Critique film : Ça sent la coupe, de Patrice Sauvé (2017)

5bd48740ad39b011990d1ed093e2af94Réalisation : Patrice Sauvé

Scénariste : Matthieu Simard

Distribution : Louis- José Houde, Emilie Bibeau, Maxime Mailloux, Julianne Côté, Marilyn Castonguay…

Synopsis : Un soir de match des Canadiens, alors qu’il est comme d’habitude devant la télévision entouré de ses amis, Max voit sa conjointe le quitter. Pour lui, débute alors une période de remise en question profonde. Pourquoi est-elle partie ? Doit-il garder le magasin que lui a légué son père ? A-t-il fait les bons choix dans sa vie ? Comment guérir de l’absence ? Ou plutôt des absences…

Durée : 1h39

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Critique

Ça sent la coupe n’est pas tout à fait ce qu’il s’évertue à paraître dans les premières minutes. Sous ses airs de romance mélancolique « à la » High Fidelity et de comédie bon enfant rythmée par les matchs de hockey, le film de Patrice Sauvé se révèle en réalité être un récit sur le manque. La rupture initiale sert en effet de révélateur pour Max, qui n’a jamais réellement fait le deuil de ses parents, morts dans un accident quelques années plus tôt. Cette absence, et notamment celle du père avec lequel il partageait une passion totale pour les Canadiens de Montréal, est le véritable enjeu dramatique. Et la principale problématique à résoudre pour Max.

Ça sent la coupe ne parvient jamais à vraiment être le film de bande qu’il essaie de dépeindre. Les scènes de groupe diffusent bien ce sentiment de fraternité, de compréhension et de solidarité. Mais la multiplicité des personnages tourne au désavantage de certains trop peu étayés, ne servant que de faire-valoir ou d’outil scénaristique pour aider Max à retrouver son chemin. Ça sent la coupe est en réalité un film en solo, celui de Louis-José Houde à l’interprétation dépouillée, ne surlignant jamais les émotions et dont les yeux révèlent bien plus que tous les mots.

Si le dernier tiers donne l’impression de patiner quelque peu, c’est parce que le film n’est plus dicté par l’impérieuse nécessité d’une quelconque intrigue mais désormais branché sur le pouls de Max. Ayant compris que pour avancer, il devait enfin accepter le passé et ses douleurs, le présent et ses manques, il est alors dans une phase de reconstruction émotionnelle forcément chaotique. Le film se laisse alors déborder par l’émotion sincère et simple, bringuebalé dans les collisions entre des scènes éthérées flirtant avec une profonde tristesse et de petits moments de grâce durant lesquels Max semble enfin revivre en oubliant même fugacement. Malheureusement trop vite expédié, le final est pour Max le moment de mettre enfin les mots sur ses sentiments, de poursuivre la missive entamée au début d’un film en surface bavard mais en réalité plutôt taiseux. Par cette verbalisation capitale, il dépasse la douleur pour se réapproprier son existence.  Le travail de deuil est terminé, la vie peut (re)commencer. Un message modeste, universel et touchant. A l’image du film.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 24 février 2017

Budget : 4,3 millions de dollars

Box office : 51 954 spectateurs

Disponible en DVD

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Critique film : Endorphine, d’André Turpin (2016)

storage.quebecormedia.comRéalisation et scénario : André Turpin

Distribution : Sophie Nélisse, Mylène Mackay, Monia Chokri, Lise Roy…

Synopsis : Alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente, Simone est témoin du meurtre de sa mère. A 25 ans, encore paralysée par ce choc, elle mène une vie monotone bientôt troublée par la rencontre du meurtrier de sa mère. A 60 ans, Simone, devenue physicienne, donne une conférence sur la nature relative du temps. Et si ces trois temporalités n’en faisaient en réalité qu’une seule ?

Durée : 1h24

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Critique

« Comment déformons-nous le temps ? » Dans une de ses premières interventions, Simone, alors conférencière, donne une des clés de lecture d’Endorphine. La perception du temps est relative. Et, suivant cette perspective scientifique, le film d’André Turpin ne cesse d’éclater les règles temporelles. Le passé, le présent et le futur ne sont plus des chapitres successifs pour Simone. Le temps, tout le temps de sa vie cohabite en elle.

