Yan England : son top 5 des films québécois

Réalisateur de l’intense 1:54, Yan England a composé son top 5 (ou plutôt son top 6 !) de ses films québécois. Une sélection accompagnée de ses quelques mots : « Chaque histoire m’a envoûté par ses images, ses acteurs, et la vision du réalisateur et tous ses choix artistiques. Et bien sûr, l’émotion (rire, larme, tension, etc…) est toujours au rendez-vous dans chacun. »

=> Lire l’interview de Yan England

1Mommy, de Xavier Dolan (2014)

Synopsis : Une veuve monoparentale hérite de la garde de son fils, un adolescent explosif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide de l’énigmatique voisine d’en-face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir. (Source : Eléphant Cinéma)

 

 

2Incendies, de Denis Villeneuve (2010)

Synopsis : Lorsque le notaire Lebel (Rémy Girard) fait à Jeanne et Simon Marwan (Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette) la lecture du testament de leur mère Nawal (Lubna Azabal), les jumeaux sont sidérés de se voir remettre deux enveloppes, l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l’autre à un frère dont ils ignoraient l’existence. Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de Nawal, enfermée dans un mutisme inexpliqué lors des dernières semaines avant sa mort. Elle décide immédiatement de partir au Moyen-Orient exhumer le passé de cette famille dont elle ne sait presque rien… Simon, lui, n’a que faire des caprices posthumes de cette mère qui s’est toujours montrée distante et avare d’affection. Mais son amour pour sa soeur le poussera bientôt à rejoindre Jeanne et à sillonner avec elle le pays de leurs ancêtres sur la piste d’une Nawal bien loin de la mère qu’ils ont connue. Épaulés par le notaire Lebel, les jumeaux remonteront le fil de l’histoire de celle qui leur a donné la vie, découvrant un destin tragique marqué au fer rouge par la guerre et la haine… et le courage d’une femme exceptionnelle (Source : Eléphant Cinéma)

3Le violon rouge, de François Girard (1998)

Synopsis : De L’Italie du XVIIe siècle jusqu’au Montréal d’aujourd’hui, en passant par l’Autriche, la Chine et la Grande-Bretagne, nous suivons les pérégrinations d’un superbe violon rouge qui va passer d’un propriétaire à l’autre au fil des siècles. (Source : Elephant Cinéma)

 

 

4

Les Invasions barbares, de Denys Arcand (2003)

Synopsis : À peine parvenu à la cinquantaine, Rémy apprend qu’il est atteint d’un mal incurable. Son ex-femme appelle leur fils à son chevet et prévient famille et entourage. L’heure du bilan a sonné. Denys Arcand aborde, comme dans le Déclin de l’empire américain, des thématiques qui exigent un début de maturité. (Source : ONF)

 

 

5C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée (2005)

Synopsis : Une chronique familiale dans les années 70 au Québec et plus particulièrement la relation entre un père et son fils qui n’arrivent pas à se comprendre…

 

 

 

6Mémoires affectives, de Francis Leclerc (2004)

Synopsis : Souffrant d’amnésie à la suite d’un accident, un homme tente de reprendre le cours de sa vie. Mais les bribes de souvenirs qui lui reviennent ne correspondent pas à ce que lui racontent ses proches. (Source : Eléphant Cinéma)

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Remerciements chaleureux à Yan England

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Interview – Yan England : « 1:54 ouvre un dialogue entre les enfants et leurs parents »

Après son beau succès populaire au Québec, le poignant et touchant 1:54 sort en salles en France ce mercredi 15 mars. Rencontre avec son réalisateur passionné Yan England…

547-product1:54 montre très bien que, désormais, le phénomène du harcèlement ne s’arrête pas aux portes de la maison. Il est omniprésent, à portée de téléphone et d’ordinateur…

