Le Gala Québec Cinéma 2018 : Les affamés grand vainqueur

Hochelaga, Terre des Âmes de François Girard et Le problème d’infiltration de Robert Morin menaient la danse avec 10 nominations chacun, suivis des Affamés de Robin Aubert (9 citations). Mais c’est bien ce dernier, avec 8 trophées Iris (dont Meilleur film et Meilleur réalisateur), qui remporte la mise finale.

=> Lire l’interview de Robin Aubert : « Faire un film de zombies, c’est retrouver le plaisir du jeu, de l’enfance »

MEILLEUR FILM

  • Les affamés de Robin Aubert – LAURÉAT
  • Boost de Darren Curtis
  • Chien de garde de Sophie Dupuis
  • La petite fille qui aimait trop les allumettes de Simon Lavoie
  • Le problème d’infiltration de Robert Morin
  • Les rois mongols de Luc Picard
  • Tuktuq de Robin Aubert

MEILLEURE RÉALISATION

  • Robin Aubert pour Les Affamés – LAURÉAT
  • Darren Curtis pour Boost
  • Sophie Dupuis pour Chien de garde
  • Robert Morin pour Le problème d’infiltration
  • Luc Picard pour Les rois mongols

MEILLEUR SCENARIO

  • Nicole Bélanger pour Les rois mongols – LAURÉATE
  • Darren Curtis pour Boost
  • Sophie Dupuis pour Chien de garde
  • Robert Morin pour Le problème d’infiltration
  • Gabriel Sabourin pour C’est le cœur qui meurt en dernier

MEILLEURE ACTRICE

  • Charlotte Aubin pour Isla Blanca
  • Mélissa Désormeaux-Poulin pour Le Trip à trois
  • Denise Filiatrault pour C’est le cœur qui meurt en dernier
  • Maude Guérin pour Chien de garde – LAURÉATE
  • Élise Guilbault pour Pour vivre ici

MEILLEUR ACTEUR

  • Christian Bégin pour Le problème d’infiltration – LAURÉAT
  • Jesse Camacho pour We’re Still Together
  • Patrick Huard pour Bon Cop Bad Cop 2
  • Joey Klein pour We’re Still Together
  • Jean-Simon Leduc pour Chien de garde

MEILLEURE ACTRICE DE SOUTIEN

  • Isabelle Blais pour Tadoussac
  • Sandra Dumaresq pour Le problème d’infiltration
  • Micheline Lanctôt pour Les Affamés
  • Brigitte Poupart pour Les Affamés – LAURÉATE
  • Karine Vanasse pour Et au pire, on se mariera

MEILLEUR ACTEUR DE SOUTIEN

  • Jahmil French pour Boost
  • Robert Morin pour Tuktuq
  • Emmanuel Schwartz pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT
  • Guy Thauvette pour Le problème d’infiltration
  • Anthony Therrien pour Charlotte a du fun

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

  • Romane Denis pour Charlotte a du fun
  • Marine Johnson pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Théodore Pellerin pour Chien de garde – LAURÉAT
  • Rose-Marie Perreault pour Les faux tatouages
  • Nabil Rajo pour Boost

MEILLEURE DISTRIBUTION DES RÔLES

  • Emanuelle Beaugrand-Champagne, Nathalie Boutrie et Frédérique Proulx pour Les rois mongols – LAURÉATES
  • Maxime Giroux et Jonathan Oliveira pour Boost
  • Lucie Robitaille pour Charlotte a du fun

MEILLEURE DIRECTION ARTISTIQUE

  • André-Line Beauparlant pour Le problème d’infiltration
  • Guillaume Couture pour Les rois mongols
  • Jean-Marc Renaud pour Nous sommes les autres
  • Marjorie Rhéaume pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • François Séguin pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT

MEILLEURE DIRECTION DE LA PHOTOGRAPHIE

  • Steve Asselin pour Pieds nus dans l’aube
  • Nicolas Bolduc pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT
  • Nicolas Canniccioni pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • François Dutil pour Les rois mongols
  • Michel La Veaux pour Iqaluit

MEILLEUR SON

  • Jean-Sébastien Beaudoin Gagnon, Stéphane Bergeron, Olivier Calvert et Samuel Gagnon Thibodeau pour Les Affamés – LAURÉATS
  • Jean-Sébastien Beaudoin Gagnon, Sylvain Bellemare et Hans Laitres pour All You Can Eat Bouddha – Le meilleur des séjours
  • Claude Beaugrand, Bernard Gariépy Strobl, Claude La Haye, Raymond Legault et Jean-Philippe Savard pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Martin C. Desmarais, Gavin Fernandes, Marie-Claude Gagné et Louis Gignac pour Bon Cop Bad Cop 2
  • Clovis Gouaillier, Philippe Lavigne et Patrice LeBlanc pour La petite fille qui aimait trop les allumettes

MEILLEUR MONTAGE

  • Robin Aubert pour Tuktuq
  • Jared Curtis pour Boost
  • Aube Foglia pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Dominique Fortin pour Chien de garde – LAURÉATE
  • Felipe Guerrero pour X Quinientos

MEILLEURS EFFETS VISUELS

  • Jean-François Ferland pour Les Affamés – LAURÉAT
  • Jean-François Ferland, Marie-Claude Lafontaine pour Pieds nus dans l’aube
  • Jean-François Ferland, Olivier Péloquin et Simon Harrisson pour Le problème d’infiltration
  • Alain Lachance pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Jonathan Piché Delorme et Alexandra Vaillancourt pour Nous sommes les autres

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

  • Bertrand Chénier pour Le problème d’infiltration
  • Pierre-Philippe Côté pour Les Affamés – LAURÉAT
  • Patrice Dubuc, Gaëtan Gravel, Vincent Banville, Gregory Beaudin Kerr, Jonathan Quirion, Jean-François Ruel, Pierre Savu-Massé et Charles-André Vincelette pour Chien de garde
  • Gyan Riley et Terry Riley pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Michael Silver pour Boost

MEILLEURS COSTUMES

  • Julie Bécotte pour Nous sommes les autres
  • Josée Castonguay pour Pieds nus dans l’aube
  • Francesca Chamberland pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Mario Davignon pour Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉAT
  • Brigitte Desroches pour Les rois mongols

