Critique film : Les Ordres, de Michel Brault (1974)

ordresRéalisation et scénario : Michel Brault

Distribution : Jean Lapointe, Hélène Loiselle, Guy Provost, Claude Gauthier, Louise Forestier…

Synopsis : Suite à la promulgation de la loi sur les mesures de guerre en octobre 1970 au Québec, cinq individus sont arrêtés par les autorités, sans chef d’inculpation. L’espace de quelques jours, ils sont emprisonnés en toute « légalité » dans un pays où les droits des individus sont suspendus…

Durée : 1h48

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Critique

Critique d’un système judiciaire devenu fou, Les Ordres est un film implacable et glaçant. L’histoire de la déshumanisation de toute une société. Ces cinq individus, image du peuple, sont accusés sans crimes et sans preuves, privés de la liberté de savoir et de s’expliquer. C’est aussi l’histoire de la désincarnation d’un régime judiciaire au sein duquel les officiers se transforment en bourreaux anonymes, exemptés de justification et donc d’entraves morales. D’une violence implacable- avec une précision machiavélique, Brault met en scène le processus d’humiliation et de destruction morale de cet emprisonnement – Les Ordres n’est pas « qu’une » dénonciation des dérives d’un pouvoir politique, aussi puissante et réussie soit-elle.

Dès les premières minutes, Michel Brault brouille les pistes de la narration. Tour à tour, les comédiens se présentent à la caméra et indiquent au spectateur le personnage qu’ils vont incarner, avant de se plonger dans leur interprétation, sans transition ou presque. Déstabilisé, et intrigué, par cette folle narration, le spectateur ne sait plus où s’arrête la réalité et où commence la fiction et, à l’image des personnages, se retrouve déséquilibré par cette perte de repères. Une impression renforcée par une mise en scène passant du noir et blanc à la couleur, de l’imagerie brute du documentaire à la recherche formelle diablement poétique. Cinéaste résolument expérimental, Brault, qui a reçu pour ce film le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1975, projette à même l’écran sa réflexion sur la nature des images.

Note : 4,5 sur 5

En dehors de toute critique : en cette période particulière… Voir ce film au lendemain des attaques terroristes de novembre 2015 à Paris et de la promulgation de l’état d’urgence en France est une expérience aussi vertigineuse qu’angoissante. Cette peur, fantasmée ou bien réelle, de voir un état policier émerger de cette période que l’on espère « exceptionnelle » et pour tout citoyen de sentir ses libertés abîmées par une surveillance illimitée trouve un écho dans ce passé récent au Québec. Plus d’une fois au cours du film la pensée « Cela pourrait très bien arriver en France aujourd’hui. Peut-être est-ce déjà le cas… » Une perspective glaçante. Quarante ans plus tard, il est salutaire, sans doute plus que jamais, de voir et de montrer Les Ordres.

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Date de sortie : 27 septembre 1974

Disponible en DVD et sur iTunes (via Eléphant Cinéma)

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5 réflexions sur “Critique film : Les Ordres, de Michel Brault (1974)

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