Les « trois Simone » représentent ainsi ces trois temporalités qui se succèdent mais aussi se télescopent, s’éloignent puis se rejoignent, se nourrissent et s’informent les unes les autres… Avec ce jeu fou avec le temps, d’une précision et d’une beauté qui ne se révèlent vraiment qu’au terme du film, Turpin réussit à nous faire croire à son illusion cinématographique parfaite. Parallèles ou simultanées, parallèles et simultanées, ces trois temporalités nous font perdre nos repères pour mieux nous emporter car elles sont autant la mécanique du drame que son enjeu. Et le vrai créateur de l’émotion. Une émotion qui se libère violemment avec cette scène fascinante réunissant les trois visages de Simone. Ses trois temporalités s’y réconcilient enfin. Douleur, apaisement, violence, libération… tous les sentiments se mêlent et se confondent. Toute une vie, ou presque, en un plan.

A cette dimension relativiste, Turpin amalgame une approche onirique du récit. Il y a du Lynch dans Endorphine, dans cet envahissement de l’inquiétante étrangeté du cauchemar dans le réel, dans ce tourbillon des boucles temporelles provoquant une forme de transe et dans cette manière de projeter la psyché de son personnage dans le monde environnant. Endorphine est un transfert de l’inconscient de ses Simone, qui cherchent dans chacune des temporalités à toucher le réel, à ressentir physiquement ce monde, à se trouver enfin. Cette quête d’une femme, hantée par la culpabilité et désespérément à la recherche d’elle-même, est aussi tragique que sublime. Et si l’on repense au regard face caméra de Sophie Nélisse au tout début du film, cette quête n’en devient que plus déchirante.

Endorphine s’envisage aussi comme un objet poétique. Tout peut y être interprété dont tous les mystères ne doivent pas nécessairement trouver de réponses. Surtout, le film d’André Turpin se révèle comme une incroyable expérience de cinéma, autant sensorielle qu’intellectuelle. Un sommet, qu’il va falloir escalader encore et encore.

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 22 janvier 2016

Disponible en DVD

 

Critique film : Les 3 p’tits cochons 2, de Jean-François Pouliot (2016)

a595a47b25444da0bed4afd8a5c42e37Réalisation : Jean-François Pouliot

Scénario : Pierre Lamothe et Claude Lalonde

Distribution : Paul Doucet, Guillaume Lemay-Thivierge, Patrice Robitaille, Sophie Prégent, Isabel Richer…

Synopsis : Cinq ans après la mort de leur mère, les 3 frères Rémi, Mathieu et Christian n’ont finalement pas beaucoup changé. Rémi vit toujours une double vie, trompant sa femme avec des femmes et des hommes. Mathieu se sent déboussolé par la réussite de sa femme et l’inertie de sa carrière. Christian, lui, a toujours une vie sentimentale mouvementée. Leurs mensonges et autres petites cachotteries vont, une nouvelle fois, venir bouleverser cet équilibre déjà précaire…

Durée : 1h43

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Critique

Donner une suite à la comédie Les 3 p’tits cochons, immense succès populaire en 2007 loin d’être volé, était un pari risqué. Il est malheureusement perdu. Non seulement ce numéro 2 ne soutient pas la comparaison avec son prédécesseur, ce qui en soi est dommageable mais pas éliminatoire, mais il est aussi (surtout) un film qui a sacrifié le vulgaire (assumé) sur l’autel du beauf (involontaire) et n’apporte fondamentalement rien de nouveau. Les 3 p’tits cochons 2 laisse en effet la désagréable impression que Rémi, Mathieu et Christian n’ont pas évolué, tombant exactement dans les mêmes pièges, succombant aux mêmes tentations et révélant les mêmes défauts.

La structure du film étant une redite de celle du premier, le récit est sagement balisé et la surprise automatiquement désarmée. Pire l’écriture grossière enlève toute bonhommie à ses personnages et, de fait, toute possibilité d’empathie de la part du spectateur. Reste la dynamique à vide du trio formé par l’immature (Guillaume Lemay-Thivierge), le beauf (Patrice Robitaille) et le cachottier (Paul Doucet), tous partageant cette même inclination pour le mensonge et cette obsession sans maîtrise pour le sexe. Une obsession qui aurait pu être fructueuse dramatiquement si elle n’était pas constamment traduite par un humour en-dessous de la ceinture franchement grossier et un sexisme parfois beauf.

