Interview – Sylvie Payette: Chambres en ville, le téléroman d’une société

Interview publiée dans le 2ème numéro du mook Soap.

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Il existe des dizaines de séries cultes dans chaque pays. Elles sont nettement moins nombreuses à avoir été la caisse de résonance d’une génération. C’est le cas de Chambres en Ville, téléroman de Sylvie Payette « lancé en ondes » en septembre 1989 sur le réseau québécois TVA. Près de 20 ans après son arrêt, et malgré les injustes attaques du temps, elle est encore présente dans bien des esprits de la « Province ». Une postérité que l’on doit aussi bien à sa qualité intrinsèque qu’au souvenir prégnant des témoins télévisuels de l’époque. La présence au générique de la série de comédiens à la notoriété aujourd’hui internationale – Anne Dorval, Pascale Bussières et Marie-Josée Croze pour ne citer qu’elles – constitue aussi une forme de reconnaissance rétroactive pour l’œuvre de Payette. Une œuvre à l’imagerie forcément très « marquée » années 90, dont un visionnage avec nos yeux de sériephiles contemporains diminue sans doute logiquement l’impact…

Chambres en Ville se déroule principalement dans une résidence pour étudiants tenue par Louise Leblanc, incarnée par Louise Deschâtelets, qui héberge des jeunes gens venus d’horizons divers. Obligés de cohabiter ensemble au quotidien, Lola, Pete, Geneviève, Julien, Caroline…se découvrent, s’aiment, se détestent. Un apprentissage de la vie souvent brutal à une époque charnière de leur existence.

Une matrice dramatique élémentaire qui ne laisse pas supposer, à première lecture, l’incroyable retentissement que va avoir Chambres en Ville dans les années 90 au Québec. La série de Sylvie Payette, fille de Lise Payette, journaliste, auteure et figure du féminisme, y devient un phénomène sociétal, dépassant parfois les 60% de part d’audience. Le feuilleton réussit dans son ambition première de s’adresser à des jeunes, qui se détournent alors d’une « télévision de papa » qui ne leur est plus destinée et leur dresse un portrait déprimant et caricatural. Le téléroman aborde les inquiétudes quotidiennes et les grands bouleversements de l’époque, répondant à l’actualité tout en réinjectant dans les rues des sujets de société parfois très sensibles. Résolument optimiste, la série avance sur un fil ténu, évitant manichéisme et démagogie, tout en ne négligeant pas sa nature de divertissement, plein d’amour, d’humour et de folie.

Juste avant la toute première diffusion, le 7 septembre 1989, Sylvie Payette « tremble de peur » et « se demande si elle ne s’est pas trompée « . La suite lui donnera tort. Chambres en Ville est sur le point de devenir un point de fixation de la fiction québécoise et un véritable téléroman sociétal. Retour avec elle sur ce phénomène…

 

Thomas Destouches : Votre téléroman a abordé des thèmes forts et risqués, y compris pour l’époque : l’alcoolisme, le sexe, le Sida… Certains sont même présents dès le premier épisode. Ce discours en prise avec la société était-il une constituante obligatoire pour « Chambres en ville » ?

Sylvie PayetteSylvie Payette : Cela faisait plutôt partie des intérêts des jeunes de cette époque. J’avais aussi envie de leur présenter des situations plus complexes pour les amener à réfléchir et à en discuter. C’est donc un mélange des deux. J’ai tenté d’offrir deux points de vue pour chaque problème pour ne pas faire de morale.

A quoi ressemblait la jeunesse québécoise à l’époque de « Chambres en Ville » ?

Si les gens m’en parlent encore tous les jours après 25 ans, c’est que l’image de cette génération y était particulièrement bien reproduite. Les jeunes d’alors ne voulaient pas commettre les mêmes erreurs que leurs parents, surtout au niveau de l’écologie, mais ne voulaient pas non plus tout transformer au plan social comme leurs aînés des années 60. Cependant, le Sida venait de faire une entrée fracassante dans leur vie. L’ajustement n’était pas facile pour eux, surtout après la génération précédente pour qui l’amour libre était si important. Et, tout s’est mis à aller beaucoup plus vite. Pour le feuilleton, j’ai doublé le nombre de scènes par rapport à ce qu’on voyait à l’époque. Les vidéo clips avaient apporté la vitesse, en une image on comprenait l’idée d’ensemble. Même les relations amoureuses ne duraient plus aussi longtemps. C’était l’arrivée et l’explosion du fast food. Les jeunes ne supportaient plus de perdre leur temps devant des scènes interminables à la télé ou au cinéma.

