Critique film : C’est le cœur qui meurt en dernier, d’Alexis Durand-Brault (2017)

C_est_le_coeur_qui_meurt_en_dernier.jpgRéalisation : Alexis Durand-Brault

Scénaristes : Gabriel Sabourin et Robert Lalonde

Distribution : Gabriel Sabourin, Denise Filiatrault, Paul Doucet, Céline Bonnier, Sophie Lorain, Isabelle Blais…

Synopsis : Julien Lapierre vient de publier son premier livre. Une autobiographie racontant sa jeunesse, sa relation avec sa mère, un secret terrible lié à son père. C’est à ce moment précis que sa mère renoue contact avec lui, sans savoir ce que son fils a écrit. Placée dans une institution, atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle lui demande une faveur : l’aider à partir…

Durée : 1h43

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Critique

Adapté du récit autobiographique de Robert Lalonde, C’est le cœur qui meurt en dernier est un film riche de ses thématiques. Les secrets de famille, la fin de vie, la transmission, le souvenir… Cette richesse est traitée avec une délicatesse visuelle, émotionnelle ou dramatique, parfois déconcertante mais au final fructueuse.

La force du film provient en effet de sa retenue. Suspendant ses dialogues quand le risque de surlignage émotionnel pointe, ne s’attardant jamais plus que de raison sur un visage sur le point de ruisseler, il ne verse à aucun moment dans le mélodrame insistant. Une finesse qui se retrouve heureusement dans la trame musicale tissée par Cœur de Pirate, qui va chercher délicatement les sentiments sans les exagérer, cueillant le spectateur sans jamais le guider. Cette dimension non spectaculaire du récit peut de prime abord frustrer l’implication mais elle se révèle, au fil d’un film aussi court que précis, à la fois son meilleur allié et paradoxalement une formidable grenade d’émotions.  C’est dans le silence inconscient ou intentionnel, dans le regard perdu, dans la réplique sans retour que se crée progressivement cette poche de douleur limpide et calme, logée doucement auprès du cœur, explosant délicatement au fil du dernier plan, magnifique.

Magnifique, tel est l’adjectif à utiliser pour chacun des comédiens. Rare sur les écrans depuis trop longtemps, la « mythique » Denise Filiatrault manie avec finesse dureté et légèreté, faisant subitement surgir la comédie – et ce film n’en est salutairement pas dénué – exposant le vertige du drame en une simple ligne de dialogue. Face à elle, Gabriel Sabourin joue avec sobriété et tact le mutisme oral quand l’écrit a fait son œuvre, le dérèglement émotionnel inversement proportionnel à la reconnaissance, le dilemme  intime et non pas moral face à cette demande impossible provenant de sa mère. Une double épreuve forcément douloureuse et donc libératrice, nécessaire et vitale pour le spectateur. Il existe dans ce film ce petit miracle de l’interstice du non-dit, du non-joué, du non-montré dans lequel s’immisce toute la beauté et la puissance du propos, sans en atténuer la profondeur. Cette économie du geste émotionnel peut décontenancer, mais elle est en réalité la trace indélébile du souvenir de l’amour.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 14 avril 2017

Budget : 4,9 millions de dollars

Box office : 98 109 spectateurs

Disponible en DVD

 

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Une réflexion sur “Critique film : C’est le cœur qui meurt en dernier, d’Alexis Durand-Brault (2017)

  1. Je suis très d’accord avec cette critique. « C’est le cœur qui meurt en dernier » est l’exemple parfait du film où le talent du réalisateur fait toute la différence, un véritable tour de force. J’aurais accordé un 5/5.

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