Heureusement dans ce film rendu trop long par son faux rythme incompréhensible, tout n’est pas à jeter. Quand il se fait plus amer, plus mélancolique, quand il place ses personnages devant les vraies conséquences de leurs actes, il puise ses vraies ressources émotionnelles. Mais ces scènes sont trop rares et leurs secousses trop fugaces. Dans ce registre émotionnel, ce second volet fait pâle figure à côté du premier. Les scènes intimistes avec la mère mourante y ramenaient les trois personnages à leur condition de fils, laissant tomber toutes leurs protections et cherchant un réconfort simple, avaient une véritable dimension sensible simple et sans arrière-pensée. La faillite de ce numéro 2 n’en est que plus criante avec cette scène phare de l’anniversaire de la mort de la mère. Ce moment culminant, sur le papier destinée à l’émotion de la réconciliation, se résume à une scène bâclée, trop vite balancée. Les différends entre les frères, pourtant particulièrement importants, n’y sont pas résolus. Comble du comble : les dialogues y sont tout bonnement masqués par la musique larmoyante ! Comme si le film se brûlait les doigts dès que l’émotion lourde se pointait…

Sans vrai discours, sans innovation non plus, Les 3 p’tits cochons 2 se résume à une comédie graveleuse et poussiéreuse. Dommage, trois fois dommage.

Note : 1 sur 5

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Date de sortie : 1er juillet 2016

Budget : 6 millions de dollars

Box office : 306 399 spectateurs

Disponible en DVD

Critique court métrage : Vaysha, l’aveugle, de Theodore Ushev (2016)

affich_48834_1Réalisation : Theodore Ushev

Scénario : Theodore Ushev, d’après l’œuvre de Géorgui Gospodinov

Voix : Caroline Dhavernas

Synopsis : Vaysha n’est pas une jeune fille comme les autres, elle est née avec un œil vert et l’autre marron. Ses yeux vairons ne sont pas l’unique caractéristique de son regard. Elle ne voit que le passé de l’œil gauche et le futur de l’œil droit. Véritable sortilège, sa vision scindée l’empêche de vivre au présent.

Durée : 8 minutes

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Critique

Dans Les Journaux de Lipsett, Theodore Ushev utilisait l’image cinématographique comme réflecteur de la psyché d’un artiste. Vaysha, l’aveugle se révèle moins chimérique, plus sensoriel et toujours d’une beauté étrange. Le réalisateur traite  l’image comme une matière. Il taille dedans, il la rabote, il la grave, il la creuse, telle une linogravure, dont le procédé est une source d’inspiration visuelle. Chaque image semble porter le sillon de la main, prodiguant au film une sensation à la fois d’instantanéité et d’intemporalité.

Adapté du poème de l’auteur bulgare Géorgui Gospodinov, le film réussit à esquisser joliment l’infortune touchant Vaysha, petite fille dont l’œil gauche voit le passé et le droit le futur, tout en suggérant les incroyables ramifications qu’une telle malédiction engendre. L’efficacité du récit est saisissante et fait de Vaysha, sans doute, une des œuvres les plus directes et les plus accessibles d’Ushev.

Une œuvre conçue comme une fable sur l’incapacité à vivre pleinement l’instant présent. Visualisant le passé comme le futur depuis sa naissance, Vaysha ne souffre d’aucune forme de nostalgie, pas plus qu’elle ne redoute le futur. De ce changement de perspective intime naît une autre peur : celle de ne pas voir, vivre, ressentir ou même toucher le présent. Une peur qu’Ushev souhaite exorciser chez le spectateur en l’invectivant directement, en lui demandant de « voir comme Vaysha » afin de mieux voir par lui-même le présent.

Lire la suite « Critique court métrage : Vaysha, l’aveugle, de Theodore Ushev (2016) »

Critique film : Le Chat dans le sac, de Gilles Groult (1964)

storage-quebecormedia-comRéalisation et scénario : Gilles Groulx

Distribution : Claude Godbout, Barbara Ulrich, Jean-Paul Bernier, Manon Blain, Jean V. Dufresne, Véronique Gilbert…

Synopsis : Dans la vingtaine, Barbara et Claude sont confrontés à la fois aux choix de l’existence et aux bouleversements d’une société dans laquelle ils doivent trouver une place…

Durée : 1h15

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Critique

Symbole du cinéma direct – révolution cinématographique initiée au sein de l’ONF – le film de Gilles Groulx transpire l’expérimentation et l’effervescence qui traversent alors le cinéma québécois dans les années 60. Caméra épaule, transgression des règles de bienséance filmique, captation de réalité ou encore exploration sonore : Le Chat dans le sac est l’expression de toutes ces libertés. Et une réflexion sur ces libertés.