L’époque a changé. Mais les peurs des jeunes adultes sont restées…

Les peurs restent les mêmes. Elles sont là depuis toujours et pour longtemps. Ce sont les préoccupations quotidiennes et les intérêts qui changent. Après Chambres en ville, une génération de jeunes davantage centrés sur eux-mêmes a suivi, avec sa musique, son plaisir, son argent. Puis une autre génération, plus impliquée politiquement.

A la même époque en France, le feuilleton populaire « Hélène et les Garçons » suivait lui aussi un groupe à cet âge charnière. Mais conçu pour un public différent, il montrait une jeunesse acidulée, on y buvait du jus d’orange et on s’embrassait « gentiment ». Sans tomber dans la comparaison stérile, l’audace de « Chambres en Ville » est étonnante.

Chambres en Ville était à l’antenne en 1989, avant Hélène et les Garçons. J’en ai vu quelques épisodes lors de voyages en France et le rythme lent, les intrigues sirupeuses n’auraient pas pu intéresser des jeunes de 17-24 ans au Québec. Elle aurait peut-être plus intéressé les 9 à 13 ans. Je ne sais pas qui était le public de cette série. Il y avait aussi une collection de la même maison de production qui s’intitulait Le Miel et les abeilles. J’avais été attirée par le prénom de son héroïne Lola, tout de même peu commun à cette époque, et que portait aussi mon personnage principal. J’avais trouvé amusant de découvrir que son ami s’appelait Johnny, nous n’étions pas loin de Lola et Pete (NDR : le couple phare de Chambres en Ville), mais là s’arrêtait toute ressemblance.

Y a-t-il eu un sujet qui a posé problème avec TVA ?

TVA a toujours été d’accord avec mes demandes. Les deux scènes les plus délicates étaient celles où on montrait comment installer un condon (NDR : un préservatif). Mais TVA était tout à fait raccord avec ce volet éducatif que j’utilisais peu, mais les taux d’audience très élevés me permettaient de passer des messages à une grande partie de la population. J’entends encore des hommes me dire qu’ils y ont appris à se servir d’un condon.

Quelle est l’intrigue de « Chambres en Ville » dont vous êtes la plus fière ?

Avoir réussi à amener le personnage de Caroline qui, au début, dérangeait beaucoup par ses propos cinglants, à devenir aimée de tous. Quand elle a attrapé le Sida, elle était dans une période plus sombre de sa vie. Tout le monde a découvert par la suite la jeune femme formidable qu’elle était. Cette affection pour le personnage a permis à plusieurs sidéens de se faire accepter par leur famille. Certains d’eux m’en parlent et me remercient encore aujourd’hui. Ces messages me touchent au plus haut point. Le public se souvient de Lola et Pete, mais ils me parlent toujours de Caroline et combien sa mort les a bouleversés.

Une série a-t-elle justement un rôle sociétal à jouer ?

Toute série, tout film a un rôle sociétal. Que ce soit un effet miroir rempli d’humour ou pour une question plus profonde, il y a toujours un regard sur nous-mêmes dans toute œuvre.

L’autre versant de cette thématique, c’est justement l’impact de « Chambres en Ville » sur la société québécoise. Il s’agissait d’un vrai phénomène de société.

Nous frôlions souvent les 60% d’audience et parfois les dépassions. Certains cours d’université ou pour adultes étaient carrément annulés par manque d’inscriptions. On m’a raconté que dans les cours d’école, les enfants jouaient à Chambres en ville, ils se distribuaient les rôles et inventaient des scénarios. Même les urgences étaient moins occupées les soirs de diffusion. Cependant, je crois que le plus grand effet s’est fait sentir du côté des psychologues et psychiatres, qui m’ont souvent dit que les patients faisaient référence aux personnages et que par conséquent ils devaient la regarder pour comprendre des références telles que : « Moi je suis comme untel dans Chambres en ville. » La série a été au cœur de discussions, tant dans les familles que dans les écoles. Et elle a été, je le souligne à nouveau, souvent donnée en exemple quand on parlait de Sida.

