Critique film : Maelström, de Denis Villeneuve (2000)

maelstrom_affiche_QCRéalisation et scénario : Denis Villeneuve

Distribution : Marie-Josée Croze, Jean-Nicolas Verreault, Stéphanie Morgenstern, Pierre Lebeau…

Synopsis : Après une soirée trop arrosée, Bibiane percute un homme en voiture avant de prendre la fuite. Ce dernier se relève, avant de mourir quelques heures plus tard chez lui. Rongée par la culpabilité, elle décide de découvrir qui était sa victime. Durant cette quête, elle fait la connaissance du fils du défunt. Sans savoir le terrible secret de Bibiane, il tombe amoureux de cette femme à la dérive…

Durée : 1h27

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Critique

Deuxième film d’un cinéaste qui s’est aujourd’hui imposé dans le monde via des productions efficaces (Prisoners, Sicario…) sans pour autant être impersonnelles, Maelström est un pur objet filmique bizarre et rageant, couronné par le Prix Jutra du meilleur film en 2001.

Dès les premières minutes, Maelström annonce la couleur… ou plutôt les couleurs, tant Villeneuve va chercher dans ce film à user de diverses gammes chromatiques, quitte à tomber dans l’assemblage indigeste. Le narrateur de cette histoire cabossée est un poisson en train de se faire découper sauvagement par un ouvrier à l’allure patibulaire dans un décor proche de celui d’un slasher caricatural. Et cette poiscaille sanguinolente, balançant des observations enflées de vide sur la vie, la mort, le remords, le néant de nos existences, est la voix quasi-métaphysique de cette histoire de chute inexorable dans la culpabilité. Une culpabilité interdisant toute possibilité de bonheur. Malheureusement les coups de couteau que ce poisson reçoit sur le corps sont autant de rappels de la lourdeur de l’entreprise.

Rythmé par des effets stylistiques gratuits et superficiels, le film pêche par une mise en scène trop disparate, lorgnant tantôt vers le clip, tantôt vers une imagerie horrifico-gore, ou même une sobriété alors inexplicable. Comme si la mise au point ne cessait de changer, déformant sans cesse la perspective narrative, mais surtout annihilant la moindre montée en puissance émotionnelle. Les quelques moments de grâce, et le film en possède indéniablement, nichés au détour d’un regard bouleversant, d’un geste inattendu ou d’une réplique miraculeusement lumineuse, sont systématiquement ruinés par une gourmandise formelle malvenue et quelques réflexions pseudo-philosophiques réellement creuses.Ces ruptures coupent les jambes de spectateurs pourtant prêts à suivre la formidable et stupéfiante Marie-Josée Croze dans la course folle et bizarre de Villeneuve.

Rageant. Tel est cet objet cinématographique bizarre, et qui s’assume pleinement comme tel, et dont on entrevoit les ambitions et la sincérité. Mais à trop vouloir se montrer insaisissable, Maelström réussit malheureusement parfaitement son coup…

Neuf ans après ce film, Villeneuve délaisse la bizarrerie intrinsèque à Maelström et Un 32 août sur la Terre (ses deux premiers longs-métrages, dont il est également scénariste), avec l’intense et étouffant Polytechnique, opérant une mue similaire à celle de David Fincher avec Zodiac vers un faux classicisme véritablement déviant. Un Villeneuve réinventé, reposant sur trois éléments désormais indissociables chez lui : une plus grande sobriété de la narration, une nouvelle maîtrise du rythme (le temps d’un personnage, d’une émotion, d’une scène… est dorénavant une des boussoles du montage) et une mise en scène aussi lisible qu’efficace. Autant d’éléments qui n’empêchent pas, bien au contraire une touche personnelle, car sans être scénariste de tous ses films ultérieurs, il s’affirme film après film comme un auteur aux thématiques récurrentes et obsédé par l’ambivalence de la nature humaine.

Note : 2 sur 5

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Date de sortie : 4 juillet 2000

Box office : 82 443 spectateurs

Disponible en DVD

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