MEILLEUR MAQUILLAGE

  • Kathryn Casault pour Hochelaga, Terre des Âmes
  • Kathryn Casault et Stéphane Tessier pour Le problème d’infiltration
  • Bruno Gatien pour All You Can Eat Bouddha – Le meilleur des séjours
  • Erik Gosselin et Marie-France Guy pour Les Affamés – LAURÉATS
  • Marlène Rouleau pour Nous sommes les autres

MEILLEURE COIFFURE

  • Réjean Forget et Ann-Louise Landry pour  Hochelaga, Terre des Âmes – LAURÉATS
  • Anne-Marie Lanza pour Nous sommes les autres
  • Jean-Luc Lapierre et Denis Parent pour Les rois mongols
  • Denis Parent pour La petite fille qui aimait trop les allumettes
  • Lina Fernanda Cadavis, Priscila De Villalobos, Aleli Mesina et Pamela Warden pour X Quinientos

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE

  • Destierros d’Hubert Caron-Guay
  • Manic de Kalina Bertin
  • La part du diable de Luc Bourdon
  • La résurrection d’Hassan de Carlo Guillermo Proto – LAURÉAT
  • Sur la lune de nickel de François Jacob

MEILLEURE DIRECTION DE LA PHOTOGRAPHIE POUR UN FILM DOCUMENTAIRE

  • Benoit Aquin et Mathieu Roy pour Les dépossédés
  • Samuel de Chavigny pour Les terres lointaines
  • François Jacob, Vuk Stojanovic et Ilya Zimpour pour Sur la lune de nickel
  • François Messier-Rheault pour Ta peau si lisse – LAURÉAT
  • Étienne Roussy pour Destierros

MEILLEUR MONTAGE POUR UN FILM DOCUMENTAIRE

  • Anouk Deschênes pour Manic – LAURÉATE
  • Sophie Farkas Bolla pour P.S. Jerusalem
  • Michel Giroux pour La part du diable
  • Lorenzo Mora Salazar et Carlo Guillermo Proto pour La résurrection d’Hassan
  • Ariane Pétel-Despots pour Destierros

MEILLEUR SON POUR UN FILM DOCUMENTAIRE

  • Daniel Almada, Patrick Becker, Julien Fréchette, Reto Stamm et Christof Steinmann pour Les dépossédés
  • Sylvain Bellemare, Bernard Gariépy Strobl et Félix Lamarche pour Les terres lointaines
  • Samuel Gagnon-Thibodeau et Alexis Pilon-Gladu pour Destierros
  • Carlo Guillermo Proto, Cory Rizos et Pablo Villegas pour La résurrection d’Hassan
  • Catherine Van Der Donckt et Jean Paul Vialard pour La part du diable – LAURÉATS

MEILLEUR COURT MÉTRAGE DE FICTION

  • The Catch d’Holly Brace-Lavoie
  • Born in the Maelstrom de Meryam Joobeur
  • Crème de menthe de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné
  • Lost Paradise Lost de Yan Giroux
  • Pre-Drink de Marc-Antoine Lemire – LAURÉAT

MEILLEUR COURT MÉTRAGE D’ANIMATION

  • Avec ou sans soleil de Jean-Guillaume Bastien
  • La maison du hérisson d’Eva Cvijanović
  • Me, Baby & the Alligator de Jean Faucher et Bob Olivier
  • La pureté de l’enfance de Zviane
  • Toutes les poupées ne pleurent pas de Frédérick Tremblay – LAURÉAT

PRIX DU PUBLIC

  • Ballerina d’Eric Summer et Eric Warin
  • Bon Cop Bad Cop 2 d’Alain Desrochers
  • De père en flic 2 d’Émile Gaudreault
  • Junior Majeur d’Eric Tessier –LAURÉAT
  • Le Trip à trois de Nicolas Monette

FILM S’ÉTANT LE PLUS ILLUSTRÉ A L’EXTÉRIEUR DU QUÉBEC

  • Les Affamés de Robin Aubert – LAURÉAT
  • All You Can Eat Bouddha – Le meilleur des séjours d’Ian Lagarde
  • Ballerina d’Éric Summer et Éric Warin
  • Hochelaga, Terre des Âmes de François Girard
  • X Quinientos de Juan Andrés Arango Garcia

IRIS HOMMAGE : André Forcier

Après le soirée de « Gala des artisans Québec Cinéma » (ce mardi 29 mai), la cérémonie du « Gala Québec Cinéma » se tient le dimanche 3 juin…

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Interview – Robin Aubert (Les Affamés) : « Faire un film de zombies c’est retrouver le plaisir du jeu, de l’enfance »

Une version de cette interview a été publiée dans le numéro 73 de Cinemateaser.

Malheureusement inconnu en France, le réalisateur québécois Robin Aubert est pourtant un auteur majeur du 7ème art avec des œuvres aussi déstabilisantes que puissantes comme Tuktuq, A l’origine d’un cri ou encore A quelle heure le train pour nulle part. Avec Les Affamés, disponible en France via Netflix, il livre un film de zombies qui respecte autant qu’il pervertir le genre…

afficheLe film de zombies est un genre en soi, très codifié. Jusqu’où peut-on jouer, tordre ou pervertir son imagerie ?

Je ne sais pas, je ne suis pas un spécialiste du genre « zombies » en tant que tel, donc pas nécessairement gangréné par ce qu’il faut ou ne faut pas faire. Ceci dit, l’idée de faire un film de zombies c’est qu’il ressemble à un film de zombies. En aucun cas je me suis dit « Tiens, je vais réinventer le genre. » Pas du tout.

Vos zombies courent, ce n’est pas une première mais c’est assez rare. Ils sourient, semblent ressentir, se réunissent autour de totems qu’ils ont construit. On a presque l’impression que l’enveloppe corporelle n’est pas l’unique vestige de leur existence…

Je voulais que mes zombies s’apparentent aux Humains. Les Affamés savent qu’ils sont infectés et voués à cette errance mortifère à jamais. Or, il y a quelque chose à l’intérieur d’eux qui n’est pas tout à fait mort. Certains gestes sont innés, comme s’ils se rappelaient ce qu’ils étaient avant d’être infectés. Ils tentent donc inconsciemment de se créer une nouvelle société. Peut-être. 

Dans le genre, l’humour est souvent un contrepoint un peu pince-sans-rire, parfois méta. Dans votre film, il est parfois purement frontal, parfois plus subtil, mais toujours présent. Au départ, cela peut paraître déstabilisant mais cela permet de diffuser autre chose dans « un film de zombie ». Pourquoi cette volonté d’insérer cet humour, non pas constamment, mais absolument ?