Le harcèlement a toujours existé. Les grands-parents qui viennent voir le film m’en parlent. Ce qui a changé effectivement, c’est qu’il était auparavant plus circonscrit à l’école. Aujourd’hui il nous suit dans la poche arrière. La première chose que l’on fait le matin, c’est de jeter un œil au portable. Le harcèlement, c’est la loi du silence : « Si j’en parle, cela va être pire, donc je n’en parle pas… » Les adultes se disent qu’ils sont capables de voir les choses mais quand leur enfant reçoit un texto, ils ne savent pas forcément ce qu’il contient. Toute la difficulté aujourd’hui est là, même si ce décalage a toujours existé. Le lycée est une micro-société. On y passe un temps fou, beaucoup plus qu’à la maison. On veut s’y intégrer, y être « comme les autres ». Au lycée, la différence fait de toi une cible, alors qu’à la fac on veut et on peut plus facilement assumer ses différences. Je connais bien cette réalité parce que je côtoie beaucoup de jeunes à travers les émissions que je fais au Québec ou les films que je fais, et parce que je suis également entraîneur de natation. J’ai toujours gardé un lien avec des jeunes. Ils me posent des questions et je parle beaucoup avec eux. C’est aussi grâce à cela que j’ai réussi à conserver une vérité dans le film.

J’ai réussi à conserver une vérité dans le film.

La prise de risque est totale avec cette fin laquelle, sans la révéler, est forcément sujette à controverse. Cela a sans doute été compliqué de la conserver telle quelle…

Je voulais montrer jusqu’où les choses peuvent aller. Fort heureusement cela ne finit pas toujours ainsi. Le film, c’est 3 ans d’écriture. Bien évidemment il y a eu beaucoup de questionnements. Les gens ont suggéré plutôt ceci ou plutôt cela… Mais mes productrices m’ont soutenu et la fin est toujours restée intacte. Cela crée un choc, une surprise. Beaucoup d’étudiants de collège et du lycée m’ont dit qu’ils en étaient « contents », non pas parce qu’ils sont heureux de ce dénouement mais parce qu’il est sincère. Et c’est très bien ainsi parce que souvent les adultes ont tendance à penser que c’est trop dur. Mais les jeunes sont capables de vivre les choses, de supporter ces émotions. L’adolescence est un moment de la vie où le ressenti est total. Les adultes tempèrent beaucoup plus, ils ont la maturité. La première peine d’amour, c’est la fin de tout, parce que l’on vit intensément. Au Festival d’Angoulême, le film a reçu le Prix du jury étudiants. C’était une belle récompense, parce qu’elle soulignait qu’on avait réussi un film juste jusqu’au bout. Mais je suis conscient que certains spectateurs peuvent en sortir outrés, tout comme ils peuvent être choqués de la violence des commentaires que Tim lit sous la fameuse vidéo le concernant. Ils ne peuvent ou ne veulent pas croire que cela puisse exister. Et ils sont d’autant plus étonnés lorsqu’ils apprennent que je n’ai pas moi-même « écrit » ces commentaires. Je suis allé directement les prendre sur Internet en changeant simplement les noms.

1_54 photo 297 -crédit Bertrand Calmeau

La scène la plus touchante, pour moi, est celle du père au chevet de Tim. Il le rassure sur son amour inconditionnel pour lui…

Cela montre bien que le film n’est pas uniquement destiné aux adolescents. Il s’adresse à tout le monde. Le film étant toujours du point de vue de Tim, beaucoup de parents prennent conscience de certaines choses. La plus belle récompense du film tient au fait qu’il ouvre un dialogue. Plusieurs ados sont retournés le voir avec leur famille. Un père me racontait d’ailleurs que, sur le trajet en voiture en revenant du cinéma, son fils lui avait avoué que ce que le film racontait était très proche de ce que lui-même vivait. A l’inverse, des parents sont allés voir 1:54 avec leurs enfants pour ouvrir le dialogue avec eux par la suite. Même si Tim reçoit le soutien et l’amour de beaucoup de gens, sa trajectoire montre qu’il ne faut jamais abandonner, parce qu’on ne sait pas tout.

Antoine-Olivier Pilon a toujours été votre premier choix pour Tim. Pourquoi ?

