Critique film : Mon Oncle Antoine, de Claude Jutra (1971)

copyright : ONF
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Réalisation et scénario : Claude Jutra

Distribution : Jacques Gagnon, Olivette Thibault, Jean Duceppe, Claude Jutra, Lyne Champagne, Hélène Loiselle…

Synopsis : A Black Lake, petit village minier niché au fin fond du Québec, la vie s’écoule durement. Le magasin d’Antoine est le principal lieu de la communauté : on y trouve de tout, surtout de la compagnie. A la veille de Noël, Antoine est appelé pour récupérer le corps d’un jeune garçon décédé plus tôt. Il part en pleine tempête de neige, accompagné de son neveu Benoît…

Durée : 1h45

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Critique :

Un monument. Pas seulement du cinéma canadien mais du 7ème Art dans son ensemble. Mon Oncle Antoine est un film lumineux et sombre, une ode à un cinéma direct, à l’ambition documentaire parfois brute, à l’indéniable beauté formelle naturelle, cherchant l’innocence des émotions en délaissant la naïveté du regard, un regard qui est au commencement à la conclusion de tout.

Dur, le film l’est du début à la fin. Les hommes comme leurs défauts, les conditions de vie et la société… L’existence adulte est un combat, dont les plus jeunes sont les témoins inconscients, où les adolescents doivent apprendre à devenir grands au plus vite, souvent malgré eux, souvent au contact d’adultes dont ils ne comprennent pas tout mais qui les déçoivent déjà. Un combat que l’on doit gagner ou perdre souvent trop jeune, sans en avoir forcément les armes ni le cynisme. C’est ce chemin que doit parcourir en l’espace d’une nuit à peine le jeune Benoît, accompagnant son oncle Antoine pour une course mortuaire. Un périple en traineau dans le grand froid durant lequel l’image de son aîné se fane. Une odyssée à l’issue de laquelle son innocence sera à jamais perdue, détruite par l’absurdité et la réalité de la mort.

Pour Benoît, ce passage à l’âge adulte est aussi innocent que violent, plein d’amour et de mort. La belle Carmen lui provoque un émoi maladroit mais bien sincère. Un émoi nettement plus direct l’étreint lorsque son regard se faufile dans l’embrasure de la porte pour observer la belle femme au corset. Le fantasme coloré et somme toute bien innocent qui résultera de cet éveil à la sexualité est interrompu violemment par l’adulte Fernand. C’est une autre vision qui le fait définitivement rentrer dans l’âge adulte. Son regard, inoubliable, à travers la vitre des parents meurtris par le décès de leur enfant n’est en effet plus le même que celui, espiègle, qui guettait les seins de la femme au corset.

Les enquêtes régulièrement lancées par le Festival International du Film de Toronto montrent que Mon Oncle Antoine est considéré comme un des plus grands films canadiens de tous les temps.

Note : 4,5 sur 5

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Date de sortie : 7 mai 1971

Disponible en DVD.

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4 réflexions sur “Critique film : Mon Oncle Antoine, de Claude Jutra (1971)

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