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Lola et Pete (Anne Dorval et Francis Reddy), le couple star de « Chambres en ville »

Dans « Chambres en Ville », les femmes ne sont pas des « plantes vertes », pas définies par leurs « hormones », pas « dépendantes » des hommes. Votre téléroman a joué un rôle dans leur perception à la télévision québécoise. Il y a un avant et un après…

Oui vraiment. Jusqu’à l’apparition de Lola, les personnages féminins de téléroman, même féministes, n’avaient pas son caractère fort, voire presque rebelle. Elle était une jeune femme qui disait ce qu’elle pensait et ne subissait rien qu’elle ne voulait pas. Elle avançait vers ses rêves. D’un autre côté, elle était terriblement et profondément amoureuse de Pete. Pour moi, il était essentiel de montrer que l’amour et le couple ne sont pas exclus de la vie d’une féministe. Lola se considérait comme telle parce qu’elle se voyait tout à fait égale aux hommes. Si un homme avait voulu la traiter comme inférieure, elle n’aurait pas supporté plus de 10 secondes. C’était une image moderne. Grâce à la série, une génération de femmes s’est affirmée. Les hommes ont aussi vu qu’ils pouvaient être sensibles sans honte.

Votre mère, Lise Payette, auteure pour la télévision, figure de la politique et du féminisme au Québec, a forcément eu une influence sur cette volonté. « Chambres en Ville » est aussi en partie son héritage de Lise Payette…

Évidemment puisque cette femme m’a élevée comme elle pensait que je devais l’être. À la maison, nous étions tous égaux. Nous avons grandi dans un foyer rempli d’amour, ma mère vivait une très grande histoire avec mon beau-père. Nous avons vu comment le féminisme et la vie de couple pouvaient vivre en harmonie. J’ai pu imaginer un univers téléromanesque où tous les gens étaient égaux, mais où chacun développait ses propres rêves. Le respect, les corvées partagées, la solidarité étaient présentes dans la série et je crois avoir participé un petit peu à l’évolution du Québec à ce niveau.

Y a-t-il un thème abordé dans « Chambres en Ville » dont vous estimez avec le recul qu’il n’a pas été traité avec le bon angle ?

Le racisme. Dans Chambres en ville nous avions le premier couple mixte noir-blanc à la télévision Nord-Américaine. J’ai eu du mal à traiter ce sujet car la chimie entre les comédiens n’était pas bonne. Pas qu’ils ne s’aimaient pas, mais ils n’arrivaient pas trouver un ton juste ensemble. L’homosexualité aussi, je n’arrivais pas à trouver de comédiens prêts à interpréter ce type de rôle. J’ai tout de même pu en parler un peu à travers Charlotte, qui était amoureuse de Lola. Mais j’aurais voulu en parler plus.

Anne Dorval
Anne Dorval, révélée par le téléroman « Chambres en ville »

De nombreux comédiens célèbres aujourd’hui ont fait leurs classes dans « Chambres en ville » : Anne Dorval, la « Mommy » de Xavier Dolan, Marie-Josée Croze et Pascale Bussières… Comment expliquez-vous que votre téléroman ait été une telle pépinière ?

La série a été pour eux une véritable école. Nous n’avions pas d’argent, il fallait tourner vite, réagir rapidement. Elle a permis de les faire connaître, leur ouvrant certaines portes. Je crois aussi que mes différentes expériences m’ont permis de développer un  don pour découvrir les talents. L’émission a créé beaucoup de vedettes : des acteurs, mais aussi des animateurs et des chanteurs, comme par exemple Grégory Charles (NDR : l’interprète de Julien). Quand d’anciens comédiens remportent du succès, je suis vraiment heureuse pour eux. Je les connais bien, je les aime beaucoup. Nous avons vécu tant de choses ensemble. Nous sommes toujours tellement contents de nous retrouver et de prendre des nouvelles. Mais je ne suis pas nostalgique. Nous sommes tous tournés vers l’avenir. J’avoue tout de même avoir crié de joie lorsque j’ai vu Marie-Josée obtenir la Palme à Cannes (NDR : en 2003 pour son interprétation dans Les Invasions Barbares).