Mommy est un grand film de Xavier Dolan et Antoine y livre une performance formidable. Il crie, il s’exprime de manière extravertie… Dans 1:54, on voit un tout autre comédien, dans un rôle beaucoup plus mutique. Comme il dit, en terme de dialogues, cela a été son film le plus facile à apprendre (rires) mais le plus difficile émotionnellement. J’ai rencontré Antoine lors de la sortie d’un film intitulé Les Pee-Wee 3D. J’animais une émission durant laquelle il allait faire un saut à l’élastique du haut de la plus haute plateforme en Amérique du Nord au profit d’Amnesty International. Je parle avec lui en bas et je découvre un garçon réservé, timide. Je poursuis l’entrevue sur la plateforme et là il se tient droit, il a les yeux déterminés, prêt à sauter… Je découvre un autre mec ! A cette époque, l’histoire de 1:54 mijotait en moi et j’ai compris qu’il était mon Tim. Ensuite, tout au long des 3 années d’écriture, j’avais toujours Antoine en tête. Toutes les scènes que je pouvais écrire, je savais qu’il allait les faire et que cela allait être vrai. Je n’avais aucun doute. Quand j’ai enfin terminé le scénario, il était la première personne que j’ai approché. Je lui ai envoyé le scénario, on s’est rencontré, il m’a posé des questions et m’a dit qu’il avait besoin de prendre une semaine pour réfléchir. Il se demandait si, à 17 ans, il était prêt à interpréter tout cela. J’ai trouvé cette réaction d’une grande maturité. Lorsqu’Antoine se lance, il se lance pleinement. Une semaine après, il m’a dit qu’il était partant. A la première projection du film sa mère me racontait qu’Antoine était Tim tout au long du tournage. Il rentrait du plateau et s’enfermait dans sa chambre sans parler à personne. Ses parents ont eu un peu peur ! (rires)

Tout au long des 3 années d’écriture, j’avais toujours Antoine-Olivier Pilon en tête.

Robert Naylor, qui était formidable dans le 10 1/2 de Podz, est à nouveau impressionnant dans ce film. Surtout l’empreinte que laisse son personnage de Francis est importante…

Il est d’une authenticité… Il compose un personnage avec un regard honnête envers tous les sentiments. Tous les comédiens ont eu un dévouement incroyable envers le film. Sur le tournage, je leur demandais de s’appeler par les prénoms de leurs personnages. Ils n’avaient pas le droit de briser cette barrière. Antoine et Lou-Pascal Tremblay (ndlr : qui incarne Jeff, l’antagoniste principal de Tim) sont deux grands potes dans la vie, et ils n’avaient pas le droit pendant les 23 jours de tournage de se voir en dehors.

On ne révélera pas la fin mais le silence lorsque le générique démarre provoque un effet étonnant. Comme si vous souhaitiez que nous retenions notre souffle…

Lorsqu’un film se termine, on déclenche généralement la musique. Là, je voulais que la fin résonne un peu plus longtemps, au-delà, avec le spectateur. A ce moment-là, le film ne m’appartient plus. Toute cette histoire est racontée du point de vue de Tim. Il est de toutes les scènes, à l’exception de deux… dans lesquelles on parle de lui. Je voulais qu’on reste constamment à ses côtés, qu’on vive avec lui tout au long du récit. C’est aussi pour cela d’ailleurs que je voulais créer un sentiment d’immersion totale avec l’ambiance sonore et la musique. On a beaucoup travaillé le son à l’école par exemple. C’est la beauté du cinéma, on peut mettre le spectateur en plein centre de ce décor. Et à travers la musique, on voulait créer une progression pour suivre Tim dans toute la complexité de sa situation. Il ne faut pas non plus oublier les battements de cœur, présents tout au long du film et, à travers cela, la récurrence du temps, le chronomètre…

Je voulais créer un sentiment d’immersion totale avec l’ambiance sonore et la musique.

