanent. Claude,  c’est aussi bien la jeunesse des années 60, que la société québécoise… et même ce nouveau cinéma en pleine révolution.

Son amoureuse, la pétillante Barbara, lui oppose, non pas une forme de tranquillité, mais bien une volonté de joie de vivre, sans pour autant tomber dans l’inconscience indolente. Le Chat dans le sac est la chronique des derniers soubresauts de leur histoire d’amour. Barbara et Claude se révèlent de plus en plus dissonants au fil d’un film jouant lui-même sur les enchevêtrements sonores (à un monologue face caméra succède une voix off, les bruits de la vie prenant le pas sur la musique IN…).

Le Chat dans le sac est tout à la fois une profession de foi cinématographique et l’esquisse d’un idéal (social, sociétal et politique). Le fait qu’il ait conservé toute ses modernités 50 ans après sa sortie devrait être un motif de réflexion pour nous…

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 8 août 1964

Budget : 33 000 dollars

Disponible en DVD

=> Plus d’infos sur le site officiel d’Eléphant Cinéma

Visible en intégralité et légalement sur la chaîne Youtube de l’ONF :