Chloé Robichaud : son top 5 des films québécois

Auteur du formidable Sarah préfère la course (Lire la critique), la jeune réalisatrice Chloé Robichaud livre ses 5 films québécois préférés…

 

3Le Déclin de l’empire américain, de Denys Arcand (1986)

Commentaire de Chloé Robichaud : « J’aime ce film de tout mon cœur, surtout pour la force de ses dialogues. Tout, ou presque, se passe autour d’une table et on ne s’ennuie jamais. Un tour de force. »

Synopsis : Sur fond de campagne, quatre hommes, professeurs à la faculté d’histoire, préparent un repas gastronomique… et parlent des femmes. Sur fond de ville, quatre femmes, amies ou compagnes de ces hommes, s’entraînent à la musculation esthétique… et parlent des hommes. (Source : Eléphant Cinéma)

 

1Les Invasions barbares, de Denys Arcand (2003)

Commentaire de Chloé Robichaud : « C’est intelligent. Son propos social est fort. C’est à la fois amusant et touchant, plein d’humanité. Les acteurs y sont brillants. Une grande œuvre. »

Synopsis : À peine parvenu à la cinquantaine, Rémy apprend qu’il est atteint d’un mal incurable. Son ex-femme appelle leur fils à son chevet et prévient famille et entourage. L’heure du bilan a sonné. Denys Arcand aborde, comme dans le Déclin de l’empire américain, des thématiques qui exigent un début de maturité. (Source : ONF)

 

5Emporte-moi, de Léa Pool (1999)

Commentaire de Chloé Robichaud : « D’une immense beauté et vérité. Un film révélateur pour moi, que j’ai vu à un moment clé de ma jeune adolescence. Je pense que c’était la première fois que je prenais conscience que je regardais un film québécois réalisé par une femme. Léa Pool aura été pour moi une grande inspiration à poursuivre mon rêve. »

Synopsis : Au début des années 60, à l’aube de la Révolution Tranquille au Québec, le parcours d’Hanna, une jeune fille de 13 ans qui se cherche. Elle va trouver certaines réponses dans un film de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie, et dans sa comédienne principale, Anna Karina…

 

4Réjeanne Padovani, de Denys Arcand (1973)

Commentaire de Chloé Robichaud : « Le cinéma de Denys Arcand me plait, sans doute pour son regard politique et social. J’ai écouté ce film plusieurs fois dans les dernières années et tout ce qu’il dépeint, est encore très actuel. »

Synopsis : À la veille de l’inauguration d’une autoroute, un entrepreneur mafieux reçoit des amis, dont le ministre de la Voirie et le maire de la ville. Par ailleurs plane l’ombre de sa femme Réjeanne. (Source : Eléphant Cinéma)

 

2C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée (2005)

Commentaire de Chloé Robichaud : « Une œuvre riche, en images, en couleurs, en musique, en son. Une mise en scène autant soignée qu’éclatée. »

Synopsis : Une chronique familiale dans les années 70 au Québec et plus particulièrement la relation entre un père et son fils qui n’arrivent pas à se comprendre…

 

Propos recueillis par Thomas Destouches

Critique film : Bestiaire, de Denis Côté (2012)

1Conception et réalisation: Denis Côté

Produit par Denis Coté et Sylvain Corbeil

Synopsis :

Durée : 1h12

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Critique

Non, Bestiaire n’est pas un documentaire animalier. Ou alors il s’agit du pire documentaire animalier jamais réalisé. Ni un film militant pour la cause animale ou une exploitation sentimentaliste de nos amis les bêtes.

Bestiaire est une expérience formelle, sonore, contemplative et sensorielle. Un non documentaire sur les animaux tout en étant une vraie réflexion sur le regard et le geste de montrer. Cette clé de lecture est d’ailleurs exposée clairement dans la première scène. Le réalisateur Denis Côté filme d’abord les yeux de jeunes peintres face à leurs toiles, ou cachés partiellement par elles, scrutant hors champ l’objet de leur étude : une bête empaillée. Ce même regard, on le retrouve à de multiples reprises au fil du documentaire, avec ces animaux osant fixer la caméra, défiant le spectateur qui se sent alors… observé, presque étudié, à son tour.

Qui observe qui ? Là est une des (nombreuses) programmatiques de ce Bestiaire.