Charlie Chaplin et Steven Spielberg sont deux figures de cinéma importantes pour vous…

Je suis comédien depuis l’âge de 8 ans. En primaire, une institutrice me demande si je connais Chaplin. Je réponds que non. Elle me demande alors d’écrire une petite dissertation sur lui pour en apprendre un peu plus. J’ai fait les recherches et je suis tombé à la renverse. Réalisateur, scénariste, comédien, compositeur… Je ne me comparerai jamais à ce génie qui a fait des films tous différents les uns des autres qui, par des émotions, font réfléchir. Et ses œuvres sont encore valables aujourd’hui, il suffit de regarder Le Dictateur ou Les Temps modernes. Chaplin est mon idole. Le cinéma m’a toujours passionné mais c’est lui qui m’a fait comprendre que je pouvais aussi faire des films. Et puis il y a Spielberg. Il a fondé mon imagination à travers ses films, ses points de vue, sa façon de raconter les choses. Quand je suis nommé aux Oscars pour le court-métrage Henry en 2013, mon rêve c’est de le rencontrer pour le remercier. Après la cérémonie de récompense, je me rends à la soirée où sont réunis tous les nommés. Je le cherche, je le cherche… et je le vois en pleine discussion avec Daniel Day Lewis. Je ne veux pas les interrompre donc je me poste quelques mètres en retrait. Leur discussion se termine et je file dans sa direction. Je l’interpelle et là il me regarde. On discute alors 5 bonnes minutes. On parle de mon court-métrage, de ses films… Et à la toute fin, il me dit : « D’accord, maintenant va faire des films. » C’est la plus grande phrase que quelqu’un m’ait jamais dite. Le message est simple. Le lendemain matin, même si l’histoire de 1:54 trotte dans ma tête depuis un long moment, je me mets à l’écriture.

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Antoine-Olivier Pilon et Yan England sur le tournage de « 1:54 »

Propos recueillis par Thomas Destouches à Paris le 6 mars 2017

Remerciements à Yan England et Rachel Bouillon

Synopsis du film : « 1.54, c’est le chrono que doit atteindre Tim sur 800 mètres, s’il veut participer aux championnats. Mais à 16 ans, Tim a d’autres combats à mener… »

Box office 2016 des films québécois

En 2007, le premier volet de la comédie Les 3 P’tits Cochons avait attiré près de 580 000 spectateurs. Près de 10 ans plus tard, désormais repris en main par le réalisateur Jean-François Pouliot, le second en rassemble un peu plus de 300 000. Un demi-succès ? Oui et non. La comédie réunit certes beaucoup moins de spectateurs dans les salles québécoises mais elle glane la première place de la production locale au box office. Et elle confirme la popularité du comédien Guillaume Lemay -Thivierge, présent au casting de 2 films du Top 10 (Les 3 P’tits Cochons 2 et Nitro Rush… deux suites !). A noter la très belle 3ème place de 1:54, le bouleversant film du jeune réalisateur Yan England… qui attire 40 000 spectateurs de plus que l’expérimenté (mais pas moins jeune) Xavier Dolan pour son adaptation de Juste la fin du monde. En 2014, son Mommy était le plus gros succès québécois avec plus de 370 000 spectateurs.

Voici ci-dessous le top 20 des plus grands succès de cette année 2016 au Québec :

  1. Les 3 P’Tits Cochons 2 : 306 399 entrées
  2. Votez Bougon : 270 390
  3. 1:54 : 127 296
  4. Juste la fin du monde : 87 204
  5. Les Mauvaises herbes : 60 862
  6. Chasse-galerie : 59 036
  7. Nitro Rush : 55 843
  8. 9 le film : 17 850
  9. King Dave : 15 917
  10. Embrasse-moi comme tu m’aimes : 14 246
  11. Two Lovers and a Bear : 8 640
  12. Avant les rues : 5 591
  13. Endorphine : 5 046
  14. Le Pacte des anges : 4 865
  15. Mon ami Dino : 4 352
  16. Pays : 3 909
  17. Montréal la Blanche : 2 986
  18. L’Origine des espèces : 2 279
  19. Boris sans Béatrice : 2 084
  20. Là où Atilla passe : 2 066

La bande-annonce de « Les 3 P’tits Cochons 2 » :

Vincent Biron : son top 5 des films québécois

Réalisateur de Prank, Vincent Biron a établi son top 5 de ses films québécois préférés…