Claude, le personnage masculin principal, est en perpétuelle perdition, à la recherche d’une liberté qu’il pressent sans bien en saisir les significations, la portée ou la direction. « Révolté ? Oui. Révolutionnaire ? Je ne sais pas. » dit cet homme d’action verbale en errant dans les étendues enneigées au milieu de nulle part. Il a cette intuition qui ne le laisse jamais tranquille ni ne l’assouvit. Sans cesse remué par des esquisses d’idées et jamais résolument apaisé, il est dans un état de déséquilibre permanent. Claude,  c’est aussi bien la jeunesse des années 60, que la société québécoise… et même ce nouveau cinéma en pleine révolution.

Son amoureuse, la pétillante Barbara, lui oppose, non pas une forme de tranquillité, mais bien une volonté de joie de vivre, sans pour autant tomber dans l’inconscience indolente. Le Chat dans le sac est la chronique des derniers soubresauts de leur histoire d’amour. Barbara et Claude se révèlent de plus en plus dissonants au fil d’un film jouant lui-même sur les enchevêtrements sonores (à un monologue face caméra succède une voix off, les bruits de la vie prenant le pas sur la musique IN…).

Le Chat dans le sac est tout à la fois une profession de foi cinématographique et l’esquisse d’un idéal (social, sociétal et politique). Le fait qu’il ait conservé toute ses modernités 50 ans après sa sortie devrait être un motif de réflexion pour nous…

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 8 août 1964

Budget : 33 000 dollars

Disponible en DVD

=> Plus d’infos sur le site officiel d’Eléphant Cinéma

Visible en intégralité et légalement sur la chaîne Youtube de l’ONF :

Critique film : Prank, de Vincent Biron (2016)

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© Le Girafon / Art & Essai / Romance Polanski

Réalisation : Vincent Biron

Scénario : Alexandre Auger, Vincent Biron, Eric K. Boulianne et Marc-Antoine Rioux

Distribution : Etienne Galloy, Alexandre Lavigne, Constance Massicotte, Simon Pigeon…

Synopsis : Adolescent solitaire et mal dans sa peau, Stefie est invité par Martin à rejoindre sa bande. Appartenir à ce gang, spécialisé dans les blagues de mauvais goût, lui apprend le sentiment d’appartenance… mais lui permet aussi de découvrir ses premiers émois..

Durée : 1h17

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Critique

En cinq mots : Prank, ça fait du bien.

Mais pas que… Teen movie de sale gosse, reprenant un schéma narratif parfaitement balisé tout en lui faisant joyeusement un doigt d’honneur, Prank est plus subtil que son humour potache ne le laisse d’abord penser, et jubilatoire… pour son humour potache justement.

Le réalisateur Vincent Biron convoque la mémoire collective des teen movies, de Can’t Buy Me Love à Breakfast Club, en passant par Ferris Bueller (sans doute la plus grande des influences pour sa manière de réinvestir les figures de Ferris et surtout de Cameron),  mais surtout se l’approprie par la transgression pour le pousser jusqu’à une (gentille) subversion. En s’intéressant à des personnages en marge, des losers dont les canulars ne sont ni spécialement bons, ni particulièrement signifiants, il en change la tonalité. Prank est aussi cruel et exaltant que l’âge ingrat qu’il dépeint. En fin de compte, Prank n’est pas vraiment un teen movie… plutôt un « freak teen movie ».

C’est à travers la transgression que Stefie, jeune adolescent solitaire et mal dans sa peau, va s’intégrer au sein de cette bande. C’est aussi à son contact qu’il va découvrir ses limites morales et éprouver ses premiers émois. Biron retranscrit très efficacement l’instabilité de Stefie, rongé par ses aspirations inconscientes autant que par ses frustrations bien conscientes, sa détresse et sa normalité bizarre. Une normalité d’autant plus floue que Biron exclut totalement de son récit les figures d’autorité, une absence cruellement signifiante. Biron, qui a totalement intégré la culture de l’image moderne, propose avec Prank une lecture de cette image, celle que l’on voudrait projeter pour les autres, celle que l’on poste et que l’on partage, cette projection de soi désormais autant magnifiée que manipulée et de cette communication ayant désormais changé de forme et donc, aussi, de fond.