Parce qu’il n’y a pas plus humain que l’envie de rire, même dans le drame ou l’horreur. C’est ce qui nous définit, nous démarque des animaux. C’est ma manière de dire que je crois encore en l’Humain malgré ses tares. Quand tu te retrouves en Égypte devant un fermier Nubien qui t’invite à prendre le thé dans sa hutte, ce n’est pas la langue qui nous unit, ni la culture. C’est souvent par les signes et surtout l’humour que la communication passe. C’est la même chose dans une tribu sur l’île de Palawan ou dans un café de Valladolid. C’est pour ça que j’aime les films de Fellini, Lynch, André Forcier ou Roy Andersson. L’humour n’est jamais exclu. À mes yeux, c’est beaucoup plus anthropologique comme point de vue que ceux qui tentent de recréer la réalité en évitant toute part de légèreté, quelle qu’elle soit.

Quand tu te retrouves en Égypte devant un fermier Nubien qui t’invite à prendre le thé dans sa hutte, ce n’est pas la langue qui nous unit, ni la culture.

Les films ou les séries liées aux zombies sont souvent fondées sur la variation autour de cette répétition : un survivant finira toujours par se faire mordre par des zombies. Peut-on s’échapper de ce schéma immuable ?

L’idée de faire un film de zombies s’apparente à l’enfant qui joue au cow-boy autour de l’école ou à La Planète des Singes avec ses voisins. Il y a toujours des têtes qui tombent jusqu’à ce qu’il en reste une seule. Faire un film de zombies c’est retrouver le plaisir du jeu, donc de l’enfance.

956dda660c72f93f59285ad0429256beIl y a aussi dans votre film cette notion de mouvement et de non mouvement. Et ce non mouvement, notamment des zombies, est parfois plus flippant, gênant qu’une horde de zombies courant derrière ou poursuivant un survivant.

Cette idée me vient de la solitude des fantômes. Il faut réussir à observer un fantôme pour comprendre qu’il est statique, qu’il cherche une sortie même s’il sait qu’il n’y en a pas. Il est statique parce qu’il divague. J’ai beaucoup de respect pour les fantômes. Ils me font réellement peur.

Les femmes ont parfois tendance dans ce genre à jouer le second rôle ou un rôle de faire-valoir, de créature en danger ou de créature sexuelle. Pas dans votre film.

Tu n’es pas le premier à me poser cette question. Comme si tout était intentionnel quand on introduisait dans femmes fortes dans un film. Ces femmes sont les seules que je connaisse. Je ne connais pas ces nunuches de service qui se mettent à poil alors que la menace est éminente. Les femmes que je connais prendraient la machette dans le garage et trucideraient le plus de zombies possible.

Les femmes que je connais prendraient la machette dans le garage et trucideraient le plus de zombies possible.

 

Dans ce genre, il y a cette facilité à montrer le gore et une attente évidente du spectateur pour ces moments. Comment on les aborde ? Y a-t-il un moment où on se dit « là il faut absolument le montrer »  et un autre où on se dit « je pense que c’est plus fort de ne pas montrer » ?

C’est toujours une question de dosage. Si on ne se fie qu’à l’attente du spectateur, on se goure royalement. La même chose avec le nombre de têtes explosées. S’il y en a trop, l’effet de surprise s’annule. En générale, je préfère ce que je ne vois pas à ce que je vois. Marche en forêt et écoute. Tu verras qu’un son peut te faire peur, mais ce même son, si tu le rattaches à une forme, elle est démystifiée. Donc, ça tue le mystère et l’imagination.

Un film de zombies est un film tout court. Il doit y avoir un propos, une direction, un auteur… On a parfois l’impression que cette étiquette de « film de genre » prend le pas sur la notion d’ »auteur »…

Je suis tout à fait d’accord avec toi. En fait, depuis le début de tes questions, je suis d’accord sur ce que tu avances.

Le cinéma de genre a toujours existé mais depuis quelques années, il obtient une vraie reconnaissance. En France, Grave a été nommé aux Césars. Get Out aux Oscars aux Etats-Unis. Les Affamés a remporté de nombreux prix. A quoi tient cette reconnaissance « tardive » ?

À ceux qui ont frayé le chemin avant nous. Alfred Hitchcock, Mario Bava, David Cronenberg, Georges Franju, Alejandro Jodorowsky, Dario Argento, George A. Romero, John Carpenter, Virginie Despentes…ils sont plusieurs.

Avons-nous enfin dépassé cette réserve critique à propos des films de genre ?

Bien sûr que non…mais on s’en fout.

Dans les remerciements, vous remerciez George A. Romero. En quoi son cinéma a influencé, au-delà de l’envie initiale, Les Affamés ?

Romero nous a initié à un autre monde. Un monde qui prend ses origines en Haïti, un pays que j’ai visité en famille alors que j’avais 10 ou 11 ans. Tout ça est un peu relié je pense.

Dans Les Affamés, certaines images, impressions me font penser à du Tarkovski…

En fait, Tarkovski est dans pas mal de films que l’on regarde. Tout simplement parce que, lui aussi, fait partie de ceux qui ont transformés les codes au cinéma. Les plans de Tarkovski sont des couleuvres qui se faufilent dans l’herbe du temps. Seulement, il faut savoir reconnaitre son talent sans vouloir le copier. C’est une des raisons pour laquelle j’ai détesté The Revenant de Iñárritu.

Les plans d’Andreï Tarkovski sont des couleuvres qui se faufilent dans l’herbe du temps.

Le zombie est souvent une métaphore. Il y a souvent un sous-texte social ou politique dans ce genre. Dans votre film, il vous permet de parler de quoi ?

Beaucoup de choses et peut-être rien à la fois, mais pour le plaisir du spectateur, je vais lui laisser l’opportunité de répondre à ma place. Après une projection, une dame m’a dit qu’elle n’avait pas compris le sens de mon film. Je lui ai tout simplement dit qu’il s’agissait de quelques survivants qui se sauvent des zombies. Voilà. Si tu ne vois pas de sens autre que ça dans le film, je ne vais pas me morfondre toute la nuit. Ce film ne m’appartient pas, il appartient aux gens. Le spectateur a une responsabilité, ce que les financiers de ce monde tentent de lui enlever depuis des années, celle de réfléchir. De se poser des questions et de choisir d’y répondre ou pas. Au musée, le peintre n’est pas derrière sa toile pour exprimer ses intentions. Il y a un titre, des formes et des couleurs. Rien d’autres. Tu peux décider de t’éloigner ou fixer la chose. C’est ton choix.

a4b39dd99e60ae37008e3b689aa1da5dVous avez choisi le cinéma pour exprimer votre point de vue sur ce qui vous entoure. C’est quoi ce point de vue ?

