Critique film : Dédé, à travers les brumes, de Jean-Philippe Duval (2009)

1.jpgRéalisation et scénario: Jean-Philippe Duval

Distribution : Sébastien Ricard, Dimitri Storoge, Joseph Mesiano, Louis Saïa…

Synopsis : Evocation de la vie tumultueuse d’André « Dédé » Fortin, leader du groupe Les Colocs. De la formation du groupe jusqu’à l’enregistrement chaotique du dernier album…

Durée : 2h19

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Critique

Il est toujours délicat, voire pire, de réaliser un biopic sur une icône populaire. Et « Dédé » Fortin l’était, immensément, au Québec. Sa musique résonne encore aujourd’hui dans la Belle Province et sa mort demeure une blessure ouverte. Le principal risque de ce type d’entreprise est de tomber dans l’hagiographie révérencieuse. Jean-Philippe Duval évite ce piège. On se risquerait même à dire qu’il piétine ce danger allègrement, tout en fredonnant malicieusement une mélodie des Colocs. Dédé, à travers les brumes est un film fiévreux, embrassant passionnément les envolées géniales de Fortin (sans respect parasite) comme les crevasses ténébreuses de sa vie (sans voyeurisme). Un film bordélique, respirant à pleine pellicule la vie chaotique d’un homme se consumant sur scène tout en se brisant intérieurement. Un film qui affronte la noirceur sans empathie, utilisant le dialogue, la musique et même l’animation pour donner corps et âme à tout ce que pouvait être Dédé. Un film aussi violent que gracieux, diffusant exaltation et tristesse, un petit miracle.

Jean-Philippe Duval, auteur total de ce film immense, choisit de construire son récit en racontant parallèlement l’enregistrement du dernier album des Colocs et l’ascension de ce groupe protéiforme. Une astuce certes classique mais qui permet de voir naître les fêlures de Dédé et d’être témoin de leurs échos, juste avant que les démons de Dédé n’achèvent définitivement leur travail. Un subterfuge qui culmine avec le concert final des Colocs, plein d’une vie que personne ne soupçonne aussi désespérée. Une scène aussi grisante que poignante… Cette narration permet en outre à Duval de ne jamais dissocier l’Homme du Créateur. Et là réside l’ambition et la réussite totalement folle de ces « brumes » : Duval ne se courbe jamais derrière la figure quasi mystique du musicien tout en réussissant à insuffler une dimension extatique.

Enfin que dire de Sébastien Ricard ? Habité par Dédé, il livre une partition inoubliable, obsédante, radicale… Le comédien (et chanteur) est immense, dévoué corps et âme à son personnage, jouant sur un fil tout au long du film. Jamais il ne tombe dans le mimétisme ou la performance (lesquelles disqualifient d’emblée tout biopic, finalement).

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 13 mars 2009

Box office : 228 132 spectateurs

Budget : 7,1 millions de dollars

Disponible en DVD

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2 réflexions sur “Critique film : Dédé, à travers les brumes, de Jean-Philippe Duval (2009)

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