S’il se présente comme un récit d’apprentissage à travers le personnage de Stefie, Prank ne convainc pas totalement dans sa dimension d’ « apprentissage ». Une question demeure une fois le film fini : au fond, qu’a-t-il appris ? Le sourire conclusif de Stefie, esquissé ou deviné, constitue une réponse intrigante mais sans doute incomplète.

Mais on le redit, toujours en 5 mots mais avec un point d’exclamation cette fois : Prank, ça fait du bien !

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 28 octobre 2016

Box office : en cours

Budget : 15 000 dollars

En salles actuellement

Critique film : Bestiaire, de Denis Côté (2012)

1Conception et réalisation: Denis Côté

Produit par Denis Coté et Sylvain Corbeil

Synopsis :

Durée : 1h12

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Critique

Non, Bestiaire n’est pas un documentaire animalier. Ou alors il s’agit du pire documentaire animalier jamais réalisé. Ni un film militant pour la cause animale ou une exploitation sentimentaliste de nos amis les bêtes.

Bestiaire est une expérience formelle, sonore, contemplative et sensorielle. Un non documentaire sur les animaux tout en étant une vraie réflexion sur le regard et le geste de montrer. Cette clé de lecture est d’ailleurs exposée clairement dans la première scène. Le réalisateur Denis Côté filme d’abord les yeux de jeunes peintres face à leurs toiles, ou cachés partiellement par elles, scrutant hors champ l’objet de leur étude : une bête empaillée. Ce même regard, on le retrouve à de multiples reprises au fil du documentaire, avec ces animaux osant fixer la caméra, défiant le spectateur qui se sent alors… observé, presque étudié, à son tour.

Qui observe qui ? Là est une des (nombreuses) programmatiques de ce Bestiaire.

Et pour matérialiser ce miroir filmique, Denis Côté joue avec le cadre, ou plutôt dans son cadre, toujours parfaitement fixe. Il décadre ou obstrue le champ de vision, obligeant le spectateur à regarder différemment ou l’animal à se révéler autrement. En multipliant les lignes géométriques et les cadres dans le cadre, il ne se contente pas d’apporter perspective et dynamisme visuel, il libère justement le cadre et crée les conditions d’un hors champ tellement crucial dans l’expérience Bestiaire. Et si les motifs visuels de l’enfermement et la présence quasi constante de la grille sont là pour créer un sentiment de claustration, Côté, une fois encore, joue avec notre regard. Les humains donnent parfois l’impression d’être eux-mêmes derrière la grille, massés dans un tunnel de verre pour observer un lion dormant tranquillement à l’air libre, enfouis (ironie de l’histoire) dans des costumes d’animaux, encastrés dans des voitures roulant à file indienne…

Au-delà de la beauté graphique extatique de Bestiaire, l’expérience sensorielle naît aussi (surtout ?) du traitement du son. Parfois lointain (essentiellement lorsqu’il concerne les humains et leurs interactions), parfois rugissant (certaines séquences sont volontairement à la limite du supportable), le son se joue sur des ruptures nettes et, poussant le spectateur à tendre l’oreille ou à se les couvrir, créant un intrigant déséquilibre. Mais ce montage sonore, purement fictionnel, réussit à insuffler un sentiment de menace envers ces animaux et une vraie angoisse chez le spectateur. Comme dans cette séquence où on ne fait qu’entrevoir les pattes de zèbres que l’on imagine apeurés derrière des murs trop étroits. La cacophonie de chocs contre les cloisons met K.O…. et le silence soudain qui s’ensuit soulage. On ressort de Bestiaire, non pas dans un état de transe mais de choc. Claudiquant. A la fois cabossé et fasciné.