Il est changeant, constant, malléable, contradictoire si j’ai l’écoute nécessaire face à quelqu’un qui me fait changer d’avis. Mon point de vue, c’est la dame qui passe dans la rue avec son carrosse et qui m’inspire un poème. Mon point de vue, c’est mon film Tuktuq tourné au Nunavik sur l’exploitation minière. Des compagnies étrangères qui viennent saccager le territoire pour que le gouvernement Libéral s’en mette plein les poches. Ma pensée se transforme en côtoyant les Inuits et leur culture. Le point de vue dépend toujours de ton degré de curiosité.

Mon point de vue est changeant, constant, malléable, contradictoire si j’ai l’écoute nécessaire face à quelqu’un qui me fait changer d’avis.

Les Affamés est disponible en France via Netflix. Il existe encore une vraie résistance au cinéma via les plateformes de streaming, encore cette petite musique consistant à dire : ce n’est pas vraiment un film/du cinéma car il n’y a pas l’expérience de la salle. Le comprenez-vous ?

Je le comprends très bien. Il y a de petites boites de distribution qui font un travail monstre pour promouvoir le cinéma d’ici et d’ailleurs. La manière de distribuer un film risque de changer considérablement d’ici quelques années, mais on ne peut ignorer les nouvelles plateformes. C’est aller à contre-courant de quelque chose d’inévitable. Un peu comme le numérique versus la pellicule. J’ai tourné en super8, 16mm, 35mm, Hi8, numérique. À mes yeux, le format n’a jamais été une barrière. La grandeur de l’écran non plus. C’est le propos qui compte. Faire du cinéma, c’est avoir l’urgence de le faire. Le cinéma direct nous l’a prouvé. Agnès Varda et Robert Morin aussi. Enfant, je n’avais pas accès aux salles de cinéma. On y allait une fois de temps en temps en famille, mais c’était ce qu’on appelait « une sortie ». La raison pour laquelle je suis devenu cinéaste c’est parce que j’ai eu la chance de regarder des films qui passaient à la télé. Toutes sortes de films : des Leone, en passant par Roger Corman, Zeffirelli, Enzo Barboni, George Pal, Carpenter, mais aussi les Louis de Funès et les Pierre Richard, donc Jean Girault, Gérard Oury, Francis Veber. Sans ses films, je ferais autre chose aujourd’hui. Netflix et les autres plateformes feront naître de jeunes cinéastes qui auront accès au cinéma afghan, islandais, québécois, norvégien. On aura peut-être la chance de découvrir plus facilement les prochains films d’Ana Lily Amirpour et Audrey Estrougo. Ce serait mentir de dire que j’ai découvert les Béla Tarr et Kaurismaki de ce monde par l’entremise d’une salle de cinéma. Je suis rentré dans leur monde par les vidéoclubs de mon quartier. Évidemment, par la suite, tu te déplaces au cinéma pour aller voir Le Cheval de Turin ou Le Havre, mais sans Damnation et Leningrad Cowboys go America, je n’aurais peut-être pas eu l’intérêt. Lorsque la télévision est arrivée, on a prédit la mort du cinéma. Le cinéma est encore là. Il n’a pas peur, lui. Ce sont ceux qui font du fric à ses dépens qui ont peur. Le cinéma est plus fort que quelques comptables. Ce que la télé n’enlèvera jamais au cinéma c’est sa profondeur. Il y aura toujours des salles pour montrer cette poésie.

Comment se porte le cinéma de genre au Québec ?

Il faut que j’aille chercher les enfants à la garderie. J’ai besoin d’être dans un état d’allégresse. Dehors, l’hiver a habillé les arbres de sa neige, c’est beau.  Et puis, la ratatouille cuit tranquillement sur le fourneau. Ça sent l’aubergine et la tomate. Il me reste quelques épices à rajouter, mais je pense qu’elle va être mangeable.

Propos recueillis par Thomas Destouches le 13 mars 2018

 

 

Box office 2017 des films québécois

Pour la deuxième année consécutive, c’est une suite qui prend la tête du box office annuel québécois. Le grand gagnant de 2017 se nomme donc De père en flic 2, réalisé par Emile Gaudreault, avec près de 700 000 entrées. En 2009 (8 ans plus tôt !), le premier volet était déjà le film le plus populaire au Québec avec 1,2 million de spectateurs. A la seconde position de ce classement se trouve… une autre suite de comédie : Bon Cop Bad Cop 2. Là encore, le premier volet, sorti en 2006, avait explosé le box office de la Province avec plus de 1,3 million de billets vendus. Le bilan commercial de cette suite très attendue est mitigée : oui, il s’agit d’un succès mais ce résultat est à l’image d’un box office national en déclin. La 3ème place du Trip à trois, porté par Martin Matte, permet de dresser un bilan sans nuance : la comédie est reine cette année au Québec.

Voici ci-dessous le top 20 des plus grands succès québécois de cette année 2017 :

  1. De père en flic 2 : 683 260 entrées
  2. Bon Cop Bad Cop 2 : 602 530
  3. Le trip à trois : 205 738
  4. Ballerina : 218 438
  5. Junior Majeur : 217 934
  6. Pieds nus dans l’aube : 99 557
  7. C’est le cœur qui meurt en dernier : 98 019
  8. Les rois mongols : 69 920
  9. Ça sent la coupe : 51 954
  10. Nelly : 37 134
  11. Goon: le dernier des durs à cuire : 33 092
  12. Le problème d’infiltration : 24 621
  13. Les affamés : 20 692
  14. Et au pire, on se mariera : 15 051
  15. Iqaluit : 12 926
  16. Nous sommes les autres : 7 838
  17. Innocent : 6 536
  18. Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que creuser un tombeau : 3 487
  19. La petite fille qui aimait trop les allumettes : 3 209
  20. Tadoussac : 3 011

La bande-annonce de « De père en flic 2 » :

 

Critique film : C’est le cœur qui meurt en dernier, d’Alexis Durand-Brault (2017)