Et pour matérialiser ce miroir filmique, Denis Côté joue avec le cadre, ou plutôt dans son cadre, toujours parfaitement fixe. Il décadre ou obstrue le champ de vision, obligeant le spectateur à regarder différemment ou l’animal à se révéler autrement. En multipliant les lignes géométriques et les cadres dans le cadre, il ne se contente pas d’apporter perspective et dynamisme visuel, il libère justement le cadre et crée les conditions d’un hors champ tellement crucial dans l’expérience Bestiaire. Et si les motifs visuels de l’enfermement et la présence quasi constante de la grille sont là pour créer un sentiment de claustration, Côté, une fois encore, joue avec notre regard. Les humains donnent parfois l’impression d’être eux-mêmes derrière la grille, massés dans un tunnel de verre pour observer un lion dormant tranquillement à l’air libre, enfouis (ironie de l’histoire) dans des costumes d’animaux, encastrés dans des voitures roulant à file indienne…

Au-delà de la beauté graphique extatique de Bestiaire, l’expérience sensorielle naît aussi (surtout ?) du traitement du son. Parfois lointain (essentiellement lorsqu’il concerne les humains et leurs interactions), parfois rugissant (certaines séquences sont volontairement à la limite du supportable), le son se joue sur des ruptures nettes et, poussant le spectateur à tendre l’oreille ou à se les couvrir, créant un intrigant déséquilibre. Mais ce montage sonore, purement fictionnel, réussit à insuffler un sentiment de menace envers ces animaux et une vraie angoisse chez le spectateur. Comme dans cette séquence où on ne fait qu’entrevoir les pattes de zèbres que l’on imagine apeurés derrière des murs trop étroits. La cacophonie de chocs contre les cloisons met K.O…. et le silence soudain qui s’ensuit soulage. On ressort de Bestiaire, non pas dans un état de transe mais de choc. Claudiquant. A la fois cabossé et fasciné.

Que cherche à nous dire Denis Côté ? Là n’est, au fond, pas la question. Il filme, confronte le regard, obture l’image et recrée le son pour nous faire vivre une expérience au-delà du cadre. Son Bestiaire transcende ce « simple » geste de montrer.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 6 avril 2012

Box office : 488 spectateurs

Budget : 50 000 dollars

Disponible en DVD

Critique film : La vie après le cirque, de Viveka Melki (2015)

1Réalisation : Viveka Melki

Scénario : Michael Allcock

Produit par Tortuga Films

Synopsis : Durant des décennies, nous nous sommes amusés­ au Cirque, oubliant nos soucis le temps d’une soirée. Mais peu d’entre-nous n’avons songés­ à ce que pouvait devenir ces artistes une fois leur carrière terminée. Ce film pose un regard unique sur des individus vivant dans la « capitale mondiale du cirque », la ville de Sarasota, en Floride ; une communauté « tissée serrée » avec des valeurs enracinées, qui semblent presque être d’une autre époque. Avec humour et sympathie, ces personnages plus grands que nature sont déterminés à se soutenir mutuellement à travers les épreuves, en particulier au moment où ils en ont le plus besoin : à la fin de leur carrière en tant qu’artiste de cirque… Alors que le temps est venu de quitter le ring, La vie après le cirque dépeint la réalité de ces artistes, dans le contexte d’un cirque en changement, au moment où ils songent à faire la transition vers une retraite à l’ombre des projecteurs.

Durée : 1h18

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Critique

Des souvenirs jaunis, de la mélancolie permanente, des corps fatigués, de la détresse parfois et des sourires aussi… mais si peu. Le portrait que dresse la réalisatrice Viveka Melki de ces vieilles gloires du cirque est sombre, trop morose même pour ne pas provoquer des émotions certes sincères mais intrinsèquement contaminées par le désespoir. A trop jouer sur une tonalité grave, le documentaire en vient parfois à tutoyer une monotonie problématique. Là réside d’ailleurs une des plus grandes faillites du film. En privilégiant la succession de portraits, tous individuellement touchants, au détriment du fil dramatique fort que constitue le spectacle final du Cirque de Sarasota, il se révèle incapable de monter en puissance émotionnellement.

Clairement tourmentée par la thématique du souvenir et de sa transmission, la réalisatrice en oublie peut-être que cette mémoire peut être déclamée par une voix moins sépulcrale, surtout lorsque l’univers en question – le cirque – est aussi affaire de paillettes, de joie et de dépassement. Et c’est d’ailleurs ce que révèle paradoxalement la légère, et trop brève, séquence entre Dolly Jacobs, légende du cirque aérien, et la jeune fille de 18 ans, rêvant des mêmes hauteurs que son idole…

Car il y a néanmoins une vraie tendresse dans le regard de Viveka Melki pour ces artistes, au fond desquels on sent encore intacte cette passion pour le cirque. Et une douceur dans sa manière de montrer et de mettre en scène ces corps meurtris, où sont gravés les exploits passés, qui luttent encore ou qui veulent retrouver, ne serait-ce qu’une seconde, leur souplesse d’antan. Et si le corps lâche peu à peu, l’esprit du cirque se révèle, lui, inaltérable au fil des rencontres. Et là se niche sans doute une des plus belles réflexions du documentaire : si nous sommes constamment entourés d’images spectaculaires et « surhumaines », le cirque, avec ses athlètes à taille humaine et ses effets pratiques, n’en demeure pas moins une expérience magique.

Hélas une fois que le projecteur du chapiteau de La vie après le cirque s’éteint sur tous ces formidables artistes, c’est un sentiment persistant et logique de tristesse qui subsiste…

Note : 2 sur 5

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Le documentaire est présenté au Festival Sunny Side of the Doc de la Rochelle en 2016.