Aujourd’hui, est-ce qu’un téléroman pourrait aborder les thèmes balayés par « Chambres en Ville » ? On a parfois une impression de régression de la liberté de parler et de créer.

Aujourd’hui, beaucoup plus de gens interviennent lors des décisions et chaque fois qu’on parle d’une émission originale sortant des sentiers battus, les différents intervenants ont peur. Pourtant il faut oser. Les gens attendent d’être divertis, renseignés, amusés, emportés par une histoire. Mais trop de gens en poste dans le système télévisuel font des calculs prudents, n’osent plus prendre de risques. Chambres en ville en était justement un. Malheureusement je ne pense pas qu’une série comme celle-là soit imaginable aujourd’hui, mais je me trompe peut-être et, en fait, j’espère faire erreur.

A quoi ressemblent la télévision les séries québécoises aujourd’hui ? Quelques exemples viennent jusqu’à nous, notamment grâce aux festivals (« Unité 9 ») ou à des diffuseurs (« Les Parent »), mais finalement c’est une image partielle…

Unité 9 est justement un bon exemple qu’il arrive parfois qu’un diffuseur prenne des risques. La population en général aime de plus en plus regarder les séries en rafale, préférant attendre la fin d’une saison pour voir tous les épisodes. La télévision québécoise offre aujourd’hui plus souvent des séries inspirées du style américain. Les jeunes ne sont plus aussi présents qu’à l’époque de Chambres en ville, laquelle avait justement amené les diffuseurs à faire des émissions portant sur eux. Il manque aussi un espace pour le fantastique. Internet et la téléréalité ont modifié notre télévision.

En quoi la téléréalité a changé notre perception ?

La téléréalité nous fait découvrir des gens plus grands que nature et parfois plus forts que les personnages de série télévisée. Même après les émissions, on continue de suivre leurs péripéties. Amour, tentatives de suicide… Ce genre nous oblige à donner plus de dimensions, de finesse et d’envergure aux personnages que nous créons. Pour ça, Lola était déjà avant son temps. La situation actuelle de la télévision québécoise est préoccupante. Les restructurations à Radio-Canada, le diffuseur officiel, en sont un exemple criant… Le gouvernement Canadien sabre dans le budget du diffuseur officiel et surtout dans le secteur francophone. Les emplois sont supprimés, les émissions journalistiques survivent à peine. La télévision anglophone existe assez peu, car les Canadiens anglais sont très amateurs de programmes américains et ont accès à des dizaines de diffuseurs. Mais au Québec, nous avons une télévision très productive avec nos émissions de fictions, nos chanteurs, nos journalistes. Nous avons l’impression que c’est dans notre culture que les Anglophones tentent de réaliser des économies. Dernièrement, nous avons appris que le département des costumes de Radio-Canada allait fermer ses portes, victime des nouvelles restrictions budgétaires. Il est le plus important en Amérique et contient des tenues de toutes les époques. Des costumes d’émissions pour enfants vont également disparaître. Imaginez si, tout à coup, Tintin était jeté aux oubliettes ? Alors, on tente de faire comprendre au gouvernement qu’il sape notre culture, mais c’est une tâche difficile quand, pour les responsables politiques, la culture est souvent plus associée à celle des États-Unis. Pourtant il faut que les Français d’Amérique puissent survivre, il ne faut pas leur arracher leur culture et leur moyen de transmission.

 

Chambres en Ville quitte l’antenne de TVA en 1996. Le final, un événement national, rassemble plus de 3 millions de québécois, un score que peu de programmes ont réalisé jusque-là et depuis. Et pourtant, quelques années plus tard, les archives de la série sont sommairement promises à la benne. Prévenue à la dernière minute, Sylvie Payette réussit à sauver les masters. Ce monument de la télévision québécoise, menacé de disparition, est miraculeusement sauvegardé et réhabilité avec les sorties DVD dont la production est supervisée par la propre fille de Sylvie Payette, Flavie Payette-Renouf.