C_est_le_coeur_qui_meurt_en_dernier.jpgRéalisation : Alexis Durand-Brault

Scénaristes : Gabriel Sabourin et Robert Lalonde

Distribution : Gabriel Sabourin, Denise Filiatrault, Paul Doucet, Céline Bonnier, Sophie Lorain, Isabelle Blais…

Synopsis : Julien Lapierre vient de publier son premier livre. Une autobiographie racontant sa jeunesse, sa relation avec sa mère, un secret terrible lié à son père. C’est à ce moment précis que sa mère renoue contact avec lui, sans savoir ce que son fils a écrit. Placée dans une institution, atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle lui demande une faveur : l’aider à partir…

Durée : 1h43

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Critique

Adapté du récit autobiographique de Robert Lalonde, C’est le cœur qui meurt en dernier est un film riche de ses thématiques. Les secrets de famille, la fin de vie, la transmission, le souvenir… Cette richesse est traitée avec une délicatesse visuelle, émotionnelle ou dramatique, parfois déconcertante mais au final fructueuse.

La force du film provient en effet de sa retenue. Suspendant ses dialogues quand le risque de surlignage émotionnel pointe, ne s’attardant jamais plus que de raison sur un visage sur le point de ruisseler, il ne verse à aucun moment dans le mélodrame insistant. Une finesse qui se retrouve heureusement dans la trame musicale tissée par Cœur de Pirate, qui va chercher délicatement les sentiments sans les exagérer, cueillant le spectateur sans jamais le guider. Cette dimension non spectaculaire du récit peut de prime abord frustrer l’implication mais elle se révèle, au fil d’un film aussi court que précis, à la fois son meilleur allié et paradoxalement une formidable grenade d’émotions.  C’est dans le silence inconscient ou intentionnel, dans le regard perdu, dans la réplique sans retour que se crée progressivement cette poche de douleur limpide et calme, logée doucement auprès du cœur, explosant délicatement au fil du dernier plan, magnifique.

Magnifique, tel est l’adjectif à utiliser pour chacun des comédiens. Rare sur les écrans depuis trop longtemps, la « mythique » Denise Filiatrault manie avec finesse dureté et légèreté, faisant subitement surgir la comédie – et ce film n’en est salutairement pas dénué – exposant le vertige du drame en une simple ligne de dialogue. Face à elle, Gabriel Sabourin joue avec sobriété et tact le mutisme oral quand l’écrit a fait son œuvre, le dérèglement émotionnel inversement proportionnel à la reconnaissance, le dilemme  intime et non pas moral face à cette demande impossible provenant de sa mère. Une double épreuve forcément douloureuse et donc libératrice, nécessaire et vitale pour le spectateur. Il existe dans ce film ce petit miracle de l’interstice du non-dit, du non-joué, du non-montré dans lequel s’immisce toute la beauté et la puissance du propos, sans en atténuer la profondeur. Cette économie du geste émotionnel peut décontenancer, mais elle est en réalité la trace indélébile du souvenir de l’amour.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 14 avril 2017

Budget : 4,9 millions de dollars

Box office : 98 109 spectateurs

Disponible en DVD

 

Les 10 plus gros succès du cinéma québécois

Découvrez ci-dessous le top 10 des plus gros succès du cinéma québécois :

  1. Séraphin, un homme et son péché, de Charles Binamé (2002) : 1 341 602 spectateurs
  2. Bon Cop Bad Cop, d’Érik Canuel (2006) : 1 320 394
  3. De père en flic, d’Émile Gaudreault (2009) : 1 242 370
  4. La Grande séduction, de Jean-François Pouliot (2003) : 1 197 843
  5. Les Boys, de Louis Saïa (1997) : 1 125 182
  6. Les Boys II, de Louis Saïa (1998) : 1 039 578
  7. Les Invasions barbares, de Denys Arcand (2003) : 913 995
  8. Les Boys III, de Louis Saïa (2001) : 910 743
  9. C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée (2005) : 785 634
  10. Aurore, de Luc Dionne (2005) : 706 811

Sorti en 2002, Séraphin, un homme et son péché est l’adaptation du classique de la littérature de Claude-Henri Grignon. A ce jour, le film demeure le plus gros succès du cinéma québécois* et devrait le rester un bout de temps. A noter enfin que Bon Cop Bad Cop et De père en flic, deux des immenses succès récents, ont connu des suites, toutes deux sorties en 2017, lesquelles ont réalisé également des prouesses au box office.

*Ces chiffres ne prennent en compte que la période de 1985 à aujourd’hui

Critique film : Ça sent la coupe, de Patrice Sauvé (2017)

5bd48740ad39b011990d1ed093e2af94Réalisation : Patrice Sauvé

Scénariste : Matthieu Simard

Distribution : Louis- José Houde, Emilie Bibeau, Maxime Mailloux, Julianne Côté, Marilyn Castonguay…

Synopsis : Un soir de match des Canadiens, alors qu’il est comme d’habitude devant la télévision entouré de ses amis, Max voit sa conjointe le quitter. Pour lui, débute alors une période de remise en question profonde. Pourquoi est-elle partie ? Doit-il garder le magasin que lui a légué son père ? A-t-il fait les bons choix dans sa vie ? Comment guérir de l’absence ? Ou plutôt des absences…

Durée : 1h39

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Critique

Ça sent la coupe n’est pas tout à fait ce qu’il s’évertue à paraître dans les premières minutes. Sous ses airs de romance mélancolique « à la » High Fidelity et de comédie bon enfant rythmée par les matchs de hockey, le film de Patrice Sauvé se révèle en réalité être un récit sur le manque. La rupture initiale sert en effet de révélateur pour Max, qui n’a jamais réellement fait le deuil de ses parents, morts dans un accident quelques années plus tôt. Cette absence, et notamment celle du père avec lequel il partageait une passion totale pour les Canadiens de Montréal, est le véritable enjeu dramatique. Et la principale problématique à résoudre pour Max.

Ça sent la coupe ne parvient jamais à vraiment être le film de bande qu’il essaie de dépeindre. Les scènes de groupe diffusent bien ce sentiment de fraternité, de compréhension et de solidarité. Mais la multiplicité des personnages tourne au désavantage de certains trop peu étayés, ne servant que de faire-valoir ou d’outil scénaristique pour aider Max à retrouver son chemin. Ça sent la coupe est en réalité un film en solo, celui de Louis-José Houde à l’interprétation dépouillée, ne surlignant jamais les émotions et dont les yeux révèlent bien plus que tous les mots.