=> Lire l’interview de Vincent Biron

jesusJésus de Montréal, de Denys Arcand (1989)

Commentaire de Vincent Biron : « Un prof nous l’avait montré au secondaire. C’est le premier film québécois qui m’a fait triper et qui m’a donné l’idée que moi aussi je pourrais faire du cinéma. »

Synopsis : Séduit à l’idée de mettre en scène une version moderne de la Passion et d’incarner le personnage de Jésus, Daniel part à la recherche d’acteurs prêts à tout quitter pour le suivre… Se superpose au récit du Christ un discours sur la société de consommation, la création de l’univers et le sens de la vie. (source : Eléphant Cinéma)

leoloLéolo, de Jean-Claude Lauzon (1992)

Commentaire de Vincent Biron : « Lauzon, c’est la grande tragédie du cinéma québécois. S’il n’était pas mort tragiquement, il aurait pu être Xavier Dolan bien avant Xavier Dolan ! Un zoo la nuit c’était déjà très beau. Léolo, c’est d’une splendeur. Qu’aurait-il fait après ? Il était dans un cinéma très construit, très narratif, très fictionnel, avec des envolées lyriques et poétiques. »

Synopsis : Le récit de l’enfance de Léo Lauzon au sein d’une famille marquée par la pauvreté et la maladie mentale. Particulièrement doué pour l’écriture, le jeune garçon narre ses premiers fantasmes, les errements de ses parents et son amour naissant pour la belle Bianca…

=> Lire la critique

a-louest-de-plutonÀ l’ouest de Pluton, de Myriam Verreault et Henry Bernadet (2008)

Commentaire de Vincent Biron : « Même si cela ne l’a pas été de façon consciente, ce film nous a aidé pour Prank. Si un film québécois a dessiné l’adolescence de façon juste, qui s’attardait à en montrer le côté banal aussi, c’est celui-là. »

Synopsis : Ce chassé-croisé qui mêle humour et drame suit l’existence d’une dizaine d’adolescents de la banlieue pendant 24 heures. Joué par des jeunes de 15 et 16 ans, À l’ouest de Pluton plonge avec un réalisme troublant au cœur de l’adolescence, cette étrange et intense période où chacun tente d’exister parmi les autres.

pourPour la suite du monde, de Pierre Perrault, Michel Brault et Marcel Carrière (1963)

Commentaire de Vincent Biron : « Un film d’une incroyable beauté, d’une sensibilité tellement touchante. Il parle de nous, de nos racines… »

Synopsis : Documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. (source : ONF)

antoineMon oncle Antoine, de Claude Jutra (1971)

Commentaire de Vincent Biron : « Puissant, vrai, une parfaite alliance de forme et de fond qui transcende les failles de son auteurs. Un film qui m’a profondément marqué. »

Synopsis : A Black Lake, petit village minier niché au fin fond du Québec, la vie s’écoule durement. Le magasin d’Antoine est le principal lieu de la communauté : on y trouve de tout, surtout de la compagnie. A la veille de Noël, Antoine est appelé pour récupérer le corps d’un jeune garçon décédé plus tôt. Il part en pleine tempête de neige, accompagné de son neveu Benoît…

=> Lire la critique

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Propos recueillis par Thomas Destouches les 26 et 27 février 2017

Interview – Vincent Biron : « Avec Prank, on rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque ! »

Réalisateur et directeur photographie, Vincent Biron a tapé très fort avec Prank, son premier long métrage présenté aux festivals de Toronto et Venise. Rencontre avec un jeune cinéaste revendiquant une cinéphilie variée…

=> Lire la critique de Prank

PRANK

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© Le Girafon / Art & Essai / Romance Polanski

Prank est un Teen Movie sur des adolescents qui ne sont ni formidables, ni brillants, ni particulièrement drôles. Est-ce cela qui le rend finalement plus « universel » ?