Que cherche à nous dire Denis Côté ? Là n’est, au fond, pas la question. Il filme, confronte le regard, obture l’image et recrée le son pour nous faire vivre une expérience au-delà du cadre. Son Bestiaire transcende ce « simple » geste de montrer.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 6 avril 2012

Box office : 488 spectateurs

Budget : 50 000 dollars

Disponible en DVD

Critique film : La vie après le cirque, de Viveka Melki (2015)

1Réalisation : Viveka Melki

Scénario : Michael Allcock

Produit par Tortuga Films

Synopsis : Durant des décennies, nous nous sommes amusés­ au Cirque, oubliant nos soucis le temps d’une soirée. Mais peu d’entre-nous n’avons songés­ à ce que pouvait devenir ces artistes une fois leur carrière terminée. Ce film pose un regard unique sur des individus vivant dans la « capitale mondiale du cirque », la ville de Sarasota, en Floride ; une communauté « tissée serrée » avec des valeurs enracinées, qui semblent presque être d’une autre époque. Avec humour et sympathie, ces personnages plus grands que nature sont déterminés à se soutenir mutuellement à travers les épreuves, en particulier au moment où ils en ont le plus besoin : à la fin de leur carrière en tant qu’artiste de cirque… Alors que le temps est venu de quitter le ring, La vie après le cirque dépeint la réalité de ces artistes, dans le contexte d’un cirque en changement, au moment où ils songent à faire la transition vers une retraite à l’ombre des projecteurs.

Durée : 1h18

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Critique

Des souvenirs jaunis, de la mélancolie permanente, des corps fatigués, de la détresse parfois et des sourires aussi… mais si peu. Le portrait que dresse la réalisatrice Viveka Melki de ces vieilles gloires du cirque est sombre, trop morose même pour ne pas provoquer des émotions certes sincères mais intrinsèquement contaminées par le désespoir. A trop jouer sur une tonalité grave, le documentaire en vient parfois à tutoyer une monotonie problématique. Là réside d’ailleurs une des plus grandes faillites du film. En privilégiant la succession de portraits, tous individuellement touchants, au détriment du fil dramatique fort que constitue le spectacle final du Cirque de Sarasota, il se révèle incapable de monter en puissance émotionnellement.

Clairement tourmentée par la thématique du souvenir et de sa transmission, la réalisatrice en oublie peut-être que cette mémoire peut être déclamée par une voix moins sépulcrale, surtout lorsque l’univers en question – le cirque – est aussi affaire de paillettes, de joie et de dépassement. Et c’est d’ailleurs ce que révèle paradoxalement la légère, et trop brève, séquence entre Dolly Jacobs, légende du cirque aérien, et la jeune fille de 18 ans, rêvant des mêmes hauteurs que son idole…

Car il y a néanmoins une vraie tendresse dans le regard de Viveka Melki pour ces artistes, au fond desquels on sent encore intacte cette passion pour le cirque. Et une douceur dans sa manière de montrer et de mettre en scène ces corps meurtris, où sont gravés les exploits passés, qui luttent encore ou qui veulent retrouver, ne serait-ce qu’une seconde, leur souplesse d’antan. Et si le corps lâche peu à peu, l’esprit du cirque se révèle, lui, inaltérable au fil des rencontres. Et là se niche sans doute une des plus belles réflexions du documentaire : si nous sommes constamment entourés d’images spectaculaires et « surhumaines », le cirque, avec ses athlètes à taille humaine et ses effets pratiques, n’en demeure pas moins une expérience magique.

Hélas une fois que le projecteur du chapiteau de La vie après le cirque s’éteint sur tous ces formidables artistes, c’est un sentiment persistant et logique de tristesse qui subsiste…

Note : 2 sur 5

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Le documentaire est présenté au Festival Sunny Side of the Doc de la Rochelle en 2016.

Critique film : God Save Justin Trudeau, de Guylaine Maroist et Eric Ruel (2015)

GODSAVEJUSTINTRUDEAU_AFFICHE_V1Réalisation et scénario : Guylaine Maroist et Eric Ruel

Productions de la ruelle

Synopsis : En mars 2012, alors jeune député de Papineau pour le Parti Libéral, Justin Trudeau, fils de l’ex Premier Ministre Pierre Elliott Trudeau, participe à un match de boxe caritatif l’opposant à Patrick Brazeau, alors Sénateur du Parti Conservateur. Ce duel dépasse bien vite les cordes du ring et devient un affrontement médiatique entre deux conceptions du pays. Mais il marque surtout la naissance du phénomène politique Justin Trudeau, élu Premier Ministre du Canada trois ans plus tard…

Durée : 1h21

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Critique

Au moment où le documentaire débute, le Parti Libéral du Canada est au plus bas, devenu seulement le 3ème mouvement politique du pays. Ce contexte est loin d’être un détail car, rétrospectivement, ce combat contre le Conservateur Patrick Brazeau constitue précisément une étape cruciale dans l’avènement futur de Justin Trudeau, alors « simple député ». Ne nous le cachons pas : si God Save Justin Trudeau raconte la genèse d’un combat de boxe de charité, il s’agit en réalité d’un duel symbolique. Et la politique, pour le pire ou pour le meilleur, est affaire de symboles.