Critique film : God Save Justin Trudeau, de Guylaine Maroist et Eric Ruel (2015)

GODSAVEJUSTINTRUDEAU_AFFICHE_V1Réalisation et scénario : Guylaine Maroist et Eric Ruel

Productions de la ruelle

Synopsis : En mars 2012, alors jeune député de Papineau pour le Parti Libéral, Justin Trudeau, fils de l’ex Premier Ministre Pierre Elliott Trudeau, participe à un match de boxe caritatif l’opposant à Patrick Brazeau, alors Sénateur du Parti Conservateur. Ce duel dépasse bien vite les cordes du ring et devient un affrontement médiatique entre deux conceptions du pays. Mais il marque surtout la naissance du phénomène politique Justin Trudeau, élu Premier Ministre du Canada trois ans plus tard…

Durée : 1h21

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Critique

Au moment où le documentaire débute, le Parti Libéral du Canada est au plus bas, devenu seulement le 3ème mouvement politique du pays. Ce contexte est loin d’être un détail car, rétrospectivement, ce combat contre le Conservateur Patrick Brazeau constitue précisément une étape cruciale dans l’avènement futur de Justin Trudeau, alors « simple député ». Ne nous le cachons pas : si God Save Justin Trudeau raconte la genèse d’un combat de boxe de charité, il s’agit en réalité d’un duel symbolique. Et la politique, pour le pire ou pour le meilleur, est affaire de symboles.

Lucide sur ses actes et ses effets, conscient qu’il lui faut créer une image politique personnelle pour se dégager de l’ombre de son illustre père, Trudeau sait déjà que ce combat contre un Conservateur aux faux airs caritatifs est une étape dans sa marche en avant et, comble du comble sans doute, dans sa quête de crédibilité. A plusieurs reprises d’ailleurs, le film montre à quel point les électeurs sont en réalité des téléspectateurs et relève le surréalisme de cette situation. Un basculement médiatique total s’est opéré dans notre système politique actuel. Parfois empruntées aux films ou à l’imaginaire sportif justement, les punchlines et les images ont désormais une influence disproportionnée et ont perverti le débat. Les politiques ne sont plus seulement des « Hommes » mais aussi (surtout ?) des bêtes médiatiques. Et le film de Guylaine Maroist et Eric Ruel est précisément un documentaire sur l’art de la politique. Et à ce petit jeu, l’inexpérience politique apparente de Trudeau cache en réalité une maitrise totale de la communication et du marketing. Le simple fait d’avoir accepté de participer à ce documentaire et d’être mis en scène quasiment comme un comédien en est d’ailleurs la preuve la plus évidente. S’agit-il aussi de la marque d’un cynisme froid ? Le documentaire ne semble pas vouloir prendre parti, peut-être aussi, sans prendre position idéologique, pour laisser la porte ouverte à l’espoir… S’il y a bien une fascination des réalisateurs pour cet animal médiatique ayant totalement compris ce qu’est la politique au 21ème siècle, le film est heureusement dépourvu d’une admiration aveugle.

Et si vous ne connaissez pas l’issue de ce combat de boxe, qui peut rappeler par certains côtés, le contexte politico-historique en moins, l’affrontement entre Rocky Balboa et Ivan Drago dans Rocky 4 (si si…), God Save Justin Trudeau n’oublie pas de doser le suspense et la tension. Mais, encore une fois, son issue est ailleurs : c’est un homme politique post moderne et parfaitement lucide sur ce qu’il est, qui sort du ring…

God Save Justin Trudeau est présenté ce lundi 20 juin 2016 lors du festival Sunny Side of the Doc de La Rochelle.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 16 avril 2015

Disponible en DVD

 

Critique court métrage : Les journaux de Lipsett, de Theodore Ushev (2010)

5750800836a1331c88d2754732ebf6c9Réalisation : Theodore Ushev

Scénario : Chris Robinson

Narration : Jarvis Robinson Neall, Samuel Jacques, Xavier Dolan (narrateur)

Synopsis : Une descente dans le maelström des angoisses d’Arthur Lipsett, célèbre cinéaste expérimental canadien, mort à 49 ans. Journal intime transfiguré en bombardement d’images et de sons, exploration d’une prodigieuse frénésie créatrice, tableau illustrant la chute vertigineuse d’un artiste dans la dépression et la folie…

Durée : 14 minutes

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Critique

Court métrage expérimental, plus proche du collage visuel et sonore que d’un film d’animation, Les Journaux de Lipsett est une énigme… qu’il ne faut surtout pas tenter de déchiffrer.

Le cinéaste Theodore Ushev et son scénariste Chris Robinson, qui ont eu accès à des notes griffonnées par le regretté Arthur Lipsett, ne donnent aucune clé de compréhension. Ils projettent, interprètent, trahissent sûrement aussi, les démons, les obsessions et les contradictions de ce  génial cinéaste et prodige du montage (admiré par Stanley Kubrick et George Lucas), qui s’est ôté la vie à 49 ans, gangréné par des problèmes psychologiques. Et c’est en déstructurant le montage, en multipliant les ruptures de rythme, en enchevêtrant les cadres, en arrimant des mots à l’écran tout en faisant résonner d’autres, qu’ils font perdre leurs repères aux spectateurs pour mieux leur faire traverser les limbes de Lipsett.

