Critique court métrage : Next Floor, de Denis Villeneuve (2008)

AFFICHE petiteRéalisation : Denis Villeneuve

Scénariste : Jacques Davidts, d’après une idée originale de Phoebe Greenberg

Distribution : Jean Marchand, Mathieu Handfield, Sébastien René, Emmanuel Schwartz..

Synopsis : Au cours d’un opulent et luxueux banquet, onze convives, servis sans retenue par des valets et des serviteurs attentionnés, participent à un étrange rituel aux allures de carnage gastronomique. Dans cet univers absurde et grotesque, une succession d’événements viendra secouer la procession de cette symphonie d’abondance.

Durée : 12 minutes

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Critique

Si la référence à La Grande Bouffe de Marco Ferreri paraît de prime abord évidente, elle n’en demeure pas moins superficielle. Non, si on veut absolument dégager une filiation cinématographique, il faut plutôt aller chercher du côté du Fantôme de la Liberté de Buñuel et du Sens de la Vie des Monty Python. Villeneuve emprunte à ces deux objets filmiques surréalisme et inquiétante étrangeté pour donner à son court métrage une tonalité fascinante et une frontalité politique, rare chez le cinéaste québécois.

En une petite dizaine de minutes, quasiment muettes (seuls les mots « Next Floor », déclamés mécaniquement par le majordome, se font régulièrement entendre), Villeneuve signe en effet son film le plus politique. Rassemblés autour d’un interminable et toujours plus fastueux repas, ces « privilégiés » tous plus ridicules les uns que les autres avec leurs coiffures et leurs habits outranciers, ne cessent de s’empiffrer, ne s’échangeant aucune parole, simplement réduits à leur animalité grossière, jamais rassasiés par leur consommation de mets sanguinolents. Et ce sol qui s’effondre sous cette tablée à intervalles réguliers – une régularité qui aurait pu se retourner contre le film si la mise en scène ne redéfinissait pas constamment cet effet – devient le symbole de cette élite inconsciente, ne retirant aucun plaisir de cette absorption massive et devenue trop lourde pour la structure sur laquelle elle repose mais incapable de cesser de s’engraisser. Certains jugeront la symbolique trop évidente, peut-être l’est-elle, mais elle est forte, mémorable et répulsive.

Note : 4 sur 5

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Présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2008

Remerciements chaleureux et sincères à l’équipe du Phi Centre pour le formidable travail effectué sur la promotion du court métrage.

=> Rendez-vous sur le site officiel du film

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