Si le dernier tiers donne l’impression de patiner quelque peu, c’est parce que le film n’est plus dicté par l’impérieuse nécessité d’une quelconque intrigue mais désormais branché sur le pouls de Max. Ayant compris que pour avancer, il devait enfin accepter le passé et ses douleurs, le présent et ses manques, il est alors dans une phase de reconstruction émotionnelle forcément chaotique. Le film se laisse alors déborder par l’émotion sincère et simple, bringuebalé dans les collisions entre des scènes éthérées flirtant avec une profonde tristesse et de petits moments de grâce durant lesquels Max semble enfin revivre en oubliant même fugacement. Malheureusement trop vite expédié, le final est pour Max le moment de mettre enfin les mots sur ses sentiments, de poursuivre la missive entamée au début d’un film en surface bavard mais en réalité plutôt taiseux. Par cette verbalisation capitale, il dépasse la douleur pour se réapproprier son existence.  Le travail de deuil est terminé, la vie peut (re)commencer. Un message modeste, universel et touchant. A l’image du film.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 24 février 2017

Budget : 4,3 millions de dollars

Box office : 51 954 spectateurs

Disponible en DVD

Critique film : Endorphine, d’André Turpin (2016)

storage.quebecormedia.comRéalisation et scénario : André Turpin

Distribution : Sophie Nélisse, Mylène Mackay, Monia Chokri, Lise Roy…

Synopsis : Alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente, Simone est témoin du meurtre de sa mère. A 25 ans, encore paralysée par ce choc, elle mène une vie monotone bientôt troublée par la rencontre du meurtrier de sa mère. A 60 ans, Simone, devenue physicienne, donne une conférence sur la nature relative du temps. Et si ces trois temporalités n’en faisaient en réalité qu’une seule ?

Durée : 1h24

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Critique

« Comment déformons-nous le temps ? » Dans une de ses premières interventions, Simone, alors conférencière, donne une des clés de lecture d’Endorphine. La perception du temps est relative. Et, suivant cette perspective scientifique, le film d’André Turpin ne cesse d’éclater les règles temporelles. Le passé, le présent et le futur ne sont plus des chapitres successifs pour Simone. Le temps, tout le temps de sa vie cohabite en elle.

Les « trois Simone » représentent ainsi ces trois temporalités qui se succèdent mais aussi se télescopent, s’éloignent puis se rejoignent, se nourrissent et s’informent les unes les autres… Avec ce jeu fou avec le temps, d’une précision et d’une beauté qui ne se révèlent vraiment qu’au terme du film, Turpin réussit à nous faire croire à son illusion cinématographique parfaite. Parallèles ou simultanées, parallèles et simultanées, ces trois temporalités nous font perdre nos repères pour mieux nous emporter car elles sont autant la mécanique du drame que son enjeu. Et le vrai créateur de l’émotion. Une émotion qui se libère violemment avec cette scène fascinante réunissant les trois visages de Simone. Ses trois temporalités s’y réconcilient enfin. Douleur, apaisement, violence, libération… tous les sentiments se mêlent et se confondent. Toute une vie, ou presque, en un plan.

A cette dimension relativiste, Turpin amalgame une approche onirique du récit. Il y a du Lynch dans Endorphine, dans cet envahissement de l’inquiétante étrangeté du cauchemar dans le réel, dans ce tourbillon des boucles temporelles provoquant une forme de transe et dans cette manière de projeter la psyché de son personnage dans le monde environnant. Endorphine est un transfert de l’inconscient de ses Simone, qui cherchent dans chacune des temporalités à toucher le réel, à ressentir physiquement ce monde, à se trouver enfin. Cette quête d’une femme, hantée par la culpabilité et désespérément à la recherche d’elle-même, est aussi tragique que sublime. Et si l’on repense au regard face caméra de Sophie Nélisse au tout début du film, cette quête n’en devient que plus déchirante.

Endorphine s’envisage aussi comme un objet poétique. Tout peut y être interprété dont tous les mystères ne doivent pas nécessairement trouver de réponses. Surtout, le film d’André Turpin se révèle comme une incroyable expérience de cinéma, autant sensorielle qu’intellectuelle. Un sommet, qu’il va falloir escalader encore et encore.

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 22 janvier 2016

Disponible en DVD

 

Critique film : Les 3 p’tits cochons 2, de Jean-François Pouliot (2016)

a595a47b25444da0bed4afd8a5c42e37Réalisation : Jean-François Pouliot

Scénario : Pierre Lamothe et Claude Lalonde

Distribution : Paul Doucet, Guillaume Lemay-Thivierge, Patrice Robitaille, Sophie Prégent, Isabel Richer…

Synopsis : Cinq ans après la mort de leur mère, les 3 frères Rémi, Mathieu et Christian n’ont finalement pas beaucoup changé. Rémi vit toujours une double vie, trompant sa femme avec des femmes et des hommes. Mathieu se sent déboussolé par la réussite de sa femme et l’inertie de sa carrière. Christian, lui, a toujours une vie sentimentale mouvementée. Leurs mensonges et autres petites cachotteries vont, une nouvelle fois, venir bouleverser cet équilibre déjà précaire…

Durée : 1h43

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Critique

Donner une suite à la comédie Les 3 p’tits cochons, immense succès populaire en 2007 loin d’être volé, était un pari risqué. Il est malheureusement perdu. Non seulement ce numéro 2 ne soutient pas la comparaison avec son prédécesseur, ce qui en soi est dommageable mais pas éliminatoire, mais il est aussi (surtout) un film qui a sacrifié le vulgaire (assumé) sur l’autel du beauf (involontaire) et n’apporte fondamentalement rien de nouveau. Les 3 p’tits cochons 2 laisse en effet la désagréable impression que Rémi, Mathieu et Christian n’ont pas évolué, tombant exactement dans les mêmes pièges, succombant aux mêmes tentations et révélant les mêmes défauts.

La structure du film étant une redite de celle du premier, le récit est sagement balisé et la surprise automatiquement désarmée. Pire l’écriture grossière enlève toute bonhommie à ses personnages et, de fait, toute possibilité d’empathie de la part du spectateur. Reste la dynamique à vide du trio formé par l’immature (Guillaume Lemay-Thivierge), le beauf (Patrice Robitaille) et le cachottier (Paul Doucet), tous partageant cette même inclination pour le mensonge et cette obsession sans maîtrise pour le sexe. Une obsession qui aurait pu être fructueuse dramatiquement si elle n’était pas constamment traduite par un humour en-dessous de la ceinture franchement grossier et un sexisme parfois beauf.