Les Journaux de Lipsett est un trip. Une expérience animée. Une incursion cinématographique de la psyché.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : Octobre 2010

En 2011, Les Journaux de Lipsett a reçu le Jutra du Meilleur court métrage d’animation.

=> Rendez-vous sur le site de l’ONF

Interview – Chloé Robichaud : « Toute ma vie, j’ai écrit, filmé, raconté »

Avec Sarah préfère la course, présenté à Cannes en 2013 en section Un Certain Regard, Chloé Robichaud livre une première œuvre… déjà magistrale. Rencontre avec la réalisatrice, qui peaufine actuellement son 2ème film : Pays.

=> Lire la critique de « Sarah préfère la course »

A PROPOS DE « SARAH PREFERE LA COURSE »

Serait-il trop « évident » ou « faux  » de mettre en parallèle l’obsession absolue de Sarah pour la course avec la vôtre pour le cinéma ?

Bien que le personnage demeure un personnage de fiction, et que nous ne partageons pas nécessairement toutes les mêmes expériences de vie ou traits de personnalité, Sarah et moi avons des points en commun. Une grande part d’inconscient s’insère dans le processus d’écriture et ce n’est qu’avec le recul que je constate, oui, à quel point le film parle de mon obsession pour le cinéma, ou plutôt pour les histoires. Toute ma vie, j’ai écrit, filmé, raconté, à petite ou grande échelle. Parfois, je l’ai fait comme une fuite, pour m’évader de mes réels sentiments, entre autres à l’époque de mon adolescence où l’idée d’être homosexuelle m’effrayait. Parfois, c’était ma façon de me sentir en contrôle de mon destin. C’est pareil pour Sarah, et son rapport avec la course. Aujourd’hui, j’ai pris en maturité et je me connais beaucoup mieux. Je dirais maintenant que le cinéma m’offre beaucoup de liberté, je me sens choyée de pouvoir toucher les autres par les histoires et c’est aussi sans doute ma façon de transcender le passé.

Sarah n’intellectualise pas, et n’arrive même pas à verbaliser cette obsession. Au-delà de l’activité physique, c’était donc au corps de prendre le relais de cette expression et de ses émotions profondes, n’est-ce pas ?

Sarah n’a pas encore appris à écouter ses sentiments, sans doute parce qu’elle a très peur des conclusions qu’elle pourrait en tirer. Sarah communique ainsi par le corps, par l’activité physique. Les mots deviennent alors futiles. Le silence, dans la vie, est toujours si évocateur quand on prend le temps de l’écouter. Je me suis ainsi donnée comme défi, avec ce film, de parler avec le corps, les silences, les regards. On vit l’intériorité de Sarah à travers ses yeux. Il suffit d’être attentif et Sarah nous en dira beaucoup plus que si elle avait parlé pendant 90 minutes sans s’arrêter.

Je me suis ainsi donnée comme défi, avec ce film, de parler avec le corps, les silences, les regards.

De la même manière que Sarah ne montre pas ses émotions, elle a un rapport « difficile » avec son corps, ou plutôt avec le fait de le montrer (elle se change dans les toilettes, elle n’enlève pas son soutien-gorge pendant la scène de sexe…) et même de toucher (les nombreux plans où elle évite de toucher le sol directement avec sa peau en gardant ses chaussettes…). Pourquoi Sarah a un rapport aussi compliqué avec l’ »extérieur » et son exposition ? Est-ce qu’elle envisage cette exposition comme un risque de se dévoiler ?

Oui, Sarah a peur de se dévoiler aux autres, mais surtout à elle-même. Elle s’éveille tranquillement aux questions identitaires. C’est pourquoi, par exemple, elle ne regarde que les nuques des jeunes femmes nues dans les douches des vestiaires. Elle est pudique parce qu’elle n’est pas à l’aise avec sa propre sexualité. Elle se cherche aussi en tant que femme… Car qu’est-ce qu’être une femme ? Elle ne s’identifie pas aux codes sociaux, elle doit apprendre à se définir au-delà des normes. Je pense que son mal être s’explique beaucoup par cet inconfort face aux stéréotypes. Il peut être si ardu de se définir, quand rien ne semble nous correspondre. C’est un peu comme si tout était à faire. Certains, comme Sarah, se réfugie donc à l’intérieur d’eux-mêmes, seul endroit où ils peuvent se sentir en sécurité face au monde extérieur.

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Hélène Florent et Sophie Desmarais dans « Sarah préfère la course » – © Aramis Films

S’il y a bien une scène de sexe avec Antoine, elle est quasiment dénuée de sensualité ou de tendresse. Elle est abordée presque d’un point de vue « pratique ». La seule scène où on sent une certaine forme de vraie sensualité émanant ou plutôt touchant Sarah est celle où elle se trouve dans la chambre de sa collègue. Ce trouble ou cette indécision était-il une part importante de la définition en creux de Sarah ?