Poussée par un public en demande, Sylvie Payette, auteure de la totalité des 188 épisodes que compte la série, tente de la relancer via une suite. Mais les atermoiements des responsables de la chaîne, demandant des versions successives et corrections parfois contradictoires, finissent par épuiser le projet. Payette n’abandonne pas et publie en novembre 2011 le roman Chambres en Ville La Suite, avant d’inventer des aventures à Savannah, la fille de Lola et Pete, dans une série de romans destinés à la jeunesse. L’héritage de Chambres en Ville est donc bien vivant. Il est en même au tome 8…

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En bonus : Les souvenirs de Louise DesChâtelets, l’interprète de Louise…

Dans Chambres en Ville, elle incarnait Louise Leblanc, la propriétaire de la résidence pour étudiants. Aujourd’hui collaboratrice au Journal de Montréal, pour lequel elle répond au Courrier des Lecteurs, Louise DesChâtelets se souvient…

La série abordait frontalement des thématiques fortes mais n’en oubliait pas pour autant sa nature profonde de divertissement. C’était ça la « patte » de l’auteure Sylvie Payette ?

Louise Deschatelets.jpgLouise DesChâtelets : Ça tient à cela, mais aussi à l’écriture de Sylvie Payette qui réglait vite les situations amorcées, se positionnant ainsi dans l’air d’un temps où on voyait les humains et les choses changer à un rythme de plus en plus accéléré en comparaison des générations précédentes. Avant on comptait en décennies pour entreprendre une modification d’habitudes de vie, alors que dans les années 90, cet espace de temps a commencé à se réduire à sept, puis à cinq, puis à trois ans.

Quel souvenir vous revient en premier lorsqu’on vous parle de « Chambres en Ville » ?

Il y en a deux. Le premier concerne l’intimité de nos jours de tournage. Ayant été une des rares adultes sur le plateau, et la seule présente dans la quasi totalité des épisodes, j’ai le souvenir du bruit créé par cette bande de jeunes dans la salle de maquillage et les loges dès 6h jusqu’à 23h. Je n’avais jamais connu un plateau aussi animé. C’était la vie multipliée par cent. Ça tenait le cœur jeune ! Le deuxième est plus personnel. Malgré le fait que j’étais très connue à l’époque, contrairement aux autres acteurs de la série, le public n’a vite fait qu’UN entre moi et Louise. J’étais devenue dans son esprit « la Québécoise qui comprenait le mieux les jeunes et qui détenait le secret de la bonne entente avec eux ». Il m’a donc fallu à de nombreuses reprises dire: « Ça c’est Louise Leblanc qui le dit ou qui le fait. Ce n’est pas moi Louise DesChâtelets ».

Pouvez-vous nous ramener sur le tournage de la série avec une petite anecdote ?

Lors d’un des derniers tournages, Caroline, la sœur de Pete morte du Sida, devait réapparaître en rêve à Louise. La société québécoise a toujours été marquée du sceau de la religion catholique mais à la fin des années 70, les jeunes, ayant jeté la religion par-dessus bord, ont cessé pour partie de faire baptiser leurs enfants. Les parents de Julie Deslauriers, l’interprète de Caroline étant de ceux-là, cette dernière n’avait reçu aucune éducation religieuse. Dans les didascalies de l’épisode, Sylvie mentionnait : « Caroline apparaît en rêve à Louise alors qu’elle se promène dans les limbes », Julie qui n’avait aucune idée de la signification du mot « limbes » est venue me voir pour que je lui explique. Une fois revenue de ma stupéfaction, je fus obligée de retourner dans mes souvenirs pour lui expliquer, ce qui était une évidence pour les gens de ma génération, que les non baptisés n’avaient pas accès au ciel et devaient séjourner pour un temps de pénitence dans cet espace entre ciel et enfer, les « limbes ».

Propos recueillis par Thomas Destouches les 23, 24 et 25 novembre 2014

Remerciements chaleureux à Sylvie Payette et Louise DesChâtelets

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