Critique série : La Vie parfaite, de Daniel Thibault et Isabelle Pelletier (2013)

Critique publiée sur le Daily Mars en décembre 2014

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copyright : Attraction Images
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Créateurs : Daniel Thibault et Isabelle Pelletier

Distribution : Steve Laplante, Catherine Trudeau, Rémy Girard, Lili-Anne Paquette…

Synopsis : Éric et Julie sont à la tête d’une famille recomposée. Elodie, l’aînée des enfants, est la fille de Julie. Mathis, le garçon fan de Ron le papillon, est le rejeton d’Eric. Mégane, le « bébé miracle » d’Éric et Julie. Et tout ce petit monde vit sous le même toit, entre crises de rires et de larmes, petits tracas et grosses catastrophes. A la mort du père d’Eric, Estelle, sa maman, les rejoint. L’aide de la grand-mère est la bienvenue. Sauf que… c’est tout le contraire qui se produit.

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Critique

Allo maman et papa, ici Mégane !

La Vie Parfaite ne perd pas une seule seconde à installer son univers, plongeant le téléspectateur dans le chaos familial dès les premières minutes. Pas d’introduction, ni de mise en condition, ou presque : il y a de la vie, de la mauvaise humeur et des cris. Une entrée en matière un peu violente, accompagnée d’un artifice de mise en scène qui a de quoi faire très peur… La Vie Parfaite est en effet narrée par Mégane, bébé de son état. Un dispositif « osé » et que l’on croyait banni depuis les tristes heures d’Allo Maman Ici Bébé.

Heureusement, trois fois heureusement, cette narration par le marmot n’est judicieusement pas utilisée comme contrepoint humoristique lourdingue, Mégane ne rebondissant pas opportunément à chaque situation par un bon mot. Au contraire, ses interventions sont sainement rares et légères, injectant une bienveillance bienvenue dans une série particulièrement énergique. Surtout Mégane, qui intervient le plus souvent en introduction et en conclusion d’épisode, apporte distanciation et tendresse – sans niaiserie – lesquelles permettent aussi de relativiser l’importance des drames quotidiens de la famille, des drames qui permettent justement de cimenter au fur et à mesure cette famille recomposée. Et c’est justement là que réside une des richesses de la progression de La Vie Parfaite. Chaque épreuve, si petite ou grande soit-elle, est une étape de plus dans la constitution de ce gang familial. Une belle bande de bras cassés dont le premier signe d’union sacrée intervient dans un épisode « clé »…

S’il ne fallait retenir qu’un épisode…

« Traitement de choc ». Consacré à la fête d’Halloween, cet épisode est la somme de tout ce que La Vie Parfaite a réussi à construire sur les 7 épisodes précédents. Une sorte de feu d’artifice tiré de tous les côtés. Et tous les personnages ont un rôle à jouer dans la catastrophe qui se dessine au fil des minutes, sans pour autant être réduits à de simples rouages de cette mécanique catastrophique. Cet écueil est d’ailleurs évité à l’échelle complète de la série. L’anarchie apparente de l’intrigue de « Traitement de choc » et la folie croissante (Eric en armures électrocuté à la centrale, le jeune garçon traumatisé par Mathis, l’attaque des écureuils…) débouchant finalement sur une des scènes les plus signifiantes de la série. Après avoir survécu aux écureuils, à l’électricité, au piercing sauvage, au feu… – un empilement de catastrophes qui peut parfois rappeler, à juste titre, la culte Malcolm – toute cette petite famille part ensemble faire la tournée des maisons. Sans mièvrerie – insistons encore une fois sur ce point – La Vie Parfaite montre que les catastrophes sont les joints de soudure de cette tribu, régie par une loi : celle de l’emmerdement familial maximum.

Famille je t’aime ! Famille je te hais !!

Recomposée, cette famille est en outre composée exclusivement de membres dysfonctionnels. Chacun a un grain, ou plutôt son « truc » gentiment borderline. Eric est un acheteur compulsif, dont le meilleur ami n’est autre que Kevin, le vendeur du grand magasin de quartier. Julie est une mère au foyer et une entrepreneuse bien décidée à tout contrôler. Estelle la grand-mère est la personne la plus aimante sur la planète mais certainement pas la plus fiable. Elodie est… une ado.

Si les intrigues se jouent régulièrement de ces caractéristiques – les défauts servant généralement de germes puis de caisse de résonance aux situations ubuesques dans lesquelles les personnages se trouvent – les protagonistes ne sont pas réduits ou définis par leurs défauts. Ils peuvent même parfois s’en affranchir… Ces travers sont ainsi utilisés pour faire ressortir toutes leurs qualités. C’est de ces failles et de leur exploitation que surgit leur humanité. Et par la collision des membres que le noyau familial se crée. Et, mine de rien, si ces travers sont des filons comiques, ils peuvent également se transformer en embardées politiquement incorrectes. Les réflexions sur le surpoids d’Elodie ou le joli bébé noir échangé par mégarde sont deux preuves, discrètes de prime abord, de l’impertinence de la série sous ses dehors de comédie familiale classique.

Certes, « classique », il faut le dire vite. La somme de catastrophes engendrées par les uns et les autres est immense et leur enchaînement fait parfois basculer la série dans un « absurdisme » réjouissant dont le téléspectateur, emporté par un rythme soutenu, ne prend pas toujours conscience sur le moment. Les rencontres régulières d’Eric avec la police, ou plus exactement la même policière, permettent justement de faire cette pause et de s’apercevoir à quel point la vie a déraillé. Et de prendre conscience aussi de la qualité d’écriture d’une série, capable de nous emmener aussi loin, aussi efficacement.

Le repas

Le premier épisode s’achève sur un repas. Autour de la table la famille agrémentée de son nouvel élément, Estelle. La saison s’achève sur une scène culinaire similaire. Mais que de chemin parcouru en 13 épisodes… Après bien des péripéties, la grand-mère s’est finalement intégrée au sein de la bande, au point d’en devenir un élément indispensable, moins pour son apport pratique que pour son supplément d’âme. Pris séparément, chaque membre de la famille est ingérable. Regroupés, ils deviennent un tout catastrophique. Un chaos inséparable. Pour le pire et pour le meilleur. S’il est généralement vrai qu’on ne choisit pas sa famille, « cette famille » fait d’une certaine manière mentir l’adage. Elle accepte ses excès, ses imperfections et ses catastrophes et trouve son bonheur dans ce déséquilibre. Au grand malheur du voisinage.

La vie « parfaite » n’est pas exactement celle à laquelle on aspirait. Et c’est tellement mieux ainsi…

Note : 3,5 sur 5

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Diffusée de septembre à décembre 2013 sur Radio Canada

1 saison de 13 épisodes (22 minutes)

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