Heureusement dans ce film rendu trop long par son faux rythme incompréhensible, tout n’est pas à jeter. Quand il se fait plus amer, plus mélancolique, quand il place ses personnages devant les vraies conséquences de leurs actes, il puise ses vraies ressources émotionnelles. Mais ces scènes sont trop rares et leurs secousses trop fugaces. Dans ce registre émotionnel, ce second volet fait pâle figure à côté du premier. Les scènes intimistes avec la mère mourante y ramenaient les trois personnages à leur condition de fils, laissant tomber toutes leurs protections et cherchant un réconfort simple, avaient une véritable dimension sensible simple et sans arrière-pensée. La faillite de ce numéro 2 n’en est que plus criante avec cette scène phare de l’anniversaire de la mort de la mère. Ce moment culminant, sur le papier destinée à l’émotion de la réconciliation, se résume à une scène bâclée, trop vite balancée. Les différends entre les frères, pourtant particulièrement importants, n’y sont pas résolus. Comble du comble : les dialogues y sont tout bonnement masqués par la musique larmoyante ! Comme si le film se brûlait les doigts dès que l’émotion lourde se pointait…

Sans vrai discours, sans innovation non plus, Les 3 p’tits cochons 2 se résume à une comédie graveleuse et poussiéreuse. Dommage, trois fois dommage.

Note : 1 sur 5

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Date de sortie : 1er juillet 2016

Budget : 6 millions de dollars

Box office : 306 399 spectateurs

Disponible en DVD

Hochelaga, Terre des Âmes : en avant-première à Montréal

La première mondiale du film Hochelaga, Terre des Âmes, réalisé par François Girard, aura bien lieu à Montréal. Deux projections très spéciales, organisées dans le cadre des festivités pour le 375ème anniversaire de la ville, sont organisées le 6 septembre.

La première projection débutera à 19h au Cinéma Impérial et sera ouverte au grand public. La seconde, plus médiatique, commencera à 19h30 au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. L’équipe du film sera présente aux deux événements pour lancer les festivités cinématographiques.

=> Plus d’infos sur le site officiel du 375ème anniversaire de Montréal

Le synopsis du film : Une tempête de pluie s’abat sur Montréal, provoquant un spectaculaire affaissement de terrain au stade Percival Molson pendant un match de football. La partie est interrompue. En quelques heures, le stade devient un site archéologique protégé et des siècles d’histoire se révèlent sous nos pieds. L’archéologue mohawk Baptiste Asigny entreprend des fouilles qui le mènent à la découverte des multiples générations qui ont occupé ce lieu et de leurs secrets enfouis. Baptiste est dès lors déterminé à trouver ce qu’il cherche depuis toujours : la trace du village d’Hochelaga, là où ses ancêtres iroquoïens reçurent Jacques Cartier en octobre 1535.

Après cette présentation montréalaise, le film de François Girard sera projeté lors du Toronto International Film Festival (TIFF), organisé du 7 au 17 septembre.

Interview – Louis Morissette: « J’adore détester mon personnage de Plan B »

Rencontre avec l’acteur, producteur et scénariste (entre autres) Louis Morissette, la star de la série Plan B, diffusée sur la plateforme Series Plus…

Affiche - Copyright KO TVAu-delà du postulat de science-fiction, la série est avant tout l’histoire d’un couple en crise…

Je ne suis pas particulièrement fan de science-fiction. Les choses qui me touchent généralement à la télévision ou au cinéma ont un traitement assez réaliste. Il faut que les questionnements du personnage aient un écho en moi, dans ma vie. C’est aussi pour cela que l’histoire de ce couple me parlait. On a tous en nous cette question : « Et si je pouvais changer quelque chose, reprendre une phrase… ? » Est-ce que ce serait différent ? Oui. Est-ce que ce serait mieux ? Pas nécessairement.

Le film « Le Mirage » de Ricardo Trogi, que vous aviez co-écrit et dans lequel vous jouiez, était déjà centré sur un personnage en crise existentielle…

80% des fictions qui tournent autour d’un personnage en remise en question ! Je n’invente rien. Le Mirage est centré sur un personnage arrivant à la quarantaine et qui regarde autour de lui en se disant « Tout ça pour ça… » Plan B est fondé sur un protagoniste plus jeune, qui construit quelque chose, qui veut, qui cherche cette espèce de contrôle absolu sur sa destinée, son emploi, sa vie de couple, le bonheur de sa famille… A jongler avec toutes ces balles, il y en a toujours une qui finit par s’échapper. L’un est dans l’analyse, l’autre davantage dans la construction de sa vie. Dans Plan B, l’introspection vient beaucoup plus tard dans la saison. Il y a des similitudes mais pour moi c’est avant tout un hasard. La réflexion est profondément différente.

« Plan B » est un projet au long cours. Il y a eu 8 ans de développement…

Il existe une multitude de raisons créatives à ce délai. Mais la principale, c’est que certains décideurs ont manqué un petit peu de courage. On a souvent entendu cet argument : « C’est trop compliqué, les gens ne suivront pas… » De notre côté, on a toujours pensé que le public était assez intelligent ! La télévision devient de moins en moins un médium pour essayer des choses. Je ne sais pas si cela est lié aux impératifs financiers, si c’est cela qui mène vers cette aseptisation. Mais en ce qui concerne Plan B, je pense qu’il y a eu un manque de courage et de vision.

La télévision devient de moins en moins un médium pour essayer des choses.