Lucide sur ses actes et ses effets, conscient qu’il lui faut créer une image politique personnelle pour se dégager de l’ombre de son illustre père, Trudeau sait déjà que ce combat contre un Conservateur aux faux airs caritatifs est une étape dans sa marche en avant et, comble du comble sans doute, dans sa quête de crédibilité. A plusieurs reprises d’ailleurs, le film montre à quel point les électeurs sont en réalité des téléspectateurs et relève le surréalisme de cette situation. Un basculement médiatique total s’est opéré dans notre système politique actuel. Parfois empruntées aux films ou à l’imaginaire sportif justement, les punchlines et les images ont désormais une influence disproportionnée et ont perverti le débat. Les politiques ne sont plus seulement des « Hommes » mais aussi (surtout ?) des bêtes médiatiques. Et le film de Guylaine Maroist et Eric Ruel est précisément un documentaire sur l’art de la politique. Et à ce petit jeu, l’inexpérience politique apparente de Trudeau cache en réalité une maitrise totale de la communication et du marketing. Le simple fait d’avoir accepté de participer à ce documentaire et d’être mis en scène quasiment comme un comédien en est d’ailleurs la preuve la plus évidente. S’agit-il aussi de la marque d’un cynisme froid ? Le documentaire ne semble pas vouloir prendre parti, peut-être aussi, sans prendre position idéologique, pour laisser la porte ouverte à l’espoir… S’il y a bien une fascination des réalisateurs pour cet animal médiatique ayant totalement compris ce qu’est la politique au 21ème siècle, le film est heureusement dépourvu d’une admiration aveugle.

Et si vous ne connaissez pas l’issue de ce combat de boxe, qui peut rappeler par certains côtés, le contexte politico-historique en moins, l’affrontement entre Rocky Balboa et Ivan Drago dans Rocky 4 (si si…), God Save Justin Trudeau n’oublie pas de doser le suspense et la tension. Mais, encore une fois, son issue est ailleurs : c’est un homme politique post moderne et parfaitement lucide sur ce qu’il est, qui sort du ring…

God Save Justin Trudeau est présenté ce lundi 20 juin 2016 lors du festival Sunny Side of the Doc de La Rochelle.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 16 avril 2015

Disponible en DVD

 

Critique court métrage : Les journaux de Lipsett, de Theodore Ushev (2010)

5750800836a1331c88d2754732ebf6c9Réalisation : Theodore Ushev

Scénario : Chris Robinson

Narration : Jarvis Robinson Neall, Samuel Jacques, Xavier Dolan (narrateur)

Synopsis : Une descente dans le maelström des angoisses d’Arthur Lipsett, célèbre cinéaste expérimental canadien, mort à 49 ans. Journal intime transfiguré en bombardement d’images et de sons, exploration d’une prodigieuse frénésie créatrice, tableau illustrant la chute vertigineuse d’un artiste dans la dépression et la folie…

Durée : 14 minutes

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Critique

Court métrage expérimental, plus proche du collage visuel et sonore que d’un film d’animation, Les Journaux de Lipsett est une énigme… qu’il ne faut surtout pas tenter de déchiffrer.

Le cinéaste Theodore Ushev et son scénariste Chris Robinson, qui ont eu accès à des notes griffonnées par le regretté Arthur Lipsett, ne donnent aucune clé de compréhension. Ils projettent, interprètent, trahissent sûrement aussi, les démons, les obsessions et les contradictions de ce  génial cinéaste et prodige du montage (admiré par Stanley Kubrick et George Lucas), qui s’est ôté la vie à 49 ans, gangréné par des problèmes psychologiques. Et c’est en déstructurant le montage, en multipliant les ruptures de rythme, en enchevêtrant les cadres, en arrimant des mots à l’écran tout en faisant résonner d’autres, qu’ils font perdre leurs repères aux spectateurs pour mieux leur faire traverser les limbes de Lipsett.

Les Journaux de Lipsett est un trip. Une expérience animée. Une incursion cinématographique de la psyché.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : Octobre 2010

En 2011, Les Journaux de Lipsett a reçu le Jutra du Meilleur court métrage d’animation.

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