Je pense effectivement que c’est l’idée. J’en parlais justement hier lors d’une projection du film aux Rendez-Vous du Cinéma Québécois. Avec les scénaristes, on voulait montrer l’ordinaire chez les adolescents. On a parfois tendance à dramatiser l’adolescence, peut-être particulièrement au Québec, et à la rendre ainsi exceptionnelle. Les scénaristes et moi avons vécu à l’opposé une adolescence somme toute normale. On voulait mettre ça à l’écran, parce qu’on pensait qu’il y avait justement un potentiel dramatique sans tomber dans des thématiques trop lourdingues.

C’est aussi un récit d’apprentissage de l’adolescence, un âge ni magnifié ni déprécié, un âge littéralement ingrat, avec tout ce que cela de haut et de bas. Et, paradoxalement, c’est ce qui le rend beau, qui fait qu’il touche juste. C’est en ne le rendant pas héroïque qu’on rend justice à l’adolescence ?

On rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque ! (rires)  Personnellement, je suis un très grand fan de Ratcatcher (ndlr : film de Lynne Ramsay) et de Kids (ndlr: de Larry Clark). Mais je ne veux pas monter en dogme ma façon de faire et je n’avais pas vu de film comme celui-là au Québec, où on montrait l’adolescence pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une période charnière pendant laquelle on passe la majeure partie du temps à glander ! (rires) J’avais envie de le montrer.

On rend justice à tous ceux qui n’ont pas eu une adolescence héroïque !

Concernant les influences dans Prank, je ressens fortement celle de John Hughes…

Je suis vraiment content d’entendre ça ! Au Québec, la cinéphilie pointue a parfois un rapport assez difficile avec le cinéma américain. Il peut être regardé de haut. Les gens me parlent ainsi assez rarement de John Hughes, alors que l’influence est bien là.

Il y a donc du John Hughes, mais aussi du Judd Apatow et Jackass…

Étonnamment peut-être, moins Jackass. Bien évidemment je connais le format et j’ai vu quelques épisodes, sans être pour autant fan. L’idée des pranks vient en fait d’amis qui m’ont demandé de filmer leurs blagues un 1er avril. Je me suis renseigné sur Internet à propos de ce qui se faisait. Je me suis alors rendu compte que c’était bien plus élaboré que ce qu’on faisait à l’époque. L’influence de Judd Apatow vient d’abord de mes collaborateurs et amis. C’est un cinéaste que j’apprécie beaucoup, aussi pour sa gestion des dialogues, pour cette comédie de mots. Il y a quelques années, j’avais vu un court-métrage qu’un de mes co-scénaristes avait écrit qui avait vraiment ce ton-là, avec notamment un dialogue rapide et brillant. J’étais allé les voir pour leur dire que je voulais travailler avec eux. Mon amitié avec Eric K. Boulianne est née à ce moment-là, et elle dure depuis 7 ans. Quand j’ai décidé de faire Prank, j’ai approché mes amis qui ont tous un peu ces mêmes influences. Enfin, en ce qui concerne John Hughes, on est tous fans. On ne l’a pas forcément fait consciemment. Eric avait donné une copie de Ferris Bueller à Etienne Galloy, le comédien principal. Et c’est devenu son film préféré. Il y a quelque temps, Etienne a réalisé un court-métrage et m’a demandé d’être derrière la caméra. On tournait dans un chalet et un soir on a regardé Ferris Bueller. J’ai réalisé alors à quel point il y avait des parallèles entre ce film et Prank. Mais cela s’est fait de manière totalement inconsciente. On aime tellement Ferris Bueller qu’il fait désormais partie de notre ADN.

On aime tellement Ferris Bueller qu’il fait désormais partie de notre ADN.

D’autres influences à chercher dans Prank et dans votre cinéma ?

afficheTous les scénaristes et moi sommes des cinéphiles boulimiques. On voit beaucoup de films dans beaucoup de genres. On rit de Béla Tarr dans le film, mais je l’aime et c’est amusant de s’en moquer un peu, même si Les Harmonies Werckmeister est une sublime expérience de cinéma. Je suis également un grand fan de Wes Anderson, cela apparaît dans quelques compositions je pense. Je pense aussi à Todd Solondz… Quand je faisais des courts-métrages, il était une très grande influence. Quand on écrit, on ne pense pas nécessairement à nos influences. Mais si on fait le travail à l’envers, on s’aperçoit qu’on a beaucoup de goûts variés et qu’on n’est pas des snobs. On aime autant les séries B que les grands classiques. Le film le revendique pour nous.