Le film aborde différentes questions identitaires, et la question de l’orientation sexuelle en est une. Sarah est touchée par l’humanité et la sensibilité d’Antoine. Elle cherche à se comprendre, à décoder ses sentiments, en faisant l’amour avec lui. Rapidement, on comprend, tout comme elle, qu’elle n’y prend pas le plaisir espéré.

Le film aborde différentes questions identitaires, et la question de l’orientation sexuelle en est une.

Micheline Lanctôt, l’ »immense » Micheline Lanctôt devrais-je dire, joue le rôle de la coach de Sarah dans le film. Cette comédienne et réalisatrice a également joué un rôle déterminant dans votre formation de cinéaste. Quel est-il ?

J’ai eu le privilège d’avoir Micheline comme professeure à Concordia pendant une année. Elle m’a enseignée la direction d’acteurs. J’ai fait la rencontre d’une femme d’exception, qui n’a pas peur de ses opinions, qui prend sa place sans attendre qu’on la lui montre. Elle est d’une grande authenticité. J’aime sa force. Elle m’inspire beaucoup. Et en hommage à ce qu’elle est, pour le cinéma québécois, les réalisatrices et pour moi-même, j’ai envie de lui faire une place dans chacun de mes projets cinématographiques. Je dirais même que c’est une entente non-écrite entre nous deux !

Le film est parcouru de nombreuses formules que l’on peut retrouver dans les « fortune cookies » des restaurants asiatiques. Ce sont des clés pour comprendre le film, mais aussi des inspirations soufflées au spectateur. A ce titre, le dernier message est, à mon sens, capital : « La réponse n’est pas dans le biscuit ». Est-ce que l’on peut le comprendre comme le fait que c’est à Sarah de se prendre en mains, d’assumer pleinement ses choix… de dépasser la caméra et de continuer sa course comme dans le dernier plan ?

Moi-même, j’aimerais croire au destin, aux signes, parce qu’il serait plus facile d’accepter ce qui nous arrive, comme si nous ne pouvions, de toute façon, rien y faire. La vérité, c’est qu’il y a des conséquences à nos actes et que nous sommes bien souvent maîtres de nos actions. Sarah prend la décision de courir, peu importe le prix à payer. Ce n’est pas un biscuit qui va lui dire quoi faire. La réponse, la bonne, est en elle-même. À la fin, elle accepte enfin de s’écouter elle, de suivre son propre chemin. Certains trouvent d’ailleurs la fin plutôt pessimiste, alors que pour moi, elle est pleine d’espoir. Sarah fait maintenant des choix conscients.

A PROPOS DE « PAYS »

Racontez-nous de quoi va parler le film…

Le film aborde, entre autre, la conciliation travail-famille, en suivant le parcours de trois femmes. L’une est une jeune députée canadienne nouvellement élue (Nathalie Doummar), une autre est médiatrice internationale (Emily VanCamp) et l’autre est Présidente d’une Île qui doit faire face à une faillite imminente (Macha Grenon). Les trois se rencontrent justement pendant une médiation concernant l’exploitation minière de cette Île. Un peu comme pour la course avec Sarah, la politique sert ici de trame de fond, pour parler de la psychologie de ces femmes singulières. Le ton oscille entre le drame et la comédie. C’est un film particulier, autant dans son propos que dans sa forme… Pays est un objet assez unique en son genre et j’en suis très fière.

Et pour ce film, outre Emily VanCamp et Nathalie Doummar, vous retrouvez une nouvelle fois Micheline Lactôt. On sent une véritable volonté de votre part d’être fidèle à des collaborateurs, et pas seulement devant la caméra. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

La réponse est aussi clichée que vrai. Mes amis, mes collaborateurs de cinéma, sont ma famille. J’ai fait mon premier film à 17 ans, avec ma grande amie, Jessica Lee Gagné. Plus de dix ans plus tard, Jessica signe la direction photo de Pays, comme elle a signé plusieurs autres de mes projets. Ensemble, on grandit, on apprend, on s’améliore. Je pourrais dire la même chose de Fanny-Laure Malo, que j’ai rencontré à Concordia et qui produit nombre de mes projets. La complicité, c’est sans doute ce qui m’aura amenée si jeune à accomplir plusieurs de mes rêves. J’ai su, rapidement, voir le talent en d’autres et m’entourer d’humains formidables. Je suis chanceuse de les avoir croisés sur mon chemin. Je n’aime pas travailler avec des gens qui ne veulent, au fond, que leur chèque de paie. Je travaille avec ceux qui l’ont dans le ventre, qui, peu importe leur rôle, sont passionnés. Et autant devant que derrière la caméra, je dois être en mesure de développer une complicité de travail avec eux. Sinon, je réalise rapidement que ça ne marchera pas. Et puis je fais ce métier parce qu’il me rend heureuse, parce que j’ai du plaisir à être sur un plateau. L’esprit d’équipe est une priorité pour moi.

