Critique film : Camion, de Rafaël Ouellet (2012)

camion_ouelletRéalisation et scénario : Rafaël Ouellet

Distribution : Julien Poulin, Stéphane Breton, Patrice Dubois, Noémie Godin-Vigneau, Jacob Tierney…

Synopsis : Chauffeur routier depuis 45 ans, Germain tue accidentellement une femme au volant de son camion. Rongé par la culpabilité et prostré chez lui, il reçoit la visite de ses deux fils, Samuel et Alain. L’espace de quelques jours, ces derniers vont tenter de lui apporter soutien et réconfort. Et ces trois hommes meurtris par la vie vont se redécouvrir simplement…

Durée : 1h34

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Critique

Le minimalisme atteint parfois une puissance que bien des effets ne provoqueront jamais. Telle est une des leçons de ce Camion. Le metteur en scène Rafaël Ouellet privilégie le dépouillement (de la mise en scène, des dialogues, d’effusions…) et livre un film écorché, où les émotions n’ont pas besoin d’être formulées : elles sont des blessures saillantes à la surface de la pellicule.

Présentés séparément, via des séquences au montage alterné parfaitement dosé, Germain et ses deux fils Alain et Samuel sont trois êtres accidentés (par la vie, la route, l’amour…), distants les uns des autres sans pour autant être devenus des étrangers. Et là résident d’ailleurs la force de suggestion de l’écriture de Rafaël Ouellet et la justesse de l’interprétation des 3 comédiens principaux : lorsque le film débute, ces trois êtres existent déjà pleinement. Le spectateur les prend en route, avec leurs manques, leurs façons spécifiques d’attaquer ou de détourner les mots, leurs évitements, leurs façons d’appréhender l’espace. Et pendant un peu plus d’une heure et demie, Camion va imperceptiblement les (ré)unir sans jamais colmater totalement leurs fêlures. De ce rapprochement qui ne dit jamais vraiment son nom, naît une sorte de mélancolie joyeuse.

Pour son épilogue, Ouellet cloisonne à nouveau Germain, Alain et Samuel. Mais si au début du film leurs regards étaient absents et leurs épaules tombantes, désormais des sourires se dessinent légèrement au coin des lèvres et leurs yeux se lèvent de concert vers le ciel enneigé. Sans bruit ni fureur, le lien les unissant a retrouvé un peu de sens pour chacun en même temps qu’il en a sans doute redonné à tous. Un bonheur simple et contagieux,  que l’on pressent aussi fragile, comme un bout d’espoir lancé à travers l’écran. Là réside la puissance de ce Camion, qui se libère sereinement sur l’écran.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 17 août 2012

Box office : 15 078 spectateurs

Budget : 1,4 million de dollars

Disponible en DVD

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