Quels sont les films qui ont marqué votre adolescence ?

A l’adolescence, j’ai découvert les films plus sérieux. Quand je suis tombé sur Fellini, j’ai pris conscience que c’était peut-être cela que je voulais faire. Solondz a été une grande découverte, comme je le disais, Kevin Smith également. J’ai compris que cela pouvait également être « ça » le film d’auteur. Même si je ne suis plus aussi admiratif de ses derniers films, à l’époque c’était une révélation.

Prank n’est ni une comédie, ni un drame, ni une comédie dramatique… C’est un film qui semble assumer ses moments de comédie autant que ses moments de drame, assumer aussi ses ruptures de ton. Et il y en a des ruptures. Ce côté brut, parfois déconcertant, était quelque chose que vous recherchiez ?

Quand je suis allé voir mes camarades avec l’idée du film, j’avais l’histoire générale, une description des personnages, le désir de montrer l’humour un peu niaiseux parfois des adolescents, l’envie d’opposer la vie des jeunes et celle des adultes de façon très détachée, d’avoir une rupture à cet endroit… Mais cette rupture d’une certaine manière est née du processus de fabrication. On sait que c’est dur de faire un film avec peu de moyens. Le budget de Prank c’est 10 000 dollars. Quand tu pars avec cela, tu écris beaucoup autour du paradigme de tournage. C’est la meilleure méthode.

C’était volontaire de faire Prank avec si peu de moyens.

Un budget de 10 000 dollars, c’est rien… C’est un moteur autant qu’une libération ?

C’était volontaire de le faire avec si peu. Parfois les gens pensent qu’on a essayé d’avoir des sous sans y arriver. Je suis également directeur de la photographie et je sais qu’une équipe de tournage c’est merveilleux mais aussi potentiellement un frein créatif. Et un budget un peu plus conséquent, c’est aussi paradoxalement se buter constamment contre le manque de moyens, contre les limites. J’ai décidé de me passer de ces limites. L’équipe de tournage de Prank, c’est 3 personnes. Mais c’était conçu ainsi dès l’écriture, on pouvait contourner les limites dès ce stade-là. A l’origine, le personnage de Stefie devait déféquer du haut d’un viaduc surplombant une autoroute. Mais en l’état, c’était impossible à tourner. Il a fallu trouver autre chose et c’est à ce moment-là qu’on a appris qu’un des comédiens avait une Porsche. C’est encore mieux s’il chie sur une Porsche ! C’est socialement subversif ! (rires) A partir du moment où tu assumes pleinement le paradigme de tournage, tu peux t’en servir comme tremplin et avoir du fun avec.

Le film a été présenté à Toronto et à Venise. C’est drôle de présenter un film comme Prank dans ces institutions, non ?

Oui ! (rires) Toronto, avec sa programmation tellement vaste, un peu moins que Venise. J’ai un historique avec Toronto, j’y ai présenté tous mes courts-métrages. J’ai même gagné le prix en 2010 avec Les fleurs de l’âge. Je me doutais donc un peu qu’on allait se retrouver à Toronto, mais Venise a été une surprise totale, surtout que le film a été retenu à la Semaine de la Critique. Avoir l’approbation d’une institution comme celle-ci… Un des autres films programmé était celui d’un jeune philippin protégé de Lav Diaz ! C’était dingue d’être dans la même programmation qu’un protégé de Diaz ! (rires) On revendique une cinéphilie très élargie et variée. Or je pense qu’il y a deux courants dans la cinéphilie. Certains veulent conserver un cinéma très « pur » et « exclusif ». La meilleure blague que l’on pouvait faire à ces gens-là était de voir Prank dans une telle programmation. Cela revient à dire finalement que le cinéma, c’est Béla Tarr mais c’est aussi des films comme ça !

CARRIÈRE

Vous avez réalisé 7 courts métrages avant de passer au long. Il était temps de le faire ?

Cette question commence à me tanner ! Au Québec, le court-métrage est considéré comme une « école » par laquelle on doit passer avant de pouvoir faire un long. L’idée derrière Prank, c’était aussi d’arrêter de penser comme cela. Xavier Dolan a totalement échappé à cela en passant directement au long ! J’ai des projets avec la SODEC (ndlr: Société de développement des entreprises culturelles) pour des films un peu plus conventionnels et avec un peu plus de moyens. Mais il ne fait pas toujours suivre ce que les institutions et les parcours veulent nous imposer. Il n’y a pas de mauvais chemin pour faire un film. Peut-être aurais-je dû faire Prank plus tôt et revenir ensuite au court-métrage. C’est comme si les critiques littéraires avaient dit à Raymond Carver qu’il fallait passer au roman après toutes ses nouvelles. Le court comme le long sont deux médiums différents.

En tant que directeur de la photographie, vous avez notamment collaboré avec Denis Côté sur Bestiaire. Le film est très singulier, parfois très dérangeant. Que retenez-vous de cette expérience ? Et de votre collaboration avec Côté ?

1Je fais beaucoup plus de fictions que de documentaires mais Denis Côté a une telle notoriété que ce film me « poursuit » ! (rires) Dans beaucoup de descriptions de Prank, on me présente comme « le directeur photo de Bestiaire ». J’étais jeune à l’époque et Denis cherchait un directeur photo talentueux et surtout disponible. Et quand Denis Côté te demande de travailler avec lui… Pour moi, c’était comme entrer dans la cinématographie. Denis est un érudit du cinéma, un « moine du cinéma ». Il n’y a pas de vie en dehors ! (rires) C’est enrichissant de travailler avec une telle personne. Quand j’évoquais les deux franges de la cinéphilie… Denis fait partie des puristes. Quelquefois j’étais brusqué par sa vision ! Mais cela a surtout débouché sur beaucoup de discussions intéressantes et m’a fait réfléchir à ma propre conception du cinéma. Travailler sur Bestiaire m’a vraiment fait évoluer. Pour en revenir strictement au film, Denis n’est pas tant dans ce qui fait une belle image mais ce qui la rend intéressante. Bien évidemment il se révèle beau et esthétique, mais en réalité on ne tournait pas tant que quelque chose d’intéressant ne surgisse.

Quelle est la suite pour vous ?

Je travaille beaucoup en tant que directeur photo en ce moment, notamment sur le premier long métrage de Matthew Rankin, un cinéaste de Winnipeg, qui serait une sorte de Norman McLaren sous acide ou un nouveau Guy Maddin. Il a une approche très singulière. Par ailleurs, j’ai beaucoup de projets. J’adapte une pièce de Simon Boulerice, intitulée Pig. Je développe en long mon court-métrage Une idée de grandeur, car j’ai le sentiment de ne pas avoir tout dit de cette histoire. Et puis avec la bande de Prank, on a un autre projet. Maintenant qu’on a fait un film fauché, on aimerait en faire un autre avec tout ce qu’on a appris. On a une vraie expertise sur comment faire un film avec peu de moyens. Il faut vraiment développer pleins de projets parce qu’il y a tellement de choses qui peuvent aller mal. En plus j’ai un processus d’écriture relativement lent donc si je ne veux pas faire un film tous les 8 ans…

CINÉMA QUÉBÉCOIS

Quelques réalisateurs québécois s’installent avec succès à Hollywood (Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve…) ou s’imposent dans le monde (Xavier Dolan). Comment expliquez-vous ce succès des réalisateurs québécois ?

Xavier Dolan est en train de dominer le monde entier ! (rires) Pour répondre à la question, je ne sais pas ! Peut-être que les Américains nous trouvent tout bonnement efficaces. On a l’habitude de livrer des films qui ont l’air beaucoup plus chers qu’ils n’ont effectivement couté. Le peu de moyens que nous avons nous rend très habiles.

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Propos recueillis par Thomas Destouches le 26 février 2017

Remerciements chaleureux à Vincent Biron

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