Je travaille avec ceux qui l’ont dans le ventre, qui, peu importe leur rôle, sont passionnés. Et autant devant que derrière la caméra, je dois être en mesure de développer une complicité de travail avec eux.

A quelle étape de production êtes-vous ?

Nous venons tout juste de compléter la post production du film en mai dernier. Je suis en ce moment en plein brainstorm pour le matériel publicitaire, auquel je trouve primordial de participer. Le film sera sans doute lancé quelque part dans le monde à l’automne. Je lui souhaite évidemment une belle vie. Je pense que le film a quelque chose à dire et j’espère simplement qu’il aura la chance d’être vu et entendu. Après, le reste ne m’appartient plus.

Pourquoi avoir insisté de tourner ce film en 35 mm ?

Je pense qu’il faut voir le film pour comprendre pourquoi le 35mm était non seulement important, mais primordial dans ma mise en scène. Le film se passe sur une Île, qu’on sent figée dans le temps, comme s’il y avait eu un boom économique dans les années 70 et puis après, plus rien. L’enjeu du film est que cette île puisse enfin entrer dans la modernité. Et je dois dire aussi que le grain, la douceur de la pellicule, s’harmonise parfaitement au climat et aux paysages de Terre-Neuve, territoire pittoresque et aride de notre tournage.

En quoi ce format de tournage est une condition sine que non de votre intention de départ pour Pays : faire « un film de cinéma avec un grand C » ? Et c’est quoi d’ailleurs pour vous le « cinéma avec un grand C » ?

C’est le cinéma de mon enfance, le cinéma de l’enfance de mes parents. C’est celui de la pellicule. Je suis parfois très nostalgique d’une époque que je n’ai même pas connue ! J’ai fait mon éducation cinématographique en regardant les films de la Nouvelle Vague, les Bergman, les Woody allen, etc. Je pense qu’il est normal que j’aie aujourd’hui envie de travailler avec le même médium qu’eux, que ceux et celles qui m’ont inspirée comme cinéaste. Et puis j’aime que chaque prise soit comptée quand on tourne en pellicule. Tout devient important. Chaque « 3, 2, 1, Action » est significatif. Je trouve que ça se ressent à l’image. Le climat n’est pas le même sur le plateau parce que tout le monde prend soin de chaque instant. C’est magique …

J’aime que chaque prise soit comptée quand on tourne en pellicule. Tout devient important. Chaque « 3, 2, 1, Action » est significatif.

Et justement, parce que je vous sais toujours impatiente d’écrire, de tourner, de monter et de préparer le prochain film, Quelle est l’étape suivante ? Avez-vous toujours cette envie de réaliser un biopic sur Jackie Kennedy ?

Si on me donne cette chance un jour, oui, j’adorerais raconter l’histoire de Jackie Kennedy. Elle me fascine. Reste que pour l’instant, j’ai d’autres projets en route. Je me relance dans l’écriture de mon troisième film, que j’avais entamé l’année dernière. Puis je cogite l’idée d’un prochain, un quatrième. Il y a aussi la saison 2 de Féminin/Féminin qu’on espère tourner très prochainement. Il m’arrive de penser à l’écriture d’une pièce de théâtre… On verra comment les choses décident de se placer. Je sais juste que je vais continuer de travailler très fort sur les projets qui m’interpellent. Pour le reste, on verra.

A PROPOS DU CINEMA QUEBECOIS

Les cinéastes québécois s’exportent beaucoup depuis quelques années à Hollywood (Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve…) et d’autres, une sorte de « nouvelle génération », explosent (vous, Xavier Dolan, Martin Villeneuve, Louise Archambault, Sébastien Pilote, le collectif RKSS, Maxime Giroux, Rafaël Ouellet, Denis Côté, François Delisle…). Peut-être est-ce une vision de l’ »extérieur », mais j’ai l’impression qu’il se passe quelque chose autour du cinéma québécois. Quel est votre constat du cinéma de votre Province actuellement ?

C’est extrêmement inspirant. Je pense que le succès de chacun crée un merveilleux effet domino. Le cinéma québécois a très belle réputation oui, à l’étranger, ce n’est pas juste une impression. C’est dommage ceci dit que le public ne soit pas autant au rendez-vous une fois nos films à l’affiche dans nos propres salles. On pourrait en parler longtemps, c’est un autre débat… Mais je suis fière de notre cinéma. On fait des œuvres très fortes, pertinentes, de grande qualité. Et nous sommes extrêmement créatifs et débrouillards. Je suis flattée quand on me dit que j’ai ma place parmi tous ces talents québécois. Je les admire tous beaucoup, chacun pour différentes raisons.

