Critique film : La vie heureuse de Léopold Z, de Gilles Carle (1965)

1988-0115z-af-gRéalisation et scénario : Gilles Carle

Distribution : Guy L’Ecuyer, Paul Hébert, Monique Joly, Suzanne Valéry…

Synopsis : A la veille de Noël, dans une Montréal frappée par une tempête de neige, le travail ne manque pas pour Léopold Z Tremblay, déneigeur de métier. Tiraillé entre ses obligations professionnelles et familiales, le débonnaire Léopold Z va vivre l’espace d’une journée des aventures cocasses…

Durée : 1h09

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Critique

Dans La vie heureuse de Léopold Z, conçu à l’origine comme un court documentaire sur le déneigement à Montréal avant de muer en film de fiction, subsistent des traces évidentes de l’approche documentariste de Gilles Carle. Clairement amusé par le mode de narration fictionnelle, Carle les détourne avec une fantaisie communicative. Ainsi la narration en voix off, offrant moult détails sur les personnages / sujets du film et autres observations anthropologiques, se transforme vite en commentaire facétieux des événements. Mais c’est surtout à travers la représentation urbaine, avec cette ville de Montréal confrontée à une situation météorologique extrême et filmée avec un mélange de réalisme efficace et de fascination abrupte, que Carle réussit imperceptiblement à s’évader de la vision documentariste. Les pérégrinations de Léopold deviennent celles d’un metteur en scène de fiction. Le film s’ouvre avec des badauds réagissant face à l’objectif puis, au fur et à mesure, la présence flagrante de cette caméra s’estompe pour laisser le récit prendre le contrôle. La déneigeuse du début, alors principal véhicule documentaire, devient à la fin de La vie heureuse un simple outil de l’intrigue, permettent au pressé Léopold Z de rejoindre sa femme et son enfant à temps pour la messe de minuit.

Le film est une chronique tendre et fantaisiste se déroulant sur une seule journée, celle d’un héros positif et populaire, un homme naïf et débonnaire, simplement heureux. Son voyage, jalonné de petits accidents de parcours, de douces illusions (Josette la chanteuse est une sirène) et d’obstacles modestes, est bel et bien une odyssée. Au bout de cette épopée, qui substitue l’épique par la truculence et à la simplicité, Léopold devra retrouver sa femme et son fils…

La Vie heureuse de Léopold Z est aussi l’instantané d’une ville à l’orée de bouleversements urbains. Le métro est sur le point d’ouvrir, le système de déneigement est aussi pratique qu’archaïque… Ces révolutions en marche, totalement dénuées d’une quelconque dimension politique, Carle les montre avec son oeil de documentariste, en inscrivant ses personnages simples dans une société en pleine mutation moderne, mais surtout avec la totale maîtrise de son montage, d’une efficacité redoutable. Le progrès est en marche, il sera bientôt pleinement là, peut-être au lendemain de cette messe de minuit à laquelle assistent Léopold et sa famille.

 

Note : 4 sur 5

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Date de sortie : 19 novembre 1965

Disponible en DVD et en ligne, gratuitement et en intégralité, sur la chaîne Youtube de l’ONF :

 

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