Critique film : Bestiaire, de Denis Côté (2012)

1Conception et réalisation: Denis Côté

Produit par Denis Coté et Sylvain Corbeil

Synopsis :

Durée : 1h12

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Critique

Non, Bestiaire n’est pas un documentaire animalier. Ou alors il s’agit du pire documentaire animalier jamais réalisé. Ni un film militant pour la cause animale ou une exploitation sentimentaliste de nos amis les bêtes.

Bestiaire est une expérience formelle, sonore, contemplative et sensorielle. Un non documentaire sur les animaux tout en étant une vraie réflexion sur le regard et le geste de montrer. Cette clé de lecture est d’ailleurs exposée clairement dans la première scène. Le réalisateur Denis Côté filme d’abord les yeux de jeunes peintres face à leurs toiles, ou cachés partiellement par elles, scrutant hors champ l’objet de leur étude : une bête empaillée. Ce même regard, on le retrouve à de multiples reprises au fil du documentaire, avec ces animaux osant fixer la caméra, défiant le spectateur qui se sent alors… observé, presque étudié, à son tour.

Qui observe qui ? Là est une des (nombreuses) programmatiques de ce Bestiaire.

Et pour matérialiser ce miroir filmique, Denis Côté joue avec le cadre, ou plutôt dans son cadre, toujours parfaitement fixe. Il décadre ou obstrue le champ de vision, obligeant le spectateur à regarder différemment ou l’animal à se révéler autrement. En multipliant les lignes géométriques et les cadres dans le cadre, il ne se contente pas d’apporter perspective et dynamisme visuel, il libère justement le cadre et crée les conditions d’un hors champ tellement crucial dans l’expérience Bestiaire. Et si les motifs visuels de l’enfermement et la présence quasi constante de la grille sont là pour créer un sentiment de claustration, Côté, une fois encore, joue avec notre regard. Les humains donnent parfois l’impression d’être eux-mêmes derrière la grille, massés dans un tunnel de verre pour observer un lion dormant tranquillement à l’air libre, enfouis (ironie de l’histoire) dans des costumes d’animaux, encastrés dans des voitures roulant à file indienne…

Au-delà de la beauté graphique extatique de Bestiaire, l’expérience sensorielle naît aussi (surtout ?) du traitement du son. Parfois lointain (essentiellement lorsqu’il concerne les humains et leurs interactions), parfois rugissant (certaines séquences sont volontairement à la limite du supportable), le son se joue sur des ruptures nettes et, poussant le spectateur à tendre l’oreille ou à se les couvrir, créant un intrigant déséquilibre. Mais ce montage sonore, purement fictionnel, réussit à insuffler un sentiment de menace envers ces animaux et une vraie angoisse chez le spectateur. Comme dans cette séquence où on ne fait qu’entrevoir les pattes de zèbres que l’on imagine apeurés derrière des murs trop étroits. La cacophonie de chocs contre les cloisons met K.O…. et le silence soudain qui s’ensuit soulage. On ressort de Bestiaire, non pas dans un état de transe mais de choc. Claudiquant. A la fois cabossé et fasciné.

Que cherche à nous dire Denis Côté ? Là n’est, au fond, pas la question. Il filme, confronte le regard, obture l’image et recrée le son pour nous faire vivre une expérience au-delà du cadre. Son Bestiaire transcende ce « simple » geste de montrer.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 6 avril 2012

Box office : 488 spectateurs

Budget : 50 000 dollars

Disponible en DVD

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