Propos recueillis par Thomas Destouches

François Delisle : son top 5 des films québécois

Réalisateur de 2 fois Une femme, Chorus et Le Météore, François Delisle livre ses 5 films québécois préférés. Une liste qu’il qualifie « peut-être de convenue » mais qui sont pour lui « des sommets de cinéma au Québec » et qui font partie de son « ADN de cinéaste ». Le metteur en scène, qui prépare actuellement son 7ème long métrage, précise enfin qu’il « espère, un jour, pouvoir être à leur hauteur »

=> Lire notre interview de François Delisle

1Les Bons Débarras, de Francis Mankiewicz (1980)

Synopsis : La relation fusionnelle entre une jeune fille et sa mère dans une petite ville des Laurentides…

 

 

 

ordres Les Ordres, de Michel Brault (1974)

Synopsis : Suite à la promulgation de la loi sur les mesures de guerre en octobre 1970 au Québec, cinq individus sont arrêtés par les autorités, sans chef d’inculpation. L’espace de quelques jours, ils sont emprisonnés en toute « légalité »…

=> Lire la critique

 

01af2f4ca5dd39753825542dd1f389b3Le chat dans le sac, de Gilles Groulx (1964)

Synopsis : À travers la confrontation d’un couple dans la vingtaine, ce film pose la grande question de l’accession à la maturité politique du peuple québécois telle que perçue par un cinéaste épris d’idéal et d’absolu. (Source : ONF)

=> Voir le film gratuitement et en intégralité

 

 

kaKamouraska, de Claude Jutra (1973)

Synopsis : Au chevet de son mari mourant, Elisabeth Rolland se remémore l’aventure de son premier mariage et de son issue tragique. Mariée très jeune à Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska, elle fut vite rendue malheureuse par cet homme tourmenté, buveur et coureur. Réfugiée chez sa mère après la naissance de son premier enfant, elle fut soignée par un jeune médecin américain établi à Sorel, George Nelson, dont elle s’éprit. George se laissa emporter par cette passion et, sur les instances d’Elisabeth, en vint à tuer Antoine. Après avoir passé en procès, Elisabeth devait épouser Jérôme Rolland qui s’éteint maintenant devant elle. (Source : Eléphant Cinéma)

 

1Au clair de la lune, d’André Forcier (1983)

Synopsis : Bert et Franck logent dans une automobile. Un maniaque, la nuit, crève les pneus des voitures du voisinage. Les automobiles crachent des flammèches parce qu’elles roulent sur leurs jantes métalliques. Bert, ex-champion de quilles, ne pouvant plus tenir une boule à cause de l’arthrite, est devenu homme-sandwich. Franck, son nouvel ami, est albinos – c’est donc qu’il vient d’Albinie et qu’il possède des dons! Et, effectivement, il redonne à Bert son adresse d’autrefois… et son don de double vue lui permettra de découvrir le « maniaque aux pneus »… mais il ne le dénoncera pas. (source: Eléphant Cinéma)

 

Propos recueillis par Thomas Destouches le 4 mars 2016

Critique film : Camion, de Rafaël Ouellet (2012)

camion_ouelletRéalisation et scénario : Rafaël Ouellet

Distribution : Julien Poulin, Stéphane Breton, Patrice Dubois, Noémie Godin-Vigneau, Jacob Tierney…

Synopsis : Chauffeur routier depuis 45 ans, Germain tue accidentellement une femme au volant de son camion. Rongé par la culpabilité et prostré chez lui, il reçoit la visite de ses deux fils, Samuel et Alain. L’espace de quelques jours, ces derniers vont tenter de lui apporter soutien et réconfort. Et ces trois hommes meurtris par la vie vont se redécouvrir simplement…

Durée : 1h34

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Critique

Le minimalisme atteint parfois une puissance que bien des effets ne provoqueront jamais. Telle est une des leçons de ce Camion. Le metteur en scène Rafaël Ouellet privilégie le dépouillement (de la mise en scène, des dialogues, d’effusions…) et livre un film écorché, où les émotions n’ont pas besoin d’être formulées : elles sont des blessures saillantes à la surface de la pellicule.

Présentés séparément, via des séquences au montage alterné parfaitement dosé, Germain et ses deux fils Alain et Samuel sont trois êtres accidentés (par la vie, la route, l’amour…), distants les uns des autres sans pour autant être devenus des étrangers. Et là résident d’ailleurs la force de suggestion de l’écriture de Rafaël Ouellet et la justesse de l’interprétation des 3 comédiens principaux : lorsque le film débute, ces trois êtres existent déjà pleinement. Le spectateur les prend en route, avec leurs manques, leurs façons spécifiques d’attaquer ou de détourner les mots, leurs évitements, leurs façons d’appréhender l’espace. Et pendant un peu plus d’une heure et demie, Camion va imperceptiblement les (ré)unir sans jamais colmater totalement leurs fêlures. De ce rapprochement qui ne dit jamais vraiment son nom, naît une sorte de mélancolie joyeuse.

Pour son épilogue, Ouellet cloisonne à nouveau Germain, Alain et Samuel. Mais si au début du film leurs regards étaient absents et leurs épaules tombantes, désormais des sourires se dessinent légèrement au coin des lèvres et leurs yeux se lèvent de concert vers le ciel enneigé. Sans bruit ni fureur, le lien les unissant a retrouvé un peu de sens pour chacun en même temps qu’il en a sans doute redonné à tous. Un bonheur simple et contagieux,  que l’on pressent aussi fragile, comme un bout d’espoir lancé à travers l’écran. Là réside la puissance de ce Camion, qui se libère sereinement sur l’écran.