Et pourtant vous êtes une personnalité très connue au Québec, susceptible de débloquer des projets sur votre nom…

Le fait que ma notoriété ait grandi au fil des années a justement permis au projet de ses réaliser. C’est peut-être cela qui a fait, au final, que le projet a vu le jour. C’est dire…

Parce que le procédé de science-fiction est explicité très simplement, il n’en devient qu’un prétexte pour révéler les personnages…

Le premier épisode permet d’installer cette convention de science-fiction. Dans les 5 suivants, elle devient plus secondaire, juste un outil du vrai drame. On voulait en effet faire en sorte que la série ne s’arrête jamais sur ce gimmick mais se recentre plutôt sur les personnages. Plan B, c’est une quête des émotions. L’idée, c’était aussi de rapidement créer cette connivence entre le personnage principal et le téléspectateur afin que cette relation grandisse au fil des 6 épisodes et au final surprenne. Dès lors, les actes odieux qu’il commet dans le tout dernier épisode n’en ont que plus de force et deviennent même vertigineux parce que le téléspectateur, au fond, comprend la réaction de Philippe. Même moi, je le déteste. Et j’adore ça ! J’adore le détester dans la toute dernière image de la série. (rires)

Ce que dit la série, c’est que l’on peut contrôler les événements mais pas sa nature. De là provient la noirceur de « Plan B »…

C’est sombre ou lucide ? Peut-être vaut-il mieux négocier avec tout le trouble qui nous tombe dessus plutôt que d’essayer de l’éviter ou de le changer. Il faut l’affronter, c’est la meilleure façon de passer au travers.

Peut-être vaut-il mieux négocier avec tout le trouble qui nous tombe dessus plutôt que d’essayer de l’éviter ou de le changer.

Du décalage entre l’omniscience de votre personnage, qui décide de revivre certains moments de sa vie pour les changer, et les autres qui, eux, vivent dans le présent naît une relation déséquilibrée… et très tordue.

C’était aussi un des grands défis d’écriture. D’autant que la série a dans un premier temps été développé pour un format de 12 épisodes. Passer à 6 chapitres ne consiste pas simplement à enlever des éléments. Supprimer un épisode chamboule tout car une seule décision de mon personnage impacte tous les autres personnages. Il a fallu tout réécrire de fond en comble.

Dans le premier épisode, il y a une réplique démontrant toute la sobriété de l’écriture et l’efficacité qui en découle. Au réveil, le personnage de Magalie Lépine Blondeau répond à Philippe après une de ses remarques : « Cela ne me dérange plus ». Ce « plus » montre à quel point ce couple s’est délité au fil des ans…

C’est vrai. Et c’est d’autant plus émouvant que ce couple est tout jeune. Personnellement je trouve que beaucoup de couples devraient juste accepter qu’ils ne sont plus faits pour être ensemble, ne plus croire qu’il faut réussir à tout prix. Il faut se défaire de cette notion d’échec social. La génération de nos parents vivait avec cette pression. Il fallait rester marié, avoir des enfants… bref : il y avait un cheminement considéré comme obligatoire. Or ce n’est pas une obligation. Mais on se retrouve parfois dans une sorte d’engrenage. Mon personnage pourrait tout essayer, sa femme n’est d’une certaine façon déjà plus là. Peu importe le nombre de fois qu’il essaiera de revenir dans le passé, il se trouvera toujours un événement pour les faire trébucher.

Pour votre personnage, sa manière de corriger les événements est aussi une façon de manipuler son entourage. Il révèle une profonde perversion que la série assume pleinement…

Plutôt que d’améliorer son quotidien, Philippe tente de contrôler sa vie, son entourage, le monde autour de lui. Il devient un monstre de contrôle. Pour bien faire fondamentalement… mais cet élan d’altruisme devient au final son pire ennemi.

Philippe, mon personnage dans Plan B tente de contrôler sa vie, son entourage, le monde autour de lui. Il devient un monstre de contrôle.

Dans l’émission humoristique « Et si », il y avait déjà d’une certaine manière l’idée de « refaire » le monde. Vous décaliez notre société très légèrement pour la réinventer…

J’ai commencé mon métier en étant comédien de stand up. Depuis toujours, j’essaie de déconstruire certaines conceptions, certains comportements acquis. Et cela me plaît. J’essaie de toujours questionner les raisonnements selon lesquels telle ou telle chose devrait être faite de telle manière. Actuellement je travaille sur une autre série intitulée Les Simone, écrite principalement par Kim Lévesque-Lizotte. Et elle amène à réfléchir sur ses propres comportements. On se dit qu’on ne sera jamais macho jusqu’au jour où on réalise que certains comportements ou remarques… On réalise qu’on est d’une certaine manière un peu programmé, qu’inconsciemment on considère les femmes comme les filets de sécurité et les hommes comme des chasseurs. Mais c’est le propre de tout créateur selon moi : ils se confrontent à l’ordre établi.

La série « Mes P’tits malheurs », dont vous étiez le narrateur, était une série racontant l’enfance, le passé. Vous êtes obsédé par le temps qui passe…

Oui ! (rires) C’est bien vrai tout cela ! Cette raconte l’enfance de l’auteur Jean-François Léger, qui est un ami depuis 15 ans. On est de la même génération, on a donc vécu d’une certaine manière la même enfance. Mais je ne l’aurais peut-être pas écrite de la même manière. Je n’aime en réalité pas trop revisiter mon passé, mon enfance.

Magalie Lepine Blondeau et Louis Morissette 2 - Copyright KO TV
Magalie Lépine Blondeau
etdans « Plan B »Depuis la présentation de « Plan B » au Festival Séries Mania, on parle d’acquisition et d’adaptation de la série…

Je sors justement d’une réunion où on a évoqué 2-3 gros dossiers à ce sujet. 2 gros français souhaitent en faire l’adaptation, même chose pour le Canada anglophone. On parle aussi d’une distribution aux Etats-Unis. Ça avance, ça avance doucement. Mais je ne suis pas pressé, je veux garder une forme de contrôle sur l’adaptation. Dans le passé, Jean-François et moi avons eu des expériences plus ou moins poussives avec des adaptations où les gens partaient avec de bonnes intentions mais quand les textes nous revenaient, c’était complètement différent. De fait, on aimerait que les autres pays restent très proches de notre écriture et de notre format. Et je veux rester producteur de cela. On est dans la négociation. C’est sûr que si Plan B avait été diffusée il y a 2 ou 3 ans, je serais plus flexible sur les conditions d’adaptation.

En France, la visibilité des séries québécoises est assez pauvre. Soit elles sont adaptées, soit elles sont rares, soit elles ne sont pas diffusées…

Souvent l’adaptation concerne le format de la comédie. Je peux comprendre parce que la comédie est quelque chose de profondément culturel et nous, Québécois, avons peut-être une façon un peu régionale d’écrire notre comédie. Plan B est un drame psychologique. Je ne comprendrais pas qu’un auteur ou un producteur français me dise qu’il doive complètement réécrire la série.

Propos recueillis par Thomas Destouches le 8 mai 2017