Critique court métrage : Vaysha, l’aveugle, de Theodore Ushev (2016)

affich_48834_1Réalisation : Theodore Ushev

Scénario : Theodore Ushev, d’après l’œuvre de Géorgui Gospodinov

Voix : Caroline Dhavernas

Synopsis : Vaysha n’est pas une jeune fille comme les autres, elle est née avec un œil vert et l’autre marron. Ses yeux vairons ne sont pas l’unique caractéristique de son regard. Elle ne voit que le passé de l’œil gauche et le futur de l’œil droit. Véritable sortilège, sa vision scindée l’empêche de vivre au présent.

Durée : 8 minutes

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Critique

Dans Les Journaux de Lipsett, Theodore Ushev utilisait l’image cinématographique comme réflecteur de la psyché d’un artiste. Vaysha, l’aveugle se révèle moins chimérique, plus sensoriel et toujours d’une beauté étrange. Le réalisateur traite  l’image comme une matière. Il taille dedans, il la rabote, il la grave, il la creuse, telle une linogravure, dont le procédé est une source d’inspiration visuelle. Chaque image semble porter le sillon de la main, prodiguant au film une sensation à la fois d’instantanéité et d’intemporalité.

Adapté du poème de l’auteur bulgare Géorgui Gospodinov, le film réussit à esquisser joliment l’infortune touchant Vaysha, petite fille dont l’œil gauche voit le passé et le droit le futur, tout en suggérant les incroyables ramifications qu’une telle malédiction engendre. L’efficacité du récit est saisissante et fait de Vaysha, sans doute, une des œuvres les plus directes et les plus accessibles d’Ushev.

Une œuvre conçue comme une fable sur l’incapacité à vivre pleinement l’instant présent. Visualisant le passé comme le futur depuis sa naissance, Vaysha ne souffre d’aucune forme de nostalgie, pas plus qu’elle ne redoute le futur. De ce changement de perspective intime naît une autre peur : celle de ne pas voir, vivre, ressentir ou même toucher le présent. Une peur qu’Ushev souhaite exorciser chez le spectateur en l’invectivant directement, en lui demandant de « voir comme Vaysha » afin de mieux voir par lui-même le présent.

Vaysha, l’aveugle est d’une beauté brute, primitive et rauque. D’une beauté indélébile.

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 15 février 2016 (Festival International de Berlin)

Vaysha, l’aveugle est nommé dans la catégorie Meilleur court métrage aux Oscars 2017

=> Rendez-vous sur le site de l’ONF

=> Lire le magnifique billet de Jozef Siroka sur Ushev

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