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 17 août 2012

Box office : 15 078 spectateurs

Budget : 1,4 million de dollars

Disponible en DVD

Critique film : Louis Cyr : L’homme le plus fort du monde, de Daniel Roby (2013)

b9d34695aed413bc6ec7069ffe0e42adRéalisation : Daniel Roby

Scénario : Sylvain Guy

Distribution : Antoine Bertrand, Rose-Maïté Erkoreka, Guillaume Cyr, Gilbert Sicotte, Gil Bellows…

Synopsis : A la fin du 19ème siècle, l’histoire vraie de Louis Cyr. Issu d’un milieu très modeste, ce colosse à la force peu commune devient en quelques années un véritable mythe pour ses exploits sportifs. Mais même l’homme le plus fort du monde peut avoir des pieds d’argile…

Durée : 2h11

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Critique

Classique, désespérément classique, Louis Cyr est un film à l’exact opposé de son personnage principal. Si l’athlète était hors normes, le biopic que lui consacre Daniel Roby coche sagement toutes les cases du genre, sans jamais déborder du moindre cadre. Et son application de bon élève cinématographique, obnubilé par son souci de la reconstitution, de la note de musique résonnant exactement au moment où on l’attend et de la moustache méticuleusement taillée, se retourne contre ce film, certes sans fautes de goût mais surtout sans surprises ni aspérités. Un long métrage calibré pour les récompenses et qui est revenu de fait à la maison avec une mention très bien, ayant glané 9 Prix Jutra en 2014 (dont ceux de Meilleur Film et Meilleur Acteur).

Même les failles de Louis Cyr, et en particulier son analphabétisme, qui auraient pu être à l’origine d’un déséquilibre salutaire du récit, sont émotionnellement déminées par un zèle trop scolaire. Cette incapacité chronique à se transcender se révèle tout spécialement lorsque, à la moitié de son récit, Cyr décide d’aller aux Etats-Unis se confronter à un concurrent autoproclamé. Le film montre alors son vrai visage : non pas une histoire de dépassement de soi (avec tous les sacrifices inhérents) mais bien une vaine variation sur l’égotisme d’un mythe qui méritait sans doute mieux. Et le formidable Antoine Bertrand, l’interprète de Louis Cyr, véritable colonne vertébrale de ce film, aussi…

Note : 1 sur 5

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Date de sortie : 12 juillet 2013

Box office : 473 370 spectateurs

Budget : 8 millions de dollars

Disponible en DVD

Critique comic : Turbo Kid – L’aventure perdue d’Apple, de RKSS et Jeik Dion (2016)

TBK_COVER_FinalBlue-FrenchHistoire : RKSS

Dessin : Jeik Dion

Edition : Lounak Books

Synopsis : Quelques décennies après la grande guerre des robots et peu de temps avant sa rencontre avec Turbo Kid, les aventures forcément sanglantes du « robot d’amitié » Apple dans les Terres Perdues…

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Critique

Prequel de l’apocalyptique Turbo Kid, L’aventure perdue d’Apple est exclusivement centré sur le personnage interprété à l’écran par Laurence Leboeuf, dont le double sur papier reprend le si désarmant regard. Un vrai coup de force d’ailleurs du dessinateur Jeik Dion, qui a su retrouver en quelques coups de crayon la candeur positive et la facétie involontaire du « robot d’amitié ».

Ne contenant finalement que très peu de clins d’œil au film, cette Aventure perdue évite la « private jokisation » de son récit et se paie ainsi le luxe de n’exclure a priori aucun novice. Pas sûr pour autant qu’il intéressera au-delà du cercle d’irréductibles fans de Turbo Kid… Le comic constitue en effet une sorte de « bonus », perpétuant l’esprit plus qu’il ne nourrit réellement l’univers mythologique et ce, même s’il donne à voir ce qui n’était que suggéré dans le film : cette fameuse apocalypse résultant de la guerre opposant les robots aux Humains. Un conflit aux faux airs de Terminator qui aurait parfaitement eu sa place dans Turbo Kid… si quelques millions de dollars avaient été rajoutés au budget de production.

Les fans, eux, retrouveront l’humour déviant et les mauvaises manières de sales gosses du collectif RKSS (Anouk Whissell, François Simard et Yoann-Karl Whissell), leurs références cinématographiques (même si elles sont moins nombreuses, un allègement judicieux compte tenu du format et de la brièveté du récit) et leur obsession pour les viscères à l’air libre. Car si Apple est en solo pour cette aventure (si on met de côté un cadavre de compagnie et son « cheval »), elle n’en a pas pour autant oublié… que le gore, c’est la vie.

Note : 3,5 sur 5

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Date de sortie : 13 avril 2016

ISBN : 978-2-924648-04-9

Rendez-vous sur le site